Sucker Punch (Zack Snyder, 2011)

de le 25/03/2011
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Sucker Punch est l’archétype du film de fanboy qui va se faire démolir en règle par la critique. Pourtant, au-delà du pur plaisir de spectateur bercé à la même culture alternative que ce sale gosse de Zack Snyder, Sucker Punch est un véritable exercice de style suffisamment honnête et bien réalisé pour mériter l’attention. Pourtant il risque de décevoir les geeks qui en attendaient trop. Sucker Punch est à l’image de sa BO, un énorme recyclage un peu brouillon mais terriblement plaisant, un peu moins con qu’il en a l’air et visuellement à couper le souffle. Par contre c’est typiquement le film qui aurait gagné à être traité autrement qu’en vue d’un PG13, le manque de cul, de sang et d’insultes se faisant vraiment ressentir.

À quelques jours de la sortie du film, ne serait-ce qu’à la vision du trailer, on entend déjà venir ces critiques faciles qui tomberont une nouvelle fois sur la gueule du pauvre Zack. Toujours les mêmes: que c’est un poseur, qu’il n’a rien à raconter, que c’est juste un gosse à qui on file une caméra et un gros budget pour filmer ses délires. La seule à laquelle il échappera cette fois sera celle de la trahison par rapport à un matériau d’origine culte puisque cette fois le récit vient de son petit cerveau, ou presque car Sucker Punch c’est avant tout l’œuvre d’un cinéphile bisseux qui recrache pendant deux heures tout ce qui lui a donné du plaisir au cinéma (mais aussi en jeu vidéo, manga, etc…). Tout le monde a déjà oublié qu’il a livré avec L’armée des morts un des remakes de films d’horreur intouchables les plus réussis, qu’il a imposé de nouveaux standards dans la gestion des séquences d’action avec 300 et que son Watchmen, même s’il est parfois maladroit, est une entreprise parmi les plus couillues de ces dernières années. Zack Snyder est un poseur? Certainement, mais un poseur de talent à qui il manquait un film dans lequel il pourrait se défouler comme jamais, sans la moindre limite narrative ou visuelle. il aurait pu en faire un film d’animation mais il tente le pari du live qu’il remporte en partie. Sucker Punch est clairement le film attendu, celui qu’on nous a vendu avec des jolies filles qui manient aussi bien le gun que le sabre, des samourais géants armés d’une mitraillette et des méchas volants. Du bonheur sur pellicule un peu simplet mais terriblement jouissif, même si tout n’y est pas rose. En effet Sucker Punch se trimbale tout de même quelques vilaines casseroles.

Ceci dit il convient d’entrer dans un état d’esprit très particulier pour apprécier Sucker Punch pour ce qu’il est : le film brouillon d’un gosse qui écrit quelque chose pour la première fois et a peur d’oublier tout plein de trucs. Il en met donc un maximum, trop diront certains. Et il va construire son film à la fois le plus personnel et le plus référencé, un bon gros bordel bicéphale. Une dichotomie qui va se vérifier à tous les niveaux du film. Symboliquement, Zack Snyder dit adieu à la période des Watchmen le temps d’une introduction sous forme de clip musical. Un peu plus de cinq minutes sans le moindre dialogue, avec du ralenti dans tous les sens, des plans repris à l’identique de son Watchmen, et le tout bercé par la reprise de Sweet Dreams par l’actrice Emily Browning. Il donne le ton avant de déployer son récit sur 3 niveaux de conscience. Du rêve dans du rêve en gros, avec un côté Inception en beaucoup plus barge et moins écrit, évidemment. Niveau scénario, il ne faut pas s’attendre à un miracle de la part d’un débutant. Pas forcément à l’aise dans l’exercice Snyder va au plus simple et se calque sur une trame de jeu vidéo old scool. Une sorte de film de casse en un nombre limité d’étapes, une comédie musicale new age et un pur women in prison.

L’aspect women in prison est carrément glauque, violent sans goutte de sang, presque monochrome. La comédie musicale devient plus intéressante puisqu’elle joue sur la frustration du spectateur en avortant les séquences dansées aux premiers mouvements du corps. Tout y est cliché ambulant, du patron/pimp à moustache au cuisinier crade en passant par le maire tout droit sorti d’un clip de hip hop, mais ça passe. Et c’est finalement raccord avec le délire ambiant du clinquant à tout prix jusqu’à l’outrance. Déjà, on trouve des réflexions pas cons sur la communauté se créant et sur l’évasion par l’imaginaire, sujets centraux qui se retrouvent pourtant écrasés par le troisième niveau de conscience dans lequel Zack Snyder lâche toutes les brides. 5 items à trouver, 5 séquences autonomes reliées entre elles par le pouvoir de l’imaginaire. Ces séquences, inégales, impressionnent. Toutes les références de la culture bis y passent, du film de guerre badass au chambara en passant par le post-nuke, le film de zombies, l’anime de SF. On nage en plein univers parallèle où tous ces univers bis se mélangent dans un ensemble parfois bancal, parfois excessivement jouissif. Le problème qui apparaît immédiatement est un déséquilibre dans ces séquences. La première est monumentale, sorte de God of War dans un Japon enneigé, les suivantes vont decrescendo. Mais il est impossible de bouder son plaisir quand apparaissent à l’écran à la fois des soldats nazis zombies (entre Jin Roh et Dead Snow), des dragons et des orcs façon Le Seigneur des anneaux. C’est le film le plus bordélique vu depuis bien longtemps mais bizarrement ça fonctionne, même si le rythme baisse.

Et pour en terminer avec ce qui fait rudement plaisir, on retrouve le Zack Snyder hyper formaliste, esthète de la pose, dont les tics n’auront jamais trouvé une si belle justification. Toutes les séquences de rêve, exception faite de celle du train, étrangement hideuses, sont sublimes. Par la richesse des univers, par la sophistication de la mise en scène, par la photo hyper travaillée, Sucker Punch est une oeuvre de cinéma complexe par la forme, un peu simpliste sur le fond. Et dans le genre tour de force gratuit mais qui fait briller la rétine, il se fend d’un plan séquence démentiel à l’intérieur d’un wagon de train, avec une gestion de l’espace qui impressionne. Par contre des choses qui fâchent vraiment il y en a aussi. Comme ce rythme descendant comme dit ci-dessus, gros handicap. Ensuite des acteurs et actrices qui ont de belles gueules c’est vrai, mais qui pour la plupart livrent des prestations déplorables, y compris Carla Gugino et son accent russe risible. Même sanction pour les dialogues, excessivement mauvais. On pourra lui en reprocher bien plus, à l’image d’un scénario qui aurait bien mérité le traitement d’un vrai scénariste, mais au final Sucker Punch n’est ni plus ni moins que ce film qu’on voulait voir, con, avec des jolies filles et des gros robots. C’est gagné.

FICHE FILM
 
Synopsis

Fermez les yeux. Libérez-vous l'esprit. Rien ne vous prépare à ce qui va suivre. Bienvenue dans l'imaginaire débordant d'une jeune fille dont les rêves sont la seule échappatoire à sa vie cauchemardesque… S'affranchissant des contraintes de temps et d'espace, elle est libre d'aller là où l'entraîne son imagination, jusqu'à brouiller la frontière entre réalité et fantasme… Enfermée contre son gré, Babydoll a toujours envie de se battre pour reconquérir sa liberté. Combative, elle pousse quatre autres jeunes filles – la timorée Sweet Pea, Rocket la grande gueule, Blondie la futée, et la loyale Amber – à s'unir pour échapper à leurs redoutables ravisseurs, Blue et Madame Gorski – avant que le mystérieux High Roller ne vienne s'emparer de Babydoll. Avec Babydoll à leur tête, les filles partent en guerre contre des créatures fantastiques, des samouraïs et des serpents, grâce à un arsenal virtuel et à l'aide d'un Sage. Mais ce n'est qu'à ce prix qu'elles pourront – peut-être – recouvrer la liberté…