Super 8 (J.J. Abrams, 2011)

de le 03/08/2011
 
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S’il faut reconnaître un vrai à talent à J.J. Abrams, c’est bien celui de créateur et de chauffeur de buzz ultra efficace. Il a beau de pas avoir porté ses créations très longtemps, les séries TV Alias et Lost sont de franches réussites, le très attendu Cloverfield n’a pas déçu, proposant un film de monstre magnifique et un mockumentary absolument brillant. En tant que metteur en scène et scénariste il était encore difficile à juger. Il n’avait pas écrit ses deux premiers films et si Mission: impossible III ressemblait surtout à un long épisode d’Alias avec Ethan Hunt en héros, son Star Trek proposait de très belles choses. Pour Super 8 il a su créer une nouvelle attente, longue et dont l’intérêt n’a paradoxalement jamais baissé. En un sens, J.J. Abrams possède de réels atomes crochus avec les réalisateurs producteurs venus balayer le nouvel Hollywood, Steven Spielberg et George Lucas en tête. Il est un businessman efficace, qui sait faire du chiffre. Sauf qu’il est encore loin d’avoir le talent de Steven Spielberg, à qui il souhaite ici rendre hommage. Un hommage maladroit pour un film qui l’est tout autant, ne sachant jamais vraiment vers quel public il se tourne, les enfants d’aujourd’hui ou ceux des années 80?

Pourtant, il faut bien avouer que dans l’ensemble Super 8 est plutôt bon. Bien construit sur des recettes ayant fait leurs preuves par le passé, le film s’impose comme un divertissement de qualité qui risque bien de marquer nos chères têtes blondes comme le fit si habilement Steven Spielberg justement, avec un certain E.T. l’extra-terrestre qui l’imposa définitivement comme un « auteur populaire », mais surtout un grand cinéaste et un créateur. Spielberg créait au cinéma, qu’on apprécie son oeuvre un peu ou à la folie, il y a une sorte de génie derrière qui s’est parfois effacé mais aura tout de même donné quelques uns des films majeurs du cinéma américain, pour le dernier quart du XXème siècle. Rendre hommage à un tel créateur d’image n’est pas une mauvaise idée, il y a même quelque chose de follement excitant là-dedans. Sauf que derrière l’hommage, évident voire lourdingue, J.J. Abrams ne crée rien. Il applique à une œuvre de 2011 les recettes de l’entertainment des années 80, mais ne va pas beaucoup plus loin que ça. Et à trop vouloir brosser dans le sens du poil les trentenaires d’aujourd’hui, à chercher par tous les moyens à titiller leur fibre nostalgique et ne faire reposer l’émotion de Super 8 que sur cela, il finit par se perdre.

[quote]Production value!

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La recette n’est pas bien compliquée pour le recycleur J.J. Abrams. Flirter avec le méta-cinéma en incluant un faux film dans le film mais surtout utiliser des enfants. Des enfants au comportement la plupart du temps naturel et qui sont les héros évidents de l’aventure, avec un temps d’avance considérable sur les quelques adultes qui les entourent. C’est globalement la recette Amblin qui fonctionnait à plein régime : une identification facile et l’illusion d’en savoir plus que les adultes. Bien entendu il y a cette part de magie liée à l’imaginaire qui apporte un charme naphtaliné à l’ensemble, et qui manque cruellement à la grande majorité des blockbusters modernes. L’enfance plus forte que tout, le propos reste puissant presque trente ans plus tard. L’enfance et la passion précoce de l’art, le cinéma étant un élément central de Super 8 avec ces gosses qui tournent leur film de zombies en 8mm justement. Mais là encore, le propos à priori génial se voit corrompu par une simple ligne de dialogue qui en dit long sur les intentions de l’entreprise : « production value! ». Super 8 se montre sous son vrai jour. Derrière l’aventure enfantine, derrière le film de monstre, derrière l’hommage et la mise en abyme, il ne faut pas se faire d’illusions. C’est le Dieu dollar qui prédomine et guide le moindre choix. Si Spielberg n’a jamais vraiment fait ses films pour la gloire, sa fortune en atteste, on ne sentait pas nécessairement cet aspect dans ses productions des années 80 destinées aux enfants.

Reste que Super 8 nous touche, nous les trentenaires ayant grandi avec ce cinéma. On y croise beaucoup de E.T. l’extra-terrestre évidemment, ainsi que du Rencontres du troisième type, sans surprise. On pense beaucoup aux Goonies également, à tel point que s’il n’y avait pas la marque de Jurassic Park (l’attaque du T-rex est clairement mentionnée) on pourrait vraiment croire le film échappé des années 80 qu’il illustre à merveille par ailleurs. J.J. Abrams cite encore et encore, tant qu’il peut, jusqu’à effacer toute identité de son film. Et ce « formatage » toujours intelligemment utilisé par Spielberg, qui a toujours déguisé son propos derrière une forme très grand public sans renier son identité d’auteur et de formaliste, élimine un peu plus la personnalité du metteur en scène ici, qui ne finit par exister que par son utilisation grotesque des lense flares ((halos lumineux imprimés à l’image par des sources de lumière)) artificiels et bleus. Pourtant le bonhomme est loin d’être un incapable et il suffit de voir la scène du train qui éclate à peu près tous les films catastrophes récents de par son réalisme et sa puissance cinématographique. C’est dans l’intime, essentiel, qu’il rate le coche. Abrams parvient à faire plus niais que certaines productions Amblin dans son message, avec une morale facile du type « la drogue c’est mal » et peine à trouver l’émotion vraie. Chose qui s’oublie pourtant le temps d’une séquence finale magistrale qui retrouve enfin la vraie puissance du cinéma de Steven Spielberg dans ses meilleurs jours, une beauté toute simple, des sentiments concrets, et une émotion qui submerge le spectateur. Dommage que cette force ne fasse que parcourir Super 8 de façon sporadique, mais il reste un film tout à fait recommandable même si coincé dans son hommage aux années 80 et se refusant à la création.

FICHE FILM
 
Synopsis

Été 1979, une petite ville de l’Ohio. Alors qu'ils tournent un film en super 8, un groupe d’adolescents est témoin d'une spectaculaire catastrophe ferroviaire. Ils ne tardent pas à comprendre qu'il ne s'agit pas d'un accident. Peu après, des disparitions étonnantes et des événements inexplicables se produisent en ville, et la police tente de découvrir la vérité… Une vérité qu’aucun d’entre eux n’aurait pu imaginer.