Terminator (James Cameron, 1984)

de le 22/11/2012
 
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Après une nuit fiévreuse dans un hôtel miteux en Italie, James Cameron se réveille encore marqué par son cauchemar. Une chose métallique ressemblant de près à un cyborg défiait les flammes de l’enfer. L’idée obsède l’artiste. Il attrape un crayon et gratte furieusement le papier pendant des heures au beau milieu de la nuit. Le résultat : Terminator.

Les débuts de James Cameron ont été rock n’roll et presque décourageants. Mais le canadien possède un mental d’acier et ne voit jamais les éventuelles barrières qui se mettent sur son chemin. Après avoir développé son instinct de réalisateur chez Roger Corman, il est engagé par un producteur italien (Ovidio Assonitis) pour réaliser Piranha 2. L’occasion est trop belle pour être vraie, Cameron saute sur l’offre même si le thème du film ne correspond pas du tout à son monde. Jim était la pour remplacer un réalisateur viré du projet, jugé incompétent par Assonitis. Pour 10 000 dollars, le futur réalisateur de Titanic se rend en Italie en août 81. Le grand jeune blond est motivé, il peaufine le look infâme des piranhas, réécrit le script et travaille sur le storyboard. Puis direction la Jamaïque pour le début du tournage. L’équipe ne l’accueille pas et laisse carrément le réalisateur en plan, il était seul pour repérer les lieux et devait s’assumer financièrement. Cameron a faim et veut réussir, il fait abstraction des points négatifs et cherche par dessus tout à bosser sur cette production, même si le producteur italien refuse de le laisser visionner ses rushes. Au bout d’une semaine, un assistant dira à Jim qu’il n est plus le bienvenu et le vire pour incompétence. Quelques semaines plus tard, il reviendra en Italie pour forcer la porte de la salle de montage durant cinq jours afin de créer sa propre version: « si cette merde doit porter mon nom, autant que ce soit la mienne » dit-il. Au final, il aura juste récolté 5000 dollars pour ce film dont la plupart lui colle encore la responsabilité.

Entre l’écriture du scénario de Terminator  et le tournage, James Cameron a dû attendre deux ans pour débuter la production. Pour son premier film, il s’associe avec Gale Anne Hurd pour la production, elle a également ajouté quelques segments à l’histoire. Il lui vendra d’ailleurs les droits du film pour un dollar, ce qui le protégera contre Orion qui voulait le remplacer par la suite. Terminator est une histoire simple au premier abord mais bourrée de messages si on s’applique à lire entre les lignes. Cameron se plait à dire que le film plaira aux gamins de 12 ans pour ses scènes d’actions et aux adultes matures pour son deuxième niveau de lecture socio-politique.

D’emblée, Terminator se veut « dirty », sombre et poisseux. La nuit californienne dans laquelle nous sommes plongés à l’entrée de l’histoire est directement inspirée de The Driver de Walter Hill. Cameron avait le film en tête lorsqu’il écrivait certaines scènes. (Et pour la petite anecdote, Hill dira plus tard qu’il est totalement fan de Terminator) Pour contrer la mode du cinéma d’action des années 80, l’auteur a placé une femme au centre de son récit. Parce qu’il voulait sortir des clichés des films de genre et aussi parce qu’il considère qu’une héroïne correspond mieux à sa vision. Sarah Connor (Linda Hamilton) directement inspirée de sa première femme va incarner l’espoir. Le futur incertain. Contre le futur certain que Kyle Reese (Michael Biehn) va lui dessiner. Et pour habiter la mort, une machine froide ressemblant de près à la parfaite figure masculine. Et qui de mieux qu’Arnold Schwarzenegger pour ce rôle ? Deux autres acteurs ont failli se glisser dans le personnage : Jürgen Prochnow, (car Cameron adore Das Boot) lorsqu’il écrivait l’histoire ce nom était en tête, puis Lance Henriksen parce que c’était son pote. Mais durant un déjeuner qu’Orion a organisé avec Arnold, Jim est tombé « amoureux » du personnage et a fantasmé sur sa carrure. Il était le Terminator.
Premier film est souvent synonyme de petit budget. Avec 6 millions de dollars, le réalisateur ignore qu’il apportera de l’eau dans le moulin de la future génération de cinéastes. Malgré le manque d’argent et d’autorisations à filmer dans les rues de L.A, James Cameron, et ses acteurs parfaitement dirigés (Michael Biehn nous fait gober des histoires incroyables à propos d’un cyborg et on y croit sans broncher) et des techniciens en place, notamment Stan Winston aux effets spéciaux, composent un classique de science-fiction. Parfois incompris à l époque par certains critiques, mais le public répond au rendez vous, même si l’audience ne savait pas vraiment à quoi s’attendre.

La plupart des scènes ont été tournées par James Cameron, il participe également activement au montage. L’objectif bouge énormément, la caméra portée est la technique préférée du réalisateur. L’effet est franc, naturel et colle parfaitement au genre. Le style de Terminator n’existe pas dans la réalisation. Il n’y a pas d’effets « cameronnien «. Même aujourd’hui. Son empreinte réside dans la narration. Sa manière de nous raconter une histoire. Ses images parlent et traduisent une idée. L’objectif de Cameron est de nous faire sortir de notre corps pour le rejoindre dans son récit. C’est pour cela qu’il redoublera toujours d’efforts pour sculpter chacun de ses personnages, l’ambiance et les effets spéciaux. Même si ceux de Terminator ont quelquefois vieilli. C’est aussi pour ça que c’est génial. L’authenticité à l’état pur.

À première vue, tout le monde connait l’histoire de Terminator. Si on se penche sur son ressenti, c’est purement et simplement un film anti-flics. Le méchant roule principalement dans une voiture de police. Les policiers sont ceux qui reçoivent le plus de balles de la part du Terminator et cette fameuse scène ou Schwarzenegger dit « I’ll be back » et défonce littéralement le poste du commissariat reflète les pensées anti-autorités de Jim Cameron. Adolescent, il essuyait souvent les contraventions des policiers pour cause d’excès de vitesse. Il dira plus tard que le film est cathartique. Il y a aussi un côté libéral et anticapitaliste. L’auteur met clairement le doigt sur l’étroite collaboration entre le gouvernement et le nucléaire. Le Terminator nous représente. Il est ce policier, ce militaire ou ce psychologue qui n’a que faire de la détresse humaine. Il est la mort face à Sarah Connor qui représente la vie. Cameron voulait aussi passer un message à travers elle. Cette serveuse sans histoire est devenue du jour au lendemain leader mondial. Le sort de la terre dépendra d’elle. « No fate but what we make » en gros, l’avenir nous appartient.

Au milieu de ce présent orageux, Cameron a inséré une histoire d’amour. Enfermée dans une coquille, sans débordements. Pas de scènes mielleuses. Si ce n’est que ce passage où Sarah et Kyle ont un rapport sexuel. L’idée sort de la tête des producteurs. Cameron a été contraint de l’intégrer dans son film, elle dure quelques secondes et c’est tant mieux car c’est le passage le moins agréable à regarder. Même si on sait pertinemment ce qu’ils sont en train de « fabriquer ». Ce moment un peu loupé n’entrave en rien l’œuvre achevée. Le Time Magazine mettra Terminator dans son top 10 des meilleurs films de 1984. L’audace de James Cameron a servi. Oser mettre en avant une femme qui triomphe seule et enceinte face à une machine meurtrière aura payé. Ce personnage a bien évidemment fait des petits : Tomb Raider, Kill Bill

En 2008 Terminator est sélectionné pour être préservé par la National Film Registry. Si en décembre prochain nous venons à mourir, le film lui restera intact. C’est plutôt une bonne nouvelle.

FICHE FILM
 
Synopsis

A Los Angeles en 1984, un Terminator, cyborg surgi du futur, a pour mission d'exécuter Sarah Connor, une jeune femme dont l'enfant à naître doit sauver l'humanité. Kyle Reese, un résistant humain, débarque lui aussi pour combattre le robot, et aider la jeune femme...