Teeth (Mitchell Lichtenstein, 2007)

de le 13/01/2010
 
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Alors c’est ça le petit film trash et subversif dont tout le monde parlait en éloges il y a deux ans, lors de ses passages à Deauville et Gérardmer? Étonnant! Car à part pour choquer la petite bourgeoisie puritaine on peut se demander l’intérêt de ce film. Car Teeth n’a rien d’un film trash et encore moins d’un film subversif, c’est une fois de plus un concept alléchant et bien vendeur sacrifié par une approche qui passe complètement à côté de son sujet. Car à la base l’idée même d’une jeune fille dont le vagin possède des dents est suffisamment riche pour en faire un film soit utilisant de façon intelligente cette métaphore vieille comme le monde soit pour en sortir un film bis trash et/ou gore. Et non rien de tout ça, Mitchell Lichtenstein tente une approche qui peut paraitre originale, voir limite choquante pour quiconque ne fréquente pas le véritable cinéma trash, mais une approche tout simplement mauvaise qui transforme l’intérêt et la surprise de départ en agacement puis en ennui. Au bout d’une première demi-heure pourtant bien construite on espère déjà que la fin est proche tant ce film constitue une déception monumentale, le genre de pétard mouillé dont il est difficile de saisir le petit succès. Car il ne fait aucun doute que Teeth cible en priorité les adolescents américains, en essayant de créer une satire de cette société où le sexe hors mariage représente le mal. Sur ce point, ça serait excellent, sauf que le film se contredit en permanence. Bon dieu que c’est maladroit!

Tout n’est pas noir là-dedans, et s’il n’y avait pas ce sujet si prometteur la déception ne serait pas aussi grande. Car il y a des intentions fort louables au départ, celles de brouiller les pistes en mélangeant les genres, à savoir le teen-movie et le film d’horreur. Mais cette association qui fonctionnait à plein régime dans Tous les Garçons aiment Mandy Lane s’essouffle bien trop rapidement ici. La première demi-heure est prometteuse avec l’intro des enfants et la première « agression » puis toute cette longue présentation autour du personnage de Dawn. C’est vraiment le passage qui fonctionne le mieux car il est gavé au cynisme, nous montrant un des ces innombrables associations prônant l’abstinence dans les lycées et universités. Le ton est à la moquerie, histoire de bien soulever cet état de mal-être dans lequel se trouvent ces jeunes! Autant cet idéal de pureté semble leur convenir, autant ils ont tous l’air à la limite de la rupture, plus que frustrés de ne pouvoir assouvir ce désir (illustration parfaite de l’expression « avoir les balloches pleines ») qui les ronge.

Dès lors, on comprend plus ou moins les intentions du réalisateur. Faire passer un message sur la peur des hommes vis-à-vis du vagin, et donc par extension de la femme. Sauf que ce n’est jamais traité avec la finesse nécessaire au sujet, et qu’en plus le propos devient relativement nauséabond quand on se rend compte que dans Teeth, les hommes sont soit des pervers, soit des gros frustrés, soit des profiteurs, soit carrément des ordures qui droguent une fille pour pouvoir se la faire. C’est, quelle finesse, quel film subversif!! C’est un ramassis de clichés dégueulasses avant tout. Et il en est de même pour tous ces plans larges qui suggèrent que cette mutation serait le fruit de la centrale nucléaire derrière la maison (avec de la fumée noire alors qu’il ne sort que de la vapeur d’eau)

Devant une telle impartialité on en vient à se désintéresser complètement de ce qui se passe à l’écran. De temps en temps (2 fois) on relève une paupière car on a enfin un peu de sang à l’image, mais vraiment pas de quoi justifier le terme « gore » ou alors il faudra redéfinir ce terme. L’humour est moins drôle que dans un teen-movie basique, la mise en scène est d’une mollesse qui fait froid dans le dos. A part dans une scène, la plus réussie et qui empêche le film de sombrer dans la catastrophe, chez le gynécologue, un monument de tension déviante. Et quand arrive le final avec le vieux au regard lubrique, c’en est déjà trop, ça devient vraiment ridicule (quoique on avait déjà atteint des sommets lors d’un passage avec le chien et sa friandise inédite).

Utiliser la métaphore du Vagina Dentata pour faire un film sur la prise de conscience de sa féminité n’est pas une mauvaise idée, au contraire! Mais cela méritait un tout autre traitement, quelque chose de plus ambitieux, de plus osé. Là on est devant un spectacle fade, frileux, qui jongle entre comédie pour ado, drame bas du plafond et trash de pacotille pour petites natures. On notera tout de même la belle interprétation de l’actrice principale, Jess Weixler, qui tire le film vers le haut, mais le reste ou l’oubliera assez vite. C’est un vrai pétard mouillé sans la moindre prise de risque.

FICHE FILM
 
Synopsis

Dawn est une adolescente qui essaie tant bien que mal de contenir sa sexualité naissante en étant une des membres les plus actives du club de chasteté de son lycée. Étrangère à son propre corps, la prude découvre que son vagin a la particularité d'avoir des dents...