Sound of Noise (Ola Simonsson & Johannes Stjärne Nilsson, 2010)

de le 03/06/2010
 
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Avec ce film, les réalisateurs suédois qui le présentaient à la Semaine de la Critique concouraient pour ce qu’on appellera la palme de l’originalité, qu’ils peuvent partager avec Rubber de Quentin Dupieux. Sound of Noise c’est un concept un peu dingue déjà mis en boîte le temps d’un court métrage par les deux trublions accompagnés de leurs acteurs/percussionnistes géniaux. Ce court s’appelle sobrement Music for One Apartment and Six Drummers (cliquer sur le titre pour le voir) et annonce déjà ce qui s’apparente à un pur film expérimental mariant habilement enquête policière, propos anarchiste et bien sur musique. Un cocktail détonnant qui fonctionne merveilleusement sur 10 minutes, et qui se voit étalé au cinéma sur près d’une heure quarante. Inutile de préciser que l’exercice est périlleux, un concept aussi original soit-il pensé pour un court métrage n’est pas forcément adaptable au format long. Et surprise, ça fonctionne! Certes le film n’est pas parfait, il atteint à un moment donné ses limites liées à l’idée de base, mais il se dégage de cette entreprise une sorte de pure folie extrêmement communicative qui ne peut que donner le sourire à un public qui n’a tout simplement jamais vu ça sur un écran de cinéma. Après tout ce n’est pas tous les jours qu’on croise des « terroristes musicaux » sur grand écran, et pour être tout à fait franc, ça fait un bien fou de voir du vrai cinéma aussi inventif et libre.

Construit à la manière d’une symphonie, en quatre mouvements aux doux titres de « Doctor, Doctor, Gimme Gas (In My Ass) », « Money 4 U, Honey », « Fuck The Music Kill! Kill! » (joli hommage à Russ Meyer) et « Electric Love », Sound of Noise réussit haut la main le passage au format long grâce à cette structure narrative justement. On pourrait presque prendre chacun de ces actes de façon indépendante et on obtiendrait quatre courts métrages ultra efficaces, qui mis côte à côte forment un ensemble d’une cohérence absolue. Le premier attentat est de loin le meilleur, à tel point que les suivants paraissent presque fades malgré la folie qui les anime. Ainsi on se retrouve avec les 6 percussionnistes fraichement conviés et réunis autour d’une opération de terrorisme acoustique de grande envergure, tous autour d’une table d’opération avec un patient dessus. C’est la première vraie démonstration de ce principe hallucinant visant à créer de la musique à partir des sons du quotidien, et c’est tout simplement bluffant.

Par la suite, si les attentats musicaux deviennent de plus en plus ambitieux au niveau du matériel utilisé (un braquage de banque, des engins de chantier puis des lignes haute tension), avec une logistique déployée plutôt impressionnante, ils n’atteindront jamais la puissance musicale du premier. Néanmoins jusqu’au tout dernier acte, le quatrième mouvement, on prend un pied assez monstrueux devant ce spectacle doux-dingue. En parallèle à cette révolution par la musique, afin de donner de la contenance au récit, on suit une enquête policière somme toute basique menée par un inspecteur flegmatique du nom d’Amadeus, venant d’une famille de musicien alors qu’il est tout simplement allergique à la musique. Son personnage atteint d’une étrange surdité (gentille incursion du fantastique dans le film) sert de lien aux différents chapitres. À ce titre chaque intervenant bénéficie d’une mini biographie à mourir de rire, du genre humour à froid qui fait mouche à chaque fois tant il est bien amené. Mais malheureusement le dénouement vient assombrir le tableau. Si certaines scènes sont juste magiques (les lumières de la ville) il s’étire trop et perd l’intensité qui faisait la force de tout ce qui précédait.

Au niveau de la réalisation, c’est la classe absolue. Il s’agit pourtant d’un premier film mais le soin apporté à l’image a de quoi bluffer, comme souvent avec les productions des pays du nord de l’Europe. Photographie éclatante, mise en scène dynamique avec quelques choix de cadres audacieux, c’est un véritable régal pour la rétine. Mais bien entendu c’est une chose assez rare au cinéma qui se passe, c’est à dire que c’est le son qui prédomine très largement sur l’image. Film musical par excellence (mais pas comédie musicale, nuance) Sound of Noise bénéficie d’un travail titanesque sur le montage sonore (avec de longues plages de silence justifiées) qui sublime ces compositions carrément délirantes mais d’une justesse mélodique qui ne pourra jamais être remise en cause. Si le titre du film fait malicieusement référence au bruit, on parle bien de musique là-dedans. Et on assistera, au détour d’une scène mémorable, à la destruction en règle de la finesse musicale d’un orchestre philharmonique par la brutalité sonore de pelles de chantier. Jouissif à souhait!

Autour de Bengt Nilsson, remarquable dans le rôle d’Amadeus, l’ensemble de la distribution composée essentiellement de musiciens professionnels (à l’exception de Sanna Persson) rivalise de charisme et de présence à l’écran. Aucune fausse note dans le jeu d’acteur, l’harmonie au sein de cette équipe semblant totale. Tous sont au diapason pour faire vivre ce projet complètement fou et prouver que ce concept si original tient largement la route le temps d’un film. Passée une intro rocambolesque qui ouvre les hostilités, les séquences s’enchainent avec un rythme de métronome (l’instrument joue d’ailleurs un rôle majeur), ne faiblissant que rarement au final. Mi-thriller, mi-feel good movie, avec un zeste d’anarchie et une énorme dose de musique, Sound of Noise s’impose comme une révélation venue du froid et qui est capable de coller un sourire au plus blasé des spectateurs pendant des heures. Rempli d’idées démentes et de fureur, on n’a qu’une envie en quittant la salle: revivre la mise en place de ce chef d’oeuvre du terrorisme non violent, cette symphonie du bruit, et au plus vite. Et ce même si le final est un peu trop faible ou mièvre comparé au reste.

FICHE FILM
 
Synopsis

L’officier de police Amadeus Warnebring est né dans une illustre famille de musiciens. Ironie du sort, il déteste la musique. Sa vie bascule le jour où un groupe de musiciens déjantés décide d’exécuter une œuvre musicale apocalyptique en utilisant la ville comme instrument de musique. Il s’engage alors dans sa première enquête policière musicale...