Taken 2 (Olivier Megaton, 2012)

de le 27/09/2012
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Quand une des bessoneries les plus fréquentables de ces dernières années passe dans les mains d’Olivier Megaton, clipeur génial devenu cinéaste médiocre, cela donne Taken 2, actioner abrutissant shooté sous les pires influences et monté à la truelle, à peine sauvé par le charisme inaltérable d’un Liam Neeson qui devrait choisir ses projets avec un peu plus de lucidité.

Si Taken n’avait rien d’un chef d’œuvre, le film de Pierre Morel avait le mérite d’aller droit au but et de proposer un spectacle régressif franchement réjouissant. Régressif, Taken 2 l’est tout autant, sauf que cette fois il n’est plus question de titiller gentiment le politiquement incorrect mais de livrer un produit sans âme, vague photocopie de tout ce qui se fait dans le cinéma d’action depuis 10 ans mais sans y comprendre grand chose. Luc Besson n’a toujours pas compris qu’il n’était pas fait pour l’écriture, et plutôt que de se contenter de produire la chose (et là, il a du flair) il signe avec son acolyte Robert Mark Kamen un scénario d’une bêtise extrême comme il en a le secret. Et tout ça en confiant la réalisation à un de ses petits soldats, Olivier Megaton, déjà à l’œuvre sur Le Transporteur 3 et Colombiana, tous deux de bien triste mémoire. Armé d’un gros paquet de thunes (le budget tourne autour de 80 millions de dollars) il va construire un actioner bien mou qui prend son temps pour démarrer, pour ensuite repousser les limites du regardable. Si son précédent film était déjà un exemple de ce qu’une séquence d’action ne doit surtout pas être, il en remet une couche jusqu’à nous faire détourner le regard de l’écran en plein combat. Et ça, c’est très fort.

Passée une introduction digne d’une série Z bulgare, avec une scène d’enterrement située en Albanie, avec des acteurs français et croates qui parlent anglais entre eux, filmée avec d’immenses mouvements de caméras en plongée repris de Tony Scott, et le tout sur une musique grandiloquente, il ne se passe plus grand chose pendant 40 minutes. Liam Neeson s’amuse dans la peau du père psychorigide qui surveille sa fille comme tout bon agent secret qui se respecte et ne parvient pas à faire le deuil de son mariage, Famke Janssen est très triste et Maggie Grace court dans sa chambre parce que la vie c’est vraiment trop injuste. Heureusement tout se petit monde se paye un séjour à Istanbul où les albanais vont enfin passer à l’action, c’est le moment d’ouvrir les yeux, ou de les fermer, au choix. Car dès que Taken 2 s’engage sur le terrain de l’action, Olivier Megaton semble se souvenir que c’est précisément ce qu’était venu voir le public et non une famille qui roucoule dans un hôtel. Et comme toute personne en retard, il passe logiquement la cinquième directement, au risque de laisser le spectateur sur place. Et c’est précisément ce qu’il se passe. Incapable de créer du rythme par sa narration, Olivier Megaton, assisté de ses monteurs de la team EuropaCorp (Camille Delamarre et Vincent Tabaillon, monteurs-bouchers), va pulvériser toute logique spatio-temporelle de son film qui tend tout à coup vers l’abstraction. A l’image, les plans se succèdent à une telle vitesse qu’on a l’impression d’être face à une toile de Jackson Pollock. A chaque séquence d’action, il est inutile d’essayer de comprendre quoi que ce soit, qui est où, qui fait quoi, qu’est-ce qu’il se passe, car c’est tout simplement impossible, le cerveau n’a pas le temps d’assimiler la moindre information et l’œil se retrouve bombardé d’images qui n’ont aucun sens. Concrètement, il suffit d’attendre que ça se termine pour voir qui a gagné, et à ce moment là on a droit à des panoramiques majestueux avec des élans musicaux gigantesques pour pas grand chose.

On n’attendait pas vraiment de Taken 2 un film qui fasse dans la finesse, mais le résultat ressemble à un concentré de mauvais goût bourrin tout bonnement irregardable. D’autant plus qu’il n’y a pas le moindre élément original dans ce récit qui mélange bêtement les langages filmiques de Tony Scott et Paul Greengrass dans ce qu’ils peuvent avoir de plus agaçant pris hors contexte de leurs films, mais des séquences entières sont reprises de La Vengeance dans la peau, entre deux idées débiles. Pour bien se rendre compte du niveau de nullité de la chose, on y voit tout de même la fille de Liam Neeson (Maggie Grace donc) qui balance des grenades sur les toits d’Istambul pour que son père puisse la repérer, et cela sans attirer l’attention de qui que ce soit car il est visiblement le seul à entendre les détonations (qui font pourtant de sérieux dégâts). Le film est ainsi construit du début à la fin autour d’incohérences inacceptables, et ce même pour une série B voulue décérébrée, car c’est le spectateur qui est pris pour un imbécile ici. Évidemment, aucun personnage n’est écrit dans ce théâtre de caricatures, les enjeux dramatiques sont réduits au strict minimum, et l’humour involontaire de l’ensemble n’aide pas beaucoup. On se demande où est passé le budget colossal du film (quand on voit l’explosion d’une bagnole à la grenade, il est clair qu’il n’est pas passé dans les effets visuels), si ce n’est dans le cachet de Liam Neeson qui n’a pas peur du ridicule et conserve sa old-badass attitude contre vents et marées, et on assiste comme médusé au sabotage complet d’une possible franchise qui n’a déjà plus rien à raconter. Taken 2 c’est vraiment le niveau 0 du cinéma d’action, illisible, pompier avec sa bande originale qui vient souligner 20 fois chaque action, monté sans la moindre logique (non seulement les séquences d’action sont surdécoupées mais le découpage général tout en ruptures de rythme est une catastrophe) et mis en scène à l’arrache. Un film nul dont les seuls bénéficiaires seront les fabricants d’analgésiques.

FICHE FILM
 
Synopsis

Dans Taken, Bryan Mills, ex-agent de la CIA aux compétences si particulières, a réussi à arracher sa fille des mains d’un gang mafieux. Un an plus tard, le chef du clan réclame vengeance. Cette fois-ci, c’est après lui qu’ils en ont.