Sunny (Kang Hyeong-cheol, 2011)

de le 16/10/2011
 
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Festival Franco-Coréen du Film 2011 : Film d’ouverture

Sunny ce n’est pas seulement Boney M et le goût ringard du disco, même si on l’entend à quelques reprises dans le film. Non Sunny en 2011 c’est le plus gros succès de l’année au box-office coréen. Un succès à priori improbable à la lecture du synopsis annonciateur d’un truc pas vraiment excitant. Un film de filles et rien d ‘autre, sur le papier seulement car dans les faits c’est une comédie dramatique comme on n’en voit jamais, et qui provoque une régression totale du spectateur vers sa lointaine (ou pas) adolescence. Autour de la phase terminale d’un cancer d’une femme dans un groupe d’amies qui se sont perdues de vue, c’est tout un passé qui resurgit. Le leur bien sur, mais celui de tout un pays, de tout un mode de vie, ces fameuses années 80 qu’on aimerait parfois effacer des livres d’histoire et des frises historiques quand on en vient à les regarder à travers le prisme de l’art. Sunny c’est ça, et c’est surtout une belle histoire d’amitié. Pas très fine, parfois un peu bête et facile, mais qui touche une corde sensible trop peu sollicitée au cinéma, celle qui donne le sourire.

On sait pourtant dès l’ouverture que Sunny sentira le pathos et la guimauve, mais on se prend pourtant au jeu. Usant d’un montage assez virtuose qui fait s’imbriquer passé et présent sans heurts, affublé d’une caméra rarement statique et se permettant quelques mouvements magistraux, Sunny est un film plein de vie dans son propos comme dans sa mise en scène. Et c’est de là que vient son charme indéniable, du genre qui occulte presque complètement ses fâcheuses tendances à tomber dans des ficelle dramatiques bien trop voyantes. Mais voilà, le destin de ces amies liées autour d’une fraternité étudiante est immédiatement attachant, à tel point que le spectateur qui se prête au jeu ne tarde pas à se retrouver dans la tête d’une adolescente coréenne des années 80. Et c’est plutôt agréable, il faut bien l’avouer. La reconstitution d’époque transpire la caricature, tout comme les personnages qui sont d’évidents archétypes, mais l’excès fonctionne également. Un drôle de jeu s’installe entre les deux temporalités, qui impose un rythme soutenu à Sunny, rarement défaillant. Plongeant parfois dans le pur mélodrame adolescent avec les premiers émois et chagrins d’amour, par ailleurs dans le vrai drame lourd du présent, la comédie musicale avec des segments musicaux plutôt étonnants (au son de Sunny de Boney M donc, mais également Reality de Richard Sanderson, La Boum de Claude Pinoteau étant en ligne de mire jusque dans la coupe de cheveux de l’héroïne) ou le film de baston étudiant dans la veine d’un Crows Zero. On a d’ailleurs droit à une séquence complètement folle dans laquelle deux bandes de filles se mettent sur la gueule au ralenti (comme chez Miike ou Snyder, avec les mêmes effets de freeze) en plein milieu d’affrontements entre des étudiants et les forces de l’ordre. C’est également dans ce mélange entre le récit personnel d’une bande d’amis et la grande histoire de la Corée du Sud que Sunny puise son charme.

Bien entendu on n’évite pas les nombreux débordements de larmes, une des amies devenues adultes étant sur le point de mourir, mais globalement le pathos est équilibré par une vraie propension à l’humour. Un humour pas forcément girly ni adressé simplement au public coréen. En cela Sunny est une de ces quelques comédies tout à fait exportables et qui permettraient au public français de voir autre chose que des oeuvres très noires. D’autant plus qu’on retrouve cette virtuosité dans la mise en scène, comme toujours ou presque, agrémentée d’une jolie photographie, et un casting impressionnant. Toutes ces actrices, les jeunes comme les adultes, y sont pour beaucoup dans le pouvoir de séduction de Sunny, investies par leurs rôles et donnant de corps à ce récit qui brasse des thèmes majeurs derrière la comédie dramatique. À l’amour et l’amitié, le contrepoint le plus intéressant vient d’une réflexion intéressante sur le temps qui passe et les liens qui se défont, sur la prise en main d’un destin ou le statut bien éphémère de la beauté adolescente. Voilà un beau film, très politiquement correct, jamais incisif, mais duquel émanent quelques bons sentiments pas désagréables du tout.

FICHE FILM
 
Synopsis

Na-mi débarque de sa campagne natale dans une nouvelle école. Les autres élèves se moquent de son accent, mais une bande de filles lui vient en aide : après s’être liées d’amitié, elles décident ensemble de former un groupe : « SUNNY ». 25 ans plus tard, Na-mi vit avec son mari et sa fille, mais sent que quelque chose est manquant dans sa vie. Un jour, elle rencontre par hasard l’une de ces filles et décide de partir à la recherche des autres membres de SUNNY.