Strange Days (Kathryn Bigelow, 1995)

de le 25/05/2009
 
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A la découverte d’un film culte…

Voilà un film assez étrange et auquel je ne m’attendais pas! La réalisatrice de Point Break (un film à re-évaluer) et surtout des Frontières de l’Aube, très grand film de vampires new age, s’attaque au genre le plus créateur de fantasmes et de peurs du cinéma, le thriller d’anticipation. Et pour celà, c’est son ex-mari de l’époque qui se colle au scénario, à savoir le grand visionnaire (c’est pas moi qui le dit c’est marqué de partout) James Cameron, papa de Terminator… et de Titanic. N’oublions pas alors que la sortie d’Avatar approche et que le monde entier est surexcité que Cameron est responsable de ce film techniquement remarquable mais long, chiant, avec une histoire d’amour improbable et des acteurs qui ont rarement été aussi fades… Tout ça pour dire que Cameron il peut être très bon, mais pas toujours! Pour ce qui nous intéresse, à savoir le scénario de Strange Days, il faut avouer qu’il était dans un très bon jour car une histoire aussi intelligente et efficace, c’est du grand art!


Et il faut croire que Kathryn Bigelow était le meilleur choix pour le réaliser! Son truc à elle c’est de dynamiter les genres pour donner sa vision personnelle, tout en servant un spectacle digne d’une superproduction. Et avec un film qui atteint presque les 2h30 il en faut du talent pour ne pas perdre le spectateur… en prenant le parti d’un futur proche (+5 ans) et qui donc ressemble à s’y méprendre au milieu des années 90, le passage symbolique de l’an 2000, avec tous les fantasmes qui l’accompagnent, se posant comme un background de choix. La seule différence de taille dans cette société présentée tient en une seule évolution, voir révolution, technologique, une machine qui permet d’enregistrer tout ce que l’on voit… on comprend vite la perversion d’un tel engin et Bigelow ne se prive pas de nous en faire profiter! On a donc droit à des scènes super sexy mais aussi super malsaines…

Le film s’ouvre d’ailleurs sur une de ces séquences tirées de l’esprit de quelqu’un. D’entrée on s’en prend plein les yeux! En plus d’être un plan séquence absolument magnifique et réglé au millimètre, on n’a jamais vu des images filmées à la première personne aussi fluides. Ce résultat bluffant fait suite à de longues recherches pour mettre au point une caméra et on peut dire que le pari est réussi! Toutes ces séquences apelées POV sont d’une beauté cinématographique incroyable et nous font réellement vivre ce que ces personnes ont vécu, l’interactivité entre personnages de fiction et spectateur prend ici une dimension nouvelle et inexplorée, l’expérience vaut le coup d’être vécue!!


Mais Strange Days ce n’est pas que ça… ce sont avant tout des personnages extrêmement détaillés, pendant presque une heure avant que la véritable intrigue se dévoile. On sait presque tout de leur personnalité et l’empathie n’en est que plus grande. Il faut dire qu’avec un casting pareil ça aide beaucoup…. Ralph Fiennes (la Liste de Schindler, The Constant Gardener…) est impressionnant dans un rôle à contre emploi, Angela Bassett (Boyz n the Hood, Malcom X…) assure le show en mère célibataire très amoureuse et garde du corps, Juliette Lewis (Tueurs Nés, Blueberry…) qu’on voit peu mais dont la présence électrise tout le film, Michael Wincott, Tom Sizemore, Glenn Plummer… très gros casting superbement dirigé et qui donne tout ce qu’il a!

Le scénario est complexe, passe du thriller techno au whodunit dans le final. C’est finement écrit même si le final ne surprendra que les étourdis ou les moins observateurs, mais c’est très intelligent, avec au delà de l’action et de l’anticipation un sous-texte social évident. Le film se passe à Los Angeles et les tensions entre la police et les minorités, l’injustice, les médias et cette nouvelle technologie qui permet de tout immortaliser font beaucoup penser au tragique évènement qui a lancé les émeutes de LA en 1992…

Manipulations, trahisons, scènes d’action dantesques, futur possible… on trouve de tout dans Strange Days, et tout est sublimé par la mise en scène de Bigelow virtuose, qui assure vraiment pour imposer un rythme et une personnalité à son film, appuyé par un montage intelligent et une bande son vraiment excellente!!!

FICHE FILM
 
Synopsis

Los Angeles 1999. Lenny Nero, flic déchu, mi-dandy, mi-gangster, s'est reconverti dans le trafic de vidéos très perfectionnées qui permettent de revivre n'importe quelle situation par procuration. Un jour, il découvre une vidéo révélant l'identité des meurtriers d'un leader noir.