Superstar (Xavier Giannoli, 2012)

de le 31/08/2012
 
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Pourquoi ? Cette question est le moteur de Superstar. Pourquoi ? C’est également la question que tout spectateur est en droit de se poser à la vision du film qui marque la chute brutale de Xavier Giannoli de son piédestal. Passionnant sur le papier, et à l’écran le temps d’une poignée de séquences, le film passe deux heures à courir après son sujet sans jamais le comprendre et provoquant une étrange sensation de malaise.

À l’origine était formidable. Pour d’innombrables raisons cette fable cruelle sur un homme à la dérive donnant corps à ses rêves possédait les atours d’un très grand film. C’est dire si Superstar était attendu, car Xavier Giannoli semblait avoir beaucoup de choses à dire. Une ambition telle qu’il cherche tout simplement à faire se rencontrer Kafka, Hitchcock, Capra et Merad. Un projet fou en quelque sorte, et un sujet fascinant, celui de la célébrité et ses mécanismes parfois incompréhensibles. Même l’idée de prendre Kad Merad, ex-comédien drôle, dans le rôle principal est un pari audacieux. Sauf que la meilleure note d’intention du monde ne donne pas nécessairement naissance à un bon film et Superstar en est la triste illustration par l’exemple. Rien ne fonctionne là-dedans, ou si peu de choses, avec la nette impression que le réalisateur se trompe de sujet et de cible du début à la fin. À tel point qu’on en vient à se demander si son film précédent ne tenait pas plus de la sortie de route que d’autre chose. Et le plus dingue dans tout ça, c’est qu’il est l’un des représentants français à la Mostra de Venise cette année.

Dans ce récit qui manie l’absurde kafkaïen, on suit donc la drôle d’aventure de Martin Kazinski, encore un homme en plein décalage avec son environnement, encore un personnage de cinéma propulsé dans un monde qu’il ne maîtrise plus. Dans ses plus beaux moments, Superstar dévoile un concept fort, celui d’illustrer par l’image la vitesse de l’information et de la célébrité, cette accélération permanente qui est le moteur de notre époque. Le film est en quelque sorte une allégorie d’un buzz sur les réseaux sociaux. Le pauvre type se retrouve propulsé en un clin d’œil devant tous les objectifs, les caméras, les téléphones portables, pour quelques jours plus tard se prendre des chaussures dans la gueule et perdre tout ce qu’il avait. Un ascenseur médiatique et émotionnel digne de la tour de la terreur mais qui symbolise assez justement ces débordements qui sont le battement de cœur de twitter et consort, tout y est démultiplié et tout va trop vite jusqu’à l’amnésie collective. Ça c’est l’idée, car dans les faits le résultat n’est pas très brillant. En effet cette idée qui semble pourtant centrale, qui est clairement celle autour de laquelle Xavier Giannoli aurait dû tisser son film, elle n’est qu’accessoire. Ce qui l’intéresse beaucoup plus, c’est de livrer une vulgaire charge contre les médias et la TV poubelle, comme tant d’autres l’ont déjà fait avant lui et parfois de façon grandiose. Voir l’impressionnant Network de Sidney Lumet pour saisir à quel point Superstar développe un discours ringard. Dans le film la télévision ne fait que récupérer un phénomène tout autre, mais c’est elle qui se fait tacler le plus fort. En résulte une analyse immédiatement datée en plus de faire fausse route, en montrant des présentateurs crétins, des producteurs inhumains et des assistantes arrivistes. Quoi de nouveau ? Rien du tout, tout a déjà été dit et montré ailleurs, souvent en mieux, et le film ne peut plus que se réfugier dans la comédie involontaire autour d’un Kad Merad en roue libre. Avec son regard de cocker privé de caresses pendant une semaine, sa démarche pataude et tout le poids du monde qui fait s’affaisser ses épaules, l’acteur est à la peine pour faire naître un semblant d’empathie. Il en devient même agaçant à répéter en boucle son « Pourquoi ? » sur lequel Xavier Giannoli s’attarde beaucoup trop. Tout d’abord la réponse au pourquoi on la connait très bien, mais plus sérieusement poser sans cesse cette question au spectateur, qui se la pose dès le début du film, pour au final ne jamais lui donner de réponse, est une grossière erreur. L’impression d’être pris pour une buse finit par l’emporter sur le reste et n’aide pas vraiment à apprécier les penchants grotesques de cette mascarade.

Bien sur que Kafka est là, toujours à l’affut, pour tourner la moindre situation en quelque chose d’étrange, mais il manque à Superstar l’essentiel, l’absurde total et le vertige. Le film tente de se raccrocher chaque fois maladroitement à son ancrage réaliste mais n’y parvient qu’à moitié, faisant de l’expérience quelque chose de pas très clair, mais d’assez drôle. Tout ce qui tombe sur la tête de ce pauvre type devrait faire peur, mais ça fait surtout rire, car Xavier Giannoli a laissé sa finesse au placard. Quand il se fait traquer on pouffe, quand tout se retourne contre lui on a envie de se moquer, quand il vient ramper comme une merde pour que la TV le reprenne, il ne fait même pas pitié. la faute à un script crétin qui tombe dans le piège de ce qu’il dénonce. Et le plus bel exemple et le malentendu illustré avec le mot « banal ». d’abord ridicule et un peu pathétique, la situation vire dégueulasse quand les gens « normaux » ne sont à l’écran que des cas sociaux sortis d’un épisode de Strip-tease. Giannoli s’identifierait-il à son crétin de présentateur TV ? C’est l’impression qu’il donne. Quant au malaise et au vertige kafkaïen, il ne les touche que le temps de deux séquences incroyables. La première quand Martin Kazinski est reconnu dans le métro, impressionnante de tension malsaine et de délire sensitif, la seconde lors du cri, agressant physiquement le spectateur de la façon la plus brutale qui soit. Ces deux séquences contiennent tout ce que le film aurait dû être dans sa totalité. Malheureusement le reste n’est jamais à la hauteur et provoque surtout un véritable embarras, d’autant plus que le réalisateur soigne les formes avec une mise en scène inspirée mais qui n’aboutit sur rien de solide. Incapable de diriger ses acteurs correctement, transformant Cécile De France en mannequin de cire et Kad Merad en bout de viande, Xavier Giannoli finit par nous faire poser la même question : Pourquoi ? Pourquoi ce film lourd et maladroit ?

FICHE FILM
 
Synopsis

Un anonyme devient soudain célèbre, sans savoir pourquoi.