Sweet Valentine (Emma Luchini, 2009)

de le 03/05/2010
 
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Un nom qui nous est familier, et pour cause. La jeune fille n’est autre que la fille du trublion du cinéma français qu’on aime tant détester, Fabrice Luchini. Après un court métrage remarqué (et récompensé) la voilà qui se lance déjà dans l’aventure du long métrage! On dira ce qu’on voudra, mais un nom de famille ça peut tout de même bien aider. Quoi qu’il en soit, il serait de très mauvaise foi de nier les qualités évidentes de ce premier essai sacrément prometteur. Sans faire preuve d’une ambition démesuré Emma Luchini aborde un genre ultra balisé, le road-movie, sous un angle plutôt intéressant, même si déjà vu. En effet elle s’intéresse à une histoire d’amour/fascination pour un bad boy en pleine fuite en avant. On se souvient de Tueurs Nés ou Kalifornia qui traitaient plus ou moins de sujets similaires avec une approche divergente de Bonnie & Clyde par exemple dans lequel le personnage féminin n’était pas vraiment contrôlé par l’homme. La différence majeure dans Sweet Valentine est que le personnage féminin justement propose une nouvelle variation car elle dépasse le simple statut de suiveuse fascinée et amoureuse pour devenir une sorte d’ange gardien un peu maladroit et poissard, mais qui cherche avant tout à engager l’homme sur le chemin de la rédemption. Et si au final le film n’échappe pas aux écueils inhérents aux premiers films, avec quelques maladresses évidentes, il ‘en reste pas moins une tentative plus que louable de faire souffler un vent appréciable sur le cinéma d’auteur français en le rendant accessible et attachant.

Attachant tout simplement car Emma Luchini (qui a également signé le scénario) s’amuse et ça se ressent à l’écran. Pas parce qu’il s’agit d’une grosse déconnade, mais elle passe à la moulinette divers genres ultra codifiés pour en ressortir cet objet hybride, parfois bancal, parfois ultra savoureux. Ainsi on retrouve du road-movie, de la romance, de la comédie burlesque, du film de gangster, le tout saupoudré d’une pointe de folie directement issue de certains films de Fellini ou Almodovar. C’est ce qui paradoxalement dessert également le film avec le recul car on en vient à attendre peut-être un peu plus de folie visuelle, qui ne s’exprime pas qu’à travers les décors ou les costumes mais par la mise en scène qui reste tout de même relativement statique alors que le sujet se prêtait à plus de mouvement. Cela dit il serait dommage de bouder notre plaisir devant un film français qui ne soit ni un drame social en banlieue, ni une comédie bien grasse avec Kad Merad ou Frank Dubosc, mais qui au contraire cherche à se démarquer.

On suit donc avec un réel plaisir ce parcours initiatique d’un couple improbable. Elle est tombée éperdument amoureuse d’un homme qui la déteste car elle est sans doute la première à avoir su percer la carapace, elle va tout sacrifier, jusqu’à cet amour passionné, pour le sauver. Ainsi ce qui pourrait ressembler si on le prend au premier degré à une sorte de relation dominant/dominé à tendance sado-masochiste cache en fait un propos bien plus profond traitant du don de soi au nom d’un amour sans limite, une totale abnégation d’une femme qui se donne corps et âme pour sauver celui qui ne veut pas l’être mais qui en a tellement besoin pour apprendre à vivre. Leurs errances vont suivre une évolution formelle évidente au fur et à mesure que les personnages eux-mêmes vont changer profondément. Ainsi le ton froid et figé de la première scène épousant le regard névrosé d’Ivan laisse peu à peu sa place à une profusion de couleurs acidulées quand Sonia, telle un papillon, s’éveille réellement.

Et c’est là que la mise en scène un peu plate vient poser les limites d’un film qui bénéficie pourtant d’un vrai travail dans ses cadres millimétrés. En effet, on sent la volonté de faire s’évader le récit du réel vers le fantasme, comme un conte de fée un peu cruel. Mais ce bon vieux complexe franco-français vis à vis du fantastique (réservé uniquement au cinéma de genre, lui-même considéré par la profession comme du sous-cinéma) lui coupe les ailes et l’empêche de s’envoler. Tout était là pourtant, mais un brin frileuse, Emma Luchini choisit de rester sur terre et d’ancrer son film dans la réalité malgré ses intentions évidentes. C’est un peu dommage car il y avait matière à développer une ambiance encore plus fantaisiste en faisant prendre un peu d’ampleur à sa caméra. Reste qu’elle réussit à imposer une vision assez unique de ce pouvoir fascinant (castrateur?) que peuvent avoir les femmes passionnées sur les hommes, et qu’elle peut appuyer son discours sur des acteurs au top de leur forme.

Vincent Elbaz est surprenant par la qualité de son jeu, même si tout le casting est en mode théâtral. Il campe un enfoiré relativement crédible, personnage à fleur de peau aussi impressionnant que profondément effrayé par cette femme à première vue insignifiante. Elle c’est la grosse révélation du film. Vanessa David est juste superbe dans un rôle complexe et ambigüe, elle irradie la pellicule de sa présence en campant un personnage en perpétuelle évolution totalement déstabilisant. Les seconds rôles ne sont pas en reste avec Louise Bourgoin et Gilles Cohen dans des rôles délicieux. Personnages hauts en couleurs, dialogues piquants, violence soudaine et ambiance troublante font de Sweet Valentine une jolie petite surprise à défaut d’être un film inoubliable. Il aurait gagné à être encore plus fou mais laisse de beaux espoirs pour la suite de la carrière de la réalisatrice.

FICHE FILM
 
Synopsis

Ivan, bandit sans envergure, croise le chemin de Sonia, jeune provinciale fraîchement arrivée à Paris. Dès le premier regard, il la déteste. Dès le premier regard, elle s'entiche follement de lui. C'est décidé : cet homme cruel sera son prince charmant, son héros, l'homme de sa vie. Et si Ivan a la haine tenace, Sonia a la patience d'un ange. Ou celle d'un démon.