Target (McG, 2012)

de le 18/03/2012
 
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McG c’est tout un poème. Clippeur plutôt doué, il a conservé son sens de la démesure et du mauvais goût communicatif le temps de deux films, les hystériques Charlie et ses drôles de dames et Charlie’s angels: Les anges se déchaînent. Et s’il s’est mis à dos nombre de spectateurs avec son Terminator Renaissance pourtant audacieux (contrairement à Jonathan Mostow, il a essayé d’apporter un traitement nouveau à l’univers de James Cameron) il reste un entertainer apprécié. Et ce d’autant plus quand il annonce qu’avec Target il a mis une ville entière sens dessus dessous. Un brin prétentieux et mythomane McG car Target n’est pas vraiment le sommet d’action explosive attendu. Ce n’est d’ailleurs en rien un film médiocre mais simplement un de ces innombrables produits de consommation, des films jetables qui s’évaporent dans la demi-heure qui suit la séance. La chose qui ne s’oublie pas cependant, c’est le plaisir certain ressenti devant les plus beaux moments de cette comédie d’action romantique.

Bien entendu on ne va pas voir un film comme Target comme on irait voir le dernier Béla Tarr. On sait précisément à quoi s’attendre et McG assure plutôt bien dans son rôle d’illustrateur d’un récit un peu concon mais suffisamment ludique pour que la petite 1h40 passe sans encombres. De son introduction en mode Charlie’s angels masculin jusqu’à son final dégoulinant de bons sentiments et de puritanisme bien américain, le film passe par à peu près tous les stades de la bêtise, de la beauferie, mais également du divertissement dans ce qu’il peut avoir de plus noble. Un film qui s’inscrit complètement dans la notion de « cinéma pop-corn ». L’idée de départ est extrêmement régressive, transposant une querelle de cour d’école dans un monde d’agents secrets adultes. Difficile de faire plus beauf que cette lutte entre deux mâles alpha archétypaux au possible qui se disputent une jolie femme comme s’ils participaient à un concours de bites. La femme comme simple trophée, voilà qui devrait faire rugir les spectateurs évoluant au premier degré. Au second degré l’ensemble n’est pas vraiment plus intelligent mais permet tout de même de s’amuser de cette bêtise parfaitement assumée et bourrée de références pop. Target c’est le royaume des clichés, un terrain qui pousse à l’extrême ce principe dont le cinéma se nourrit depuis la nuit des temps. La fille est une jolie blonde à la recherche du prince charmant, qui vit seule dans sa grande maison et écoute encore du Montell Jordan, regarde Butch Cassidy et le Kid d’un oeil distrait et possède dans son entourage la fameuse copine excessivement vulgaire (mais qui lui donne finalement les vrais conseils avec son cœur sur la main). Face à elle c’est l’affrontement des archétypes. D’un côté FDR, le séducteur à la James Bond, costard tiré à quatre épingles, qui roule en supercar et rentre dans n’importe quel club comme s’il était chez lui, le sourire ultra bright et qui enchaîne les conquêtes. De l’autre Tuck, le beau gosse britannique un peu plus brut de décoffrage, à la musculature sans pareille mais plus sur la réserve, plus proche d’un Jason Bourne sous stéroïdes avec l’état d’esprit d’un gros nounours sensible. On a vu plus fin comme développement de personnages mais c’est pourtant dans cette opposition totale, donnant lieu à des séquences qui sont parfois d’une vulgarité sans nom, que se situe tout ce qu’il y a de plus ludique dans Target. L’humour est clairement beauf, parfois très politiquement incorrect (une vanne sur du child porn, il fallait oser…) et parfois très lourd, la romance est un peu bête, surtout quand le film flirte avec un ton mielleux dégoulinant du cadre.

C’est sur l’action que McG nous cueille, tout en allant du médiocre au très ludique. Globalement, il n’est pas très à l’aise avec les scènes d’action et surtout avec la gestion de l’espace parfois tout simplement catastrophique, à l’image de la scène sur le tronçon d’autoroute dans le dernier acte, une aberration visuelle. On s’en rend bien compte dès l’introduction, percutante, mouvementée, mais au découpage tellement bordélique qu’il est bien difficile de savoir qui est où. Pourtant, à d’autres moments il assure de façon surprenante. Quand il filme l’entrée de FDR dans la boîte façon Scorsese dans Les Affranchis, quand il shoote un merveilleux plan séquence d’infiltration des deux prétendants chez Lauren, tout devient assez surprenant, comme si un autre metteur en scène avait pris le relais. Le summum étant clairement atteint lors d’une séquence de paintball entièrement construite sur un schéma de film de guerre hardcore, très bien rythmée et chorégraphiée, à tel point qu’elle dénote presque avec l’ensemble du film. Au-delà de cette action ludique et pop, de cet humour à double -tranchant et de cette morale dopée aux bons sentiments à la limite du supportable, Target puise ses meilleurs cartouches dans ses acteurs, et en particulier l’association pétillante entre Tom Hardy et Reese Witherspoon, tandis que Chris Pine essaye comme il peut de donner l’illusion d’être un acteur. Il y a de quoi s’amuser des petits clins d’œil à la culture populaire, de Klimt à Titanic en passant par Hitchcock, Sonny Chiba et Sade, de la bande originale assez magique, mais si Target procure un plaisir immédiat certain, il est également des plus éphémères. Anecdotique.

FICHE FILM
 
Synopsis

Deux des meilleurs agents secrets au monde sont aussi les deux meilleurs amis dans la vie. Rien ne pouvait les séparer jusqu’au jour où ils découvrent qu’ils fréquentent depuis peu la même jeune femme, Lauren. Ce qui était au début un jeu de séduction sans conséquence et un simple défi amical se transforme vite en une guerre sans merci. Déploiement de technologies de pointe, moyens de surveillance high tech, c’est tout un arsenal capable de faire sauter un pays que les deux espions utilisent pour séduire leur target et mettre l’autre hors-jeu. Plutôt malheureuse en amour jusqu’ici, Lauren a désormais un choix impossible à faire entre deux hommes incroyablement sexy.