Soudain, le 22 mai (Koen Mortier, 2010)

de le 09/12/2011
 
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La Belgique est une petite terre de cinéma fascinante. Depuis quelques années des réalisateurs tels que Bouli Lanners, Fabrice Du Welz, ou encore Felix Van Groeningen et Michael R. Roskam, réalisateur de l’exceptionnel Bullhead, l’ont prouvé à grands coups de films bourrés d’idées et parfois même carrément géniaux. Un cinéma libre ne se pliant à aucune règle, un cinéma punk en quelque sorte. Dès lors, pas étonnant de voir apparaître un vrai réalisateur punk, Koen Mortier, qui avec le brutal Ex Drummer, sorte de Trainspotting nihiliste, s’est imposé comme une valeur sure de ce nouveau cinéma underground et poisseux. Avec Soudain, le 22 mai, et son titre qui renvoie presque à celui qui fut un temps envisagé pour Enter the Void (Soudain le vide), Koen Mortier change considérablement de braquet et pond l’antithèse totale d’Ex Drummer. Exit la haine et le cynisme, place au désespoir absolu.

Étrangement, Soudain, le 22 mai ressemble à un cri du cœur sous forme d’exercice de style. À la fois très personnel et un peu vain dans sa démarche, la volonté de créer quelque chose de vraiment hors normes semblant être le processus créatif principal. Là où Ex Drummer dépeignait une société gangrénée à grands coups d’effets chocs et d’images brutales dans leur construction, à base de narration complexe, d’effets sonores étourdissants et d’une énergie débordante, Soudain, le 22 mai prend le problème avec un regard et un traitement complètement opposés. Ce qui intéresse Koen Mortier c’est toujours un monde qui ne tourne pas rond, et son observation par une lentille déformante à l’extrême. Cette fois il emmène son personnage principal vers un évènement, une explosion criminelle dans un grand magasin, qui sera le pivot central de son procédé narratif. Un personnage qui devra revivre encore et encore ce drame, enfermé dans un purgatoire sans fin qui reprend l’idée d’une narration morcelée permettant d’éclairer un évènement selon divers points de vue, façon Elephant de Gus Van Sant (ou Rashōmon d’Akira Kurosawa et ses quatre réalités, pionnier de l’exercice). La séquence d’ouverture du film est absolument brillante, un modèle de construction et de découpage de l’espace qui immerge immédiatement le spectateur sur les talons de Sam et pose les bases de l’univers jusqu’à l’explosion. La suite fascine d’abord, avec cet homme parcourant les décombres, errant sans but précis dans un décor post-apocalyptique dans une bulle sonore étrange, avant d’ennuyer. Sam va rencontrer des gens, tous victimes de l’attentat, et Soudain, le 22 mai commence à tourner un peu en rond avec un sérieux problème de rythme. On sent bien où Koen Mortier veut aller et il ne manque pas d’atouts dans son illustration d’un instant post-mortem qui s’étirerait à l’infini pour que les êtres prennent conscience de leur propre mort, de leur propre faiblesse, de leurs erreurs, afin d’accepter de baisser le rideau et de comprendre. Il y a quelque chose de très beau dans ce parcours au milieu des cendres qui se transforme en chemin endeuillé où chaque récit secondaire vient se greffer au principal. Plus qu’un film sur le terrorisme, c’est un film sur la misère sociale, humaine, sur une société sans avenir et sur la mort bien entendu. le soucis est que le récit ne tient pas sur la longueur et se perd à peu près autant que le personnage de Sam qui perd peu à peu son rôle et s’efface. Et tout ça pour aboutir sur un dernier acte formidable, un concentré d’émotion à fleur de peau comme on en voit rarement. Une conclusion sublime qui fait regretter amèrement les errances de tout ce qui précède.

Koen Mortier prouve qu’il n’est pas nécessaire de pondre un film énervé pour faire une œuvre punk, mais il en réussit pas son pari pour autant. Pourtant le bonhomme est doué, très doué, mais il lui arrive de tomber dans la virtuosité un peu gratuite qui ne sert pas cet état d’esprit. Soudain, le 22 mai est un film qui possède une signature visuelle évidente, et assez épatante la plupart du temps. Mais cette épate ne masque pas une certaine vacuité, ou tout du moins une maladresse dans l’abstraction qui rend l’exercice un peu vain et très poseur. Faire des belles images c’est bien, les rendre porteuses de sens c’est mieux. Et c’est sur ce point qu’il y a un problème évident, ainsi que dans la répétition qui finit par agacer. Il faut ajouter que tous les acteurs, déjà présents dans le film précédent pour la plupart, sont tous excellents et qu’il se dégage du film une sensation de tristesse profonde qui possède un charme véritable. Mais au final il faut bien avouer qu’on trouve le temps long alors que l’idée de départ est passionnante. On attend toutefois le prochain essai de ce réalisateur qui possède un véritable don qui ne demande qu’à être orienté dans le bon sens.

FICHE FILM
 
Synopsis

Un agent de sécurité n’ayant pu empêcher l’explosion d’une bombe dans le centre commercial où il officie, son travail est remis en cause par les survivants de l’attentat et il est contraint de traquer le terroriste dans un monde parallèle...