Swordsman (King Hu, 1990)

de le 10/06/2009
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Voilà un film qui à lui tout seul contient tout ce qu’il y a de meilleur et de pire dans le cinéma de Hong Kong à son âge d’or. Produit par Tsui Hark dans sa période « je fais renaître tous les genres qui ont fait le succès de notre cinéma par le passé », c’est à dire 3 ans après avoir relancé la kung fu ghost comedy avec Histoires de Fantômes Chinois et 1 an avant la renaissance du film de Kung Fu avec Il était une fois en Chine. Et comme Tsui Hark aime faire du neuf avec du vieux il engage pour donner un nouveau souffle au Wu Xia Pian (film de sabres) un des piliers du passé de HK et du genre, le maître King Hu alors âgé de 60 ans, tombé dans l’oubli depuis le début des années 80 alors qu’il est tout de même auteur de chefs d’œuvres tel que A Touch of Zen ou Raining in the Moutain. Bonne occasion donc pour le réalisateur qui espère revenir sur le devant de la scène mais qui va vite déchanter, le tournage se passe dans un chaos total, chose qu’on ressent très bien à la vision du film…

Officiellement pour des raisons de santé, mais en fait pour des divergences artistiques avec Tsui Hark, King Hu quitte le tournage et vont se relayer pas moins de 4 réalisateurs (crédités comme directeurs d’acteurs…) et pas des moindres car il s’agit de Ching Siu-tung (chorégraphe entre autres de the Killer, Heroic Trio, Hero et réalisateur d’Histoires de Fantômes Chinois, Naked Weapon…), Andrew Kam (fidèle chevalier servant de Tsui Hark), Ann Hui (une des chefs de file de la nouvelle vague HK, réalisatrice de Boat People, Song of Exile, Goddess of Mercy…), Raymond Lee (l’Auberge du Dragon) et le grand Tsui Hark lui-même qui est incapable de rester dans son siège de producteur et ne me s’empêcher de venir mettre son grain de sel dans les films des autres…

5 réalisateurs au total pour 5 visions différentes… ça donne un film qui manque tout de même d’unité!! On le ressent malheureusement assez vite, la progression de l’intrigue part dans tous les sens et au lieu d’une trame bien précise on a l’impression de suivre une succession de scènes qui n’ont pas vraiment de rapport entre elles… Tout est en fait parti du fait que King Hu pensait faire un film se déroulant sous la dynastie Ming, période qu’il maîtrise parfaitement, mais selon ses codes à lui puisque Tsui Hark lui avait bien montré son admiration… Sauf que le producteur a chargé tout son petit monde d’ajouter tout un tas d’éléments qui viennent perturber le récit…

Beaucoup d’humour sous la ceinture, des chorégraphies certes magnifiques mais hyper aériennes, un surdécoupage des scènes d’action… en fait des choses qui viennent de son cinéma à lui et non de l’oeuvre du vieux maître… Du coup on perd le fil assez vite, des personnages apparaissent puis disparaissent en permanence… c’est franchement un sacré bordel!!!

Mais comme dit plus haut, on y trouve aussi tout ce qui a pu faire le charme de ce cinéma à cette époque. La mise en scène est certes inégale mais propose des moments magiques avec une réelle énergie, les combats sont fabuleux malgré une lisibilité moyenne à cause du montage, l’humour fonctionne quasiment tout le temps (pour peu que l’on adhère à ce type d’humour!), la musique de James Wong est vraiment superbe (ah! la chanson Rire et fierté… quel grand moment!) et il y a tout de même un sacré casting!

Bizarrement c’est l’acteur principal Sam Hui qui s’en sort le moins bien… certes sa bonne humeur est communicative mais il manque de présence (Jet Li le remplace dans la suite et c’est tant mieux!). Par contre autour de lui c’est du sans faute avec ce beau trio d’actrices: Cecilia Yip, Sharla Cheung et Fennie Yuen, les seconds rôles savoureux de Lau Shun, Lau Siu Ming et Jacky Cheung ainsi que les apparitions aussi brèves que remarquées des grands Yuen Wah, Wu Ma et Lam Ching Ying (ces deux derniers héritant d’une des plus belles scènes du film avec leur chanson!).

En fait Swordsman est un film bancal, il jongle entre la maestria d’une mise en scène de grands réalisateurs et le chaos total imposé par une production sans véritable ligne directrice… le résultat est plein de défauts évidents mais aussi très attachant comme la plupart des productions de la Film Workshop de Tsui Hark, et c’est quand même le film qui a ouvert la voie au renouveau d’un genre fabuleux le Wu Xia Pian!

FICHE FILM
 
Synopsis

Le « Canon du Tournesol », un parchemin contenant le secret du pouvoir martial absolu, est dérobé. Le jeune maître d’armes et musicien Lingwu Chung est seul à connaître sa cachette. Mais le document est l’objet d’une lutte sans merci entre la terrible police secrète, diverses sectes rivales et un samouraï venu du Japon…