Stretch (Charles de Meaux, 2011)

de le 05/01/2011
 
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Personne n’a oublié la disparition tragique (et carrément glauque) de David Carradine il y a un peu plus d’un an. L’acteur revenu en état de grâce par la magie de Quentin Tarantino et Kill Bill avant de retomber dans les travers de la série Z bulgare s’est donné la mort pendant le tournage de Stretch, second long métrage de fiction du français Charles de Meaux, après Shimkent Hotel sorti en 2003. Et si on aimerait remercier à l’infini Charles de Meaux pour ses choix de production, Apichatpong Weerasethakul lui devant sans doute beaucoup (il a entre autres co-produit Oncle Boonmee…), on serait bien tentés par une pointe d’humour noir en disant qu’à la vision de Stretch on peut presque comprendre les raisons qui ont poussé l’éternel héros de la série Kung Fu au suicide. Car Stretch est un film fascinant par le ratage complet qu’il représente. On sent du début à la fin, derrière la catastrophe graphique et narrative globale, le film OVNI hyper intéressant qu’il aurait pu être dans d’autres circonstances. Archétype du film malade qui n’a pas su se relever après un drame en plein tournage (n’est pas Terry Gilliam qui veut) Stretch cumule minute après minutes les tares de mise en scène, d’écriture, de jeu d’acteur… à tel point qu’il en devient fascinant, même si les quelques 1h30 semblent en durer cinq.

Il faut tout d’abord oublier David Carradine et ne surtout pas aller voir ce film pour se délecter de sa présence mystique. L’acteur disparu en plein tournage, Charles de Meaux s’est vu bien embêté pour caler les deux scènes tournées avec la star transpirant l’alcool local par tous les pores et sans doute shooté jusqu’aux yeux. Si le réalisateur ne parvient jamais à utiliser son absence pour créer une présence fantomatique, l’acteur s’en sort royalement pour jouer le zombie au regard vide pendant ses cinq minutes à l’écran. Quelle tristesse de partir là-dessus! Mais de là où il est il peut être rassuré, il n’est pas le seul à avoir foiré son travail sur le film. Premier accusé : le scénariste Charles de Meaux incapable de trouver les ressources pour restructurer son récit après le drame, et ce malgré l’aide de Douglas Coupland, l’auteur génial de Génération X qui apporte une nouvelle preuve étayant la théorie disant qu’un excellent écrivain peut être un piètre scénariste. À grands coups d’ellipses foireuses dans tous les sens, on ne comprend pas trop où il souhaite nous emmener, à tel point qu’on s’ennuie ferme au bout de dix minutes et qu’à la fin on ne sait toujours pas où il voulait en venir.

Stretch ne passionne jamais, ne procure rien, et c’est bien ça le pire. Pourtant il y a au départ quelque chose de vraiment intéressant, faire une sorte de Karaté Kid version hippique, avec un jeune jokey surdoué qui doit s’exiler à Macao, va y ré-apprendre son art et vite déchanter. Le tout sous la forme d’un mélange étrange entre style documentaire et ton hyper contemplatif. Mais ça ne fonctionne jamais. L’histoire ne tient pas la route et le film se vautre techniquement à tous les niveaux. La photographie hideuse qui donne une image vidéo HD peu flatteuse et ne parvient jamais à mettre en valeur la ville de Macao, pourtant potentiellement magique (il n’y a qu’à voir The Longest Nite par exemple pour s’en convaincre), des séquences qui s’étirent à n’en plus finir avec des acteurs peu inspirés qui s’agitent dans le cadre sans trop savoir quoi faire, et un montage en tous points atroce. Quelle déception.

Charles de Meaux n’a sans doute pas bien saisi ce qui fait la force du cinéma d’Apichatpong Weerasethakul. Il ne suffit pas de rallonger la durée des plans pour faire du cinéma contemplatif! Il convient de soigner ses cadres et de raconter quelque chose en utilisant un rythme lancinant. Ici l’ennui guette à chaque séquence, impression renforcée par ces fondus au noir neurasthéniques qui intriguent puis agacent fortement, ne parvenant jamais à sortir Stretch de son encéphalogramme désespérément plat. Il faut dire qu’il n’est pas aidé par ses acteurs tous plus lamentables les uns que les autres, mal dirigés c’est certain mais ne montrant pas d’envie non plus. Nicolas Cazalé s’essaye dans une composition digne d’un Tahar Rahim du pauvre sans provoquer la moindre émotion, Nicolas Duvauchelle s’enfonce dans son éternelle incarnation du phrasé banlieusard hors sujet, tandis que Fan Bing Bing (vendue comme le « trésor national » chinois, le peuple doit pleurer de rire devant cette appellation) ne trouve jamais le ton juste. Rapidement on n’en peut plus de tant d’échecs, de ce montage paresseux, de ces textos qui apparaissent à l’écran et de ces voix off monocordes et ce qui restera comme « le dernier film de David Carradine » énerve autant qu’il fait de la peine…

[box_light]Sans queue ni tête, monté à l’arrache, réalisé avec les pieds, interprété par des acteurs qui devraient partir s’exiler de honte, Stretch est un immense ratage complet. Charles de Meaux ne parvient jamais à trouver le ton juste et à développer le récit qu’il voulait. Certes la disparition de David Carradine en plein tournage lui a tiré une sacrée balle dans le pied mais en étant incapable de surmonter l’épreuve il aurait mieux fait d’annuler le tournage. Car en l’état Stretch est un film honteux qui se pose comme un exemple de ce qu’il ne faut surtout pas faire au cinéma, une anomalie filmique qui veut se donner des airs d’ovni cinématographique mais qui ne dupera pas grand monde. Le film est raté tout simplement, et drôlement raté même! À tel point que cet échec sur toute la ligne provoquerait presque une certaine admiration, comme un plaisir de cinéphile masochiste. À vite oublier donc.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Christophe est un jeune jockey parisien pétri d’ambition et d’illusions. Mis à pied après avoir été contrôlé positif à l’issue d’une course, il choisit de s’expatrier en Asie, à Macao. Rapidement, son statut change. Les victoires en course se succèdent, lui amenant argent facile et conquêtes féminines. Mais Macao a ses règles, auxquelles Christophe pense pouvoir déroger. Les événements vont se précipiter alors que l’étau se resserre autour du jeune jockey. Poussé par l’amour d’une jeune femme chinoise moderne, distante mais obsédante, Christophe va finalement remettre son destin en jeu, mais cette fois sur le tapis vert.