Ted (Seth MacFarlane, 2012)

de le 07/09/2012
 
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Quand un petit génie hyperactif passe du petit au grand écran et de l’animation au film live, cela donne Ted, une comédie pas vraiment comme les autres et qui porte la patte inimitable de son auteur. A la fois caustique et tendre, grossier et élégant, le premier film de Seth MacFarlane aborde le syndrome de Peter Pan sous l’angle de la déconne geek avant de nous cueillir à travers une dose d’émotion inattendue.

Seth MacFarlane se paye régulièrement la tête de tout ce qui bouge à travers ses trois séries animées Les Griffin, American Dad ! et The Cleveland Show, séries pour lesquelles il assure l’écriture et la plupart des voix, et ce depuis plus de 10 ans. Entre autres activités télévisuelles. Le cinéma lui trotte dans la tête depuis quelques temps déjà et il a commencé à s’y frotter avec quelques longs métrages des Griffin, en jouant dans Fée malgré lui ainsi qu’en prêtant sa voix au personnage de Johann Krauss dans Hellboy II – Les légions d’or maudites. Pour un tel hyperactif de la création, le long métrage est une étape assez logique, de quoi l’occuper pendant quelques mois et lui permettre de nouvelles formes d’expérimentations. Avec Ted, succès colossal aux USA, cet artiste fervent défenseur des droits des homo-sexuels et de l’athéisme, qui n’aime rien plus que de tacler à sa façon le communautarisme, trouve un terrain de jeu passionnant et livre une comédie enlevée qui n’a que faire du politiquement correct pour mieux conter sa fable sur une Amérique franchement atteinte par le syndrome de Peter Pan.

Ted commence comme une fable sur un enfant déjà dans la peau de celui qu’on laisse de côté, un conte de Noël mielleux, pour qu’au bout de deux minutes on y voit déjà un enfant juif se faire tabasser par les autres enfants du quartier. La première salve d’un humour qui n’épargnera rien ni personne. Les juifs, mais aussi les gays, les filles de Boston, les conservateurs, Tom Skerrit, Lance Armstrong, Susan Boyle… les cibles se succèdent dans le viseur implacable de Seth MacFarlane qui manie l’humour assassin de façon suffisamment habile, bien aidé par ses seconds couteaux Alec Sulkin et Wellesley Wild, pour éviter toute forme d’agression mais surtout pour faire rire. Beaucoup. Fort. Ted c’est un peu comme le miracle que la comédie américaine attendait, un film qui trouve le juste équilibre entre un humour typiquement ancré dans la culture et l’actualité américaine (et par conséquent pas toujours accessible au public hors des frontières pour certaines références pop culture) et une forme d’humour bien plus universelle à base de gags burlesques ou régressifs. Cependant, il est clair que Ted s’adresse avant tout aux fans de Seth MacFarlane ainsi qu’aux trentenaires/quarantenaires qui sont le cœur de cible évident en terme d’identification au personnage interprété par Mark Wahlberg. Comme toute comédie à tendance « geek » qui se respecte, les clins d’œils pleuvent, qu’ils fassent l’objet de séquences entières (une fête et scène de défonce complètement folle avec Sam J. Jones, légendaire interprète du Flash Gordon de Mike Hodges) ou qu’ils soient plus discrets, l’espace d’un plan, comme cette oreille ramassée dans l’embrasure d’une porte à la manière du chapeau d’Indiana Jones. Avec tous ces acteurs qui jouent volontiers de l’auto-dérision, à l’image de ce caméo formidable de Ryan Reynolds, l’humour vachard qui s’attaque aussi bien aux acteurs d’Arnorld & Willy qu’à Brandon Routh (paix à son âme), sa vulgarité parfois outrancière ou des gags physiques percutants, Ted possède de sérieux atouts pour s’imposer comme la comédie de l’année, à la fois efficacement écrite et mise en scène avec sérieux. Et au delà du simple humour, le film se permet notamment une scène de baston carrément dantesque et qui en dit long sur le talent d’acteur de Mark Wahlberg, répondant à un sens du rythme qui frise le sans faute. Pas vraiment le temps de s’ennuyer entre deux tranches de franche rigolade, jusqu’à ce que la comédie s’efface quelque peu au profit du retour de la fable. Et c’est là que Seth MacFarlane marque un gros point.

Contrairement à la grande majorité des comédies américaines, la question du mariage est ici traitée non pas comme une fin en soi mais comme une des étapes du passage à l’âge adulte. Le propos peut paraître naïf mais il répond à toute une construction scénaristique bien sentie. L’argument fantastique d’un ours en peluche qui parle, fume des joints, boit de la bière et enchaîne les conquêtes, permis par la motion capture (c’est Seth MacFarlane qui s’est glissé dans la combinaison pour donner la réplique aux acteurs, en plus de prêter sa voix à Ted), est rapidement assimilé comme une norme pour mieux illustrer une manifestation de l’inconscient de John Bennett. Ted, c’est le personnage que son esprit de gamin voudrait qu’il soit : un personnage mignon tout plein et éternel adolescent sans véritable sens des responsabilités. Soit l’exact opposé de ce que demande une relation de couple. Ainsi, à travers le récit de cet ado coincé dans le corps d’un adulte, c’est tout simplement une variation sur le thème central de Toy Story, à savoir grandir en apprenant à laisser de côté ses jouets. Ou mieux, d’apprendre à vivre avec mais à les laisser à leur place. En résulte un dernier acte franchement émouvant qui retrouve le ton du conte, morale comprise. Entre tours de force d’acting, humour succulent, régressions totales et discours cohérent sur le passage à l’âge adulte sans cesse repoussé par la société contemporaine, Ted n’est pas seulement une comédie divine mais également un film assez fort sur l’aveuglement volontaire des hommes quelque part lié à la responsabilité du couple, voire la peur de la femme. Ted est très drôle, et Ted n’est pas con du tout. Une vraie bonne surprise.

FICHE FILM
 
Synopsis

À 8 ans, le petit John Bennett fit le voeu que son ours en peluche de Noël s’anime et devienne son meilleur ami pour la vie, et il vit son voeu exaucé.
Presque 30 ans plus tard, l’histoire n’a plus vraiment les allures d’un conte de Noël. L’omniprésence de Ted (Seth MacFarlane) aux côtés de John (Mark Wahlberg) pèse lourdement sur sa relation amoureuse avec Lori (Mila Kunis). Bien que patiente, Lori voit en cette amitié exclusive, consistant principalement à boire des bières et fumer de l’herbe devant des programmes télé plus ringards les uns que les autres, un handicap pour John qui le confine à l’enfance, l’empêche de réussir professionnellement et de réellement s’investir dans leur couple.
Déchiré entre son amour pour Lori et sa loyauté envers Ted, John lutte pour devenir enfin un homme, un vrai !