Sur la piste du Marsupilami (Alain Chabat, 2012)

de le 04/04/2012
 
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Pour oser transposer à l’écran l’une des plus belles créations d’André Franquin, il fallait être au moins aussi fou que pour filmer Astérix. Et ça tombe plutôt bien car c’est précisément Alain Chabat qui avait su non seulement capter l’essence de la bande dessinée de Goscinny et Uderzo mais surtout y appliquer ses propres obsessions, son sens de l’humour et son regard de cinéaste pour donner du sens à un mot trop souvent incompris : ADAPTATION. Pas de copier/coller de la case, à l’écran, pas de trahison, mais une œuvre nouvelle qui jongle entre sa nature profonde et son média d’adoption, comme ce fut le cas l’année dernière par exemple avec Les Aventures de Tintin : le secret de la licorne, toutes proportions gardées. Si Sur la piste du Marsupilami pouvait légitimement effrayer, notamment à cause du look du Marsupilami assez étrange, voire moche, et une campagne de promotion qui, en souhaitant garder un maximum de secret, ne montrait pas grand chose de l’humour véritable du film, le résultat final est assez probant. À défaut d’avoir réalisé un grand film, ou même une grande comédie, Alain Chabat a une nouvelle fois plutôt bien défendu son idée de comédie populaire malgré certains aspects qui commencent à devenir un peu vieillots.

Ainsi, si l’excellence d’Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre n’est jamais atteinte, c’est dans cette direction que tend Sur la piste du Marsupilami plutôt que celle du très drôle mais sans doute trop excessif RRRrrrr!!! et son non-sens absolu. Sur une trame assez basique qui mélange film d’aventure pour enfants et quête identitaire de deux losers en quête de reconnaissance, avec un sens de la narration qui lui fait parfois défaut et donne lieu à quelques sérieux moments de flottements, Alain Chabat fait ce qu’il sait faire de mieux : de la comédie. On pourra toujours pester contre ce fameux « humour Canal + » disparu des ondes hertziennes depuis que les Robins des bois ont lâché l’affaire, ce sens du burlesque à la française bercé d’une multitude d’influences anglo-saxonnes, mais le fait est que cet humour fonctionne. En truffant son film de références cinématographiques populaires ou plus pointues, de Rambo aux surréalistes en passant par Avatar et Le Silence des agneaux, en rejouant le concept des fausses pubs, en parodiant encore des éléments complètement ancrés dans la culture française (Questions pour un champion, Céline Dion), Alain Chabat fait précisément ce qui était attendu de lui. C’est sa force, car il affirme toujours plus un univers auquel il reste fidèle, ainsi qu’un style graphique assez unique qui permet de reconnaître sa patte de metteur en scène en quelques minutes, mais c’est également sa plus grosse faiblesse car l’impression de voir un artiste faire du surplace se fait de plus en plus sentir. On peut ainsi se poser la question de savoir si ce sont ces gags qui sont vraiment drôles ou le souvenir de gags similaires qu’ils entrainent. Sur la piste du Marsupilami est drôle, mais il ne provoque pas l’hilarité de ses films précédents. Les « petites voix » permanentes au sein de la bande son, les gags de Jamel Debbouze parfois repris à l’identique d’Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre (en remplaçant l’âne par un lama), la post-synchro surréaliste, les blagues nazies et le ressort comique des défauts de prononciation, tout cela fonctionne mais commence à sérieusement ressembler à une mécanique bien trop huilée. Le charme est toujours là mais a parfois tendance à se rompre.

Point fort d’Alain Chabat, il est capable de rameuter des gros castings. Mieux encore, il a ce pouvoir de faire faire n’importe quoi à ses acteurs. Si Jamel Debbouze et Fred Testot sont des évidence, ainsi que lui-même qui commence à sentir là où il peut être excellent, il parvient à rendre amusant Patrick Timsit et offre à Lambert Wilson la possibilité de se lâcher complètement dans une poignée de séquences assez inattendues. Tout l’aspect un peu mélo/intimiste autour des vies plus ou moins ratées des deux héros ne fonctionne pas vraiment et vient plomber un tempo qui n’est déjà pas le point fort du film, habitude malheureuse chez Chabat. Mais il y a un autre point fondamental dans ce film, au delà des vannes, au delà du ton décalé, au delà des séquences illuminées et/ou dansantes, il y a le Marsupilami. Tellement effrayant sur les affiches, voire dans le teaser, il s’avère franchement réussi à l’écran. Il faut toutefois passer outre son design assez particulier, qui passe d’un aspect brut/espiègle dans la bande dessinée à une créature plutôt du côté de la peluche mignonne dans le film. Une fois le temps d’adaptation passé, force est de constater que les animateur de chez BUF ont fait un boulot remarquable. On n’est pas chez WETA et le Marsupilami n’est pas le nouveau Gollum, mais dans une production française la création a de la gueule et s’intègre globalement à merveille, permettant à Alain Chabat de se lâcher dans ses scènes d’action typiquement comic book dans l’esprit. Il sera toujours possible de regretter la première option de l’animatronic, notamment pour les interactions avec les acteurs parfois, mais le résultat dépasse les espérances et permet à Sur la piste du Marsupilami de se poser en comédie familiale et petit film d’aventure friqué de qualité, à défaut d’être génial.

FICHE FILM
 
Synopsis

Quand Dan Geraldo (Alain Chabat), reporter en quête de scoop, arrive en Palombie, il ne se doute pas qu’il va faire la plus incroyable des découvertes… Avec Pablito (Jamel Debbouze), guide local plein de ressources, ils vont vivre une aventure trépidante, affronter un botaniste diabolique, des piranhas affamés, un dictateur au secret bien gardé, une tribu Paya au coeur d’une prophétie millénaire et enfin révéler une nouvelle extraordinaire : le Marsupilami, animal mythique et facétieux, existe vraiment !!!