Sport de filles (Patricia Mazuy, 2012)

de le 27/01/2012
 
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Sport de filles n’est pas menteur : le film affiche la couleur d’emblée, dès son affiche : au-delà de la description du monde de l’équitation, il s’agit d’une ode à la femme, à la femme forte, dure et rebelle, qu’incarne ici Marina Hands, tournant dans ce film après avoir fait Lady Chatterley.

Le scénario n’est pas non plus ciselé dans la nuance et la finesse. Au départ, la réalisatrice, Patricia Mazuy, fut marquée par l’histoire de Patrick Le Rolland, un ancien champion équestre, qui décida de monter un business équestre avec sa femme et se fit escroquer par elle. La réalisatrice demande alors à un scénariste de documentaire avec lequel elle a déjà travaillé, Simon Reggiani, de raconter l’histoire d’une jeune fille d’origine modeste, qui entre au service, en tant que palefrenière, d’une riche propriétaire d’un haras voisin. Cette femme, Joséphine de Silène jouée par Josiane Balasko, domine et dirige son mari, l’entraîneur de renom Franz Mann.

La lutte des classes est donc au cœur de l’histoire, faisant s’opposer le monde ultra-snob du dressage — discipline équestre rigoureuse proche d’une sorte de danse avec le cheval, où celui-ci fait des mouvements précis et élégants — aux habitants de la campagne normande où se trouve le haras. Ainsi, un enjeu politique traverse le film, celui de la propriété : on se bat pour posséder tel ou tel cheval, telle terre, ou même tel personnage. La liberté c’est donc d’être celui qui est convoité, comme Franz Mann, écartelé entre sa femme dictatrice qui croit le posséder de droit, sous contrat de mariage, sa riche maîtresse qui pense dominer son cœur, et son désir enfoui de s’échapper de leurs griffes. Gracieuse vient donc au bon moment dans sa vie, représentant cette rébellion, en même temps que l’excellence, à travers le don inné qu’elle semble avoir pour l’équitation. Elle qui cherche justement aussi à échapper à son milieu rural, incarné par un prétendant pataud et brutal, qu’elle doit repousser constamment. Mais cela constitue trop de hasards heureux pour que le film ne s’enveloppe vraiment dans l’étoffe réaliste à laquelle il aspire.

La belle surprise du film est la bande originale, jouée par John Cale, avec lequel la réalisatrice avait déjà travaillé pour la musique de Saint-Cyr. Comme ici le film est relativement taiseux, la musique vient poser des accords enlevés et « primitifs », comme un dialogue que les personnages n’ont pas. Elle est comme un personnage omniprésent. John Cale, co-fondateur du Velvet Underground, est devenu producteur dans les années 1980 des excellents Stooges, Siouxsie and the Banshees ou encore de Patti Smith, avant de composer des musiques de films. On retrouve le générique de Sport de filles dans son album Extra Playfull.

Quelques scènes brillent malgré l’académisme général de la réalisation, des scènes portées par la belle photographie de Caroline Champetier ou par le jeu ferme et doux de Bruno Ganz. Ce dernier sait à merveille se faire caméléon, imprévisible, toujours entre la distinction accentuée par l’accent allemand, et la force contenue. Marina Hands, de son côté, joue la belle effrontée, même si il lui manque la sensualité retenue filmée par Pascale Ferran dans Lady Chatterley, on la voit heureuse de monter à cheval, elle qui est aussi cavalière, et plutôt spécialiste de saut d’obstacles à l’origine.

Ainsi, Sport de filles, proche de son sujet, est délicieusement agréable à savourer si l’on est amateur d’équitation, mais il faudra peut-être attendre le Cheval de Guerre de Spielberg pour que se repaissent les amateurs d’histoires héroïques et de chevaux légendaires.

FICHE FILM
 
Synopsis

Révoltée par la vente du cheval d’obstacle qu’on lui avait promis, Gracieuse, cavalière surdouée, claque la porte de l’élevage qui l’employait. Elle redémarre à zéro en acceptant de rentrer comme palefrenière dans le haras de dressage qui jouxte la ferme de son père. La propriétaire, Joséphine de Silène, y exploite d’une main de fer la renommée internationale d’un entraineur allemand, Franz Mann, ancien champion cynique et usé dont les riches cavalières du monde entier se disputent le savoir - mais aussi le regard ! Ce microcosme de pouvoir et d’argent n’attend pas Gracieuse qui n’a pour seules richesses que son talent, son caractère bien trempé et surtout sa rage d’y arriver. Branchée sur 100 000 volts, prête à affronter Franz Mann lui-même et tous les obstacles - jusqu’à se mettre hors-la-loi, elle poursuit son unique obsession : avoir un cheval pour elle, qu’elle emmènerait au sommet …