Taken (Pierre Morel, 2008)

de le 03/03/2010
 
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Des Audi, des gros blacks, des putes, une mise en scène tape à l’œil, des grosses cascades et un humour bas du plafond. En caricaturant légèrement ce sont les éléments de la majorité des divertissements d’action hyper calibrés et qui cartonnent au box-office de chez Europacorp depuis Taxi. Au milieu de la masse de films inintéressants, quelques uns sortent du lot, comme par exemple les premiers Transporteurs, purs moments de jouissance régressive sur pellicule, et une perle, Danny the Dog. Un film pas con du tout, bien torché, avec des scènes qui font très mal et de beaux acteurs. Et bien à celui-là il convient aujourd’hui d’ajouter ce Taken, énorme surprise tout de même alors qu’on était en droit d’en attendre à peu près rien du tout. Car au scénario c’est monsieur Besson himself qui s’y colle et il est bien meilleur réalisateur que scénariste, et derrière la caméra on retrouve Pierre Morel, ancien technicien puis chef op passé à la réalisation à l’occasion du nanar banlieusard Banlieue 13.

En fait si certains éléments habituels sont toujours là (plusieurs modèles d’Audi donc) Taken s’éloigne soigneusement des autres productions du studio en proposant un spectacle cette fois très adulte, épuré au possible, avec simplement quelques traces d’humour pas vraiment gênantes, une intrigue sans fioritures qui suit une ligne toute tracée et hyper efficace. En fait, il semblerait que le couple Besson/Morel ait absolument tout compris à comment doit se faire un vrai film d’action. Pour cela il faut suivre les modèles des années 80, comme par exemple Commando de Mark Lester, des films simples et qui vont droit au but tout en malmenant le spectateur accro à la violence en lui donnant sa dose. Alors c’est con, c’est sans surprise, mais c’est le pied!

La trame générale de Taken est du genre simplissime, la fille du type est kidnappée, il part à sa recherche, bute tous ceux qui se mettent et travers de son chemin et rentre tranquillement à la maison. Pas d’intrigue secondaire inutile, pas de sous-texte politico-social, dans le genre premier degré permanent on atteint des sommets. Le revers de la médaille c’est un sérieux manque de subtilité et une tendance à tomber dans la facilité un peu limite. Par exemple les flics sont à peu près tous des pourris, les arabes font tourner les réseaux de prostitution bien glauques, les albanais sont des proxénètes ou des putes, soit à peu près les pires clichés qui pouvaient être trouvés. Sauf que comme par miracle ça passe tout seul, car on s’en fout complètement de ces détails à partir du moment où on entre dans ce jeu. L’objectif du film est très simple lui aussi, proposer 1h30 d’action sans temps morts avec un maximum de scènes mémorables et de morts (si possible dans d’atroces souffrances et/ou de façon bien sauvage).

Pour en arriver là on doit passer par une exposition certes nécessaire pour comprendre les motivations du personnage de Liam Neeson mais qui traine un peu en longueur. C’est assez dégoulinant et vain, le summum étant une scène d’anniversaire dont on se serait bien passé, d’autant plus que Maggie Grace qui joue la fille est très jolie mais joue très mal. Heureusement que la majorité des seconds rôles sont plus intéressants, et en particulier Famke Janssen assez imposante en ex-femme qu’on devine fragile derrière sa carapace toute artificielle. Le reste du cast qui emprunte à la plupart des séries TV du moment s’en sort pas mal du tout, même si objectivement et sans surprise c’est Liam Neeson qui écrase tout le monde par sa prestation et son charisme naturel.

Au contraire d’un action man classique, Neeson réussit à imposer une véritable crédibilité dans son personnage, simplement par son physique et son talent d’acteur. On ressent la souffrance et la haine du père, tout comme la détermination et l’efficacité de l’ancien agent spécial. L’acteur n’a pas été doublé pour les scènes d’action et c’est tant mieux, c’est un retraité et on sent bien qu’il fatigue. Après, comme cela a été dit plus haut, il ne faut pas rechercher la moindre finesse dans l’entreprise, on suit un personnage qui va tout faire pour retrouver sa fille comme dans un vigilante movie. En mode Jack Bauer, Neeson torture tout le monde, flingue sans la moindre émotion et sans la moindre morale (aucun scrupule à tirer dans le dos ou à vider son chargeur sur un type déjà au sol), bref on l’a compris Taken est un thriller simple à tendance bien badass, punchlines qui tuent à l’appui.

Sur le plan de la mise en scène c’est du sérieux, Morel cadre son film au plus efficace et se permet même de sortir de très belles images de Paris by night sans le côté carte postale. C’est bien entendu très inspiré dans le style par les Jason Bourne version Greengrass (THE référence absolue aujourd’hui pour un film d’action), donc c’est nerveux et ça va très vite. On peut regretter que parfois ça ne soit pas très lisible, en particulier sur une scène de poursuite pas très bien construite, ainsi que cette fâcheuse manie de faire trembler la caméra quand les coups sont portés lors des combats. Ce n’est pas nécessaire quand ils sont bien chorégraphiés et c’est le cas ici, l’effet est joli c’est vrai mais n’apporte rien bien au contraire. Taken c’est du genre vite vu vite oublié, c’est certain, on est loin du chef d’œuvre, mais dans le genre thriller efficace et qui va jusqu’au bout, aucune honte à avoir. C’est un film nerveux, badass, complètement amoral et bourré de clichés, mais c’est assez jouissif.

FICHE FILM
 
Synopsis

Que peut-on imaginer de pire pour un père que d'assister impuissant à l'enlèvement de sa fille via un téléphone portable ? C'est le cauchemar vécu par Bryan, ancien agent des services secrets américains, qui n'a que quelques heures pour arracher Kim des mains d'un redoutable gang spécialisé dans la traite des femmes. Premier problème à résoudre : il est à Los Angeles, elle vient de se faire enlever à Paris.