Sur la route (Walter Salles, 2012)

de le 24/05/2012
 
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Adapter Sur la route de Jack Kerouac, le rouleau légendaire, le roman emblématique de toute une génération sur laquelle se sont appuyés tous les mouvements libertaires des années 60 et 70, est une idée folle. Une idée qui remonte à la fin des années 60 sous l’impulsion de Francis Ford Coppola, qui souhaitait à tout prix mettre en scène cette adaptation. Mais voilà, après un projet quasiment concrétisé en 2001, avec un scénario et des acteurs déjà envisagés, il a encore fallu attendre une dizaine d’années pour que Sur la route arrive au cinéma. La famille Coppola est toujours du côté de la production mais c’est le brésilien Walter Salles qui est chargé de mettre tout cela en scène, ayant à priori impressionné tout le monde chez American Zoetrope avec son adaptation ratée de Carnets de voyage, les écrits de jeunesse de Che Gevara avant qu’il ne soit le Che, quand il a parcouru l’Amérique latine et en a saisi la douleur. Difficile de faire un plus mauvais choix que ce réalisateur pour adapter un roman aussi riche, aussi heurté, aussi inadaptable. Sans surprise, le résultat ne remplit à peu près aucun contrat et se contente d’une mise en images extrêmement plate, indigne du travail de Jack Kerouac.

Film évènement avec son casting de belles gueules représentatives de la jeune génération d’acteurs américains, Sur la route a agité la Croisette avant d’endormir le public. Difficile en effet de trouver film plus plat dans toute la compétition 2012, déjà riche en films très moyens. En adaptant le roman et non le rouleau, introduit à la va vite en toute fin de film, Jose Rivera (déjà responsable du scénario de Carnets de voyage) donne comme matière à Walter Salles pour un récit vidé de toute sa substantifique moelle. Sur la route c’est l’histoire de 3-4 personnages instables, handicapés sentimentaux et sociaux, qui ne peuvent pas rester en place et vivent dans l’obsession du sexe. Voilà à quoi se trouve résumée la beat generation, voilà ce qui reste de toute une philosophie fondatrice de notre époque, voilà comment se voit traité un des plus grands romans du XXème siècle. Il est dit clairement dans le film, explicitement, que le mouvement est leur mode de vie. Et c’est vrai que Sur la route ne manque pas de mouvement, de voyages en voiture, entre deux séquences en appartement. Le mouvement dans le récit se traduit également dans la mise en scène de Walter Salles qui filme tout cela caméra à l’épaule, dans le cadre qui se reconstruit en permanence. Sauf que malgré toute la meilleure volonté du monde, Sur la route est un film paradoxalement très immobile. 2h20 de surplace d’un film qui peine à construire ses personnages, ne s’appuie que sur la succession de seconds rôles souvent réjouissants, avec en tête Viggo Mortensen qui vampirise la totalité du film avec son faible temps de présence, en adulte sage adepte de l’héroïne et des armes à feu. Film-fouillis qui ne transcende jamais le chaos de sa narration heurtée pour construire quelque chose de concret (comme devrait le faire un film rythmé par du jazz), perdu dans sa captation ramollie du road movie initiatique et sa construction dramatique qui fait entrer et sortir les personnages du cadre sans que jamais ne naisse une véritable empathie, Sur la route déçoit, tout simplement.

En fait, on retrouve dans Sur la route exactement les mêmes tares que dans Carnets de voyage. C’est à dire qu’il s’agit d’un film qui possède un certain charme visuel, avec sa photographie travaillée, sa mise en scène énergique et ses cadres au plus près des acteurs, ses superbes paysages qui voudraient construire un portrait de l’Amérique à un temps T. Mais c’est surtout un film qui passe à côté du cœur de son sujet, qui n’imprime aucun rythme à sa narration, qui manque cruellement d’émotion et vulgarise le propos de l’auteur. En résulte un film aseptisé, malgré les apparences trompeuses, et c’est bien la pire chose qui pouvait arriver aux écrits de Jack Kerouac. Jamais l’humain ne prend le dessus, les parties les plus intéressantes du récit se retrouvent sacrifiées au profit des plus « graphiques » et les personnages de légende sont ramenés sur le plancher des vaches. Ainsi, quand Walter Salles filme une intervention de Nixon, sous-entendant par là que ses personnages se posent en opposition à toute forme de morale, de loi, ou de simple règle, cette opposition n’est qu’illustrative car ne transparait jamais de son film. Dommage, car au delà de tout cela, et à quelques exceptions près (Garrett Hedlund est un miscast en puissance) le casting est formidable. Par sa normalité, paradoxe total au propos du roman, Sur la route a beau mettre en avant le sex-appeal de Kristen Stewart qui ne rate pas une occasion de montrer sa poitrine, il reste désespérément un film mou…

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FICHE FILM
 
Synopsis

Au lendemain de la mort de son père, Sal Paradise, apprenti écrivain new-yorkais, rencontre Dean Moriarty, jeune ex-taulard au charme ravageur, marié à la très libre et très séduisante Marylou. Entre Sal et Dean, l’entente est immédiate et fusionnelle. Décidés à ne pas se laisser enfermer dans une vie trop étriquée, les deux amis rompent leurs attaches et prennent la route avec Marylou. Assoiffés de liberté, les trois jeunes gens partent à la rencontre du monde, des autres et d’eux-mêmes