Sonatine, mélodie mortelle (Takeshi Kitano, 1993)

de le 23/06/2009
 
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Ne pas rechercher de signification profonde dans le titre. De façon très humble, Kitano a choisi ce terme bien connu des musiciens débutants pour souligner qu’avec son quatrième film il n’est lui aussi qu’un débutant de la réalisation… Et pourtant c’est un film capital dans sa carrière! Tout est là, tous ses thèmes, toutes ses manies… non Sonatine n’est définitivement pas un film de débutant, loin de là, c’est du pur Kitano. En fait c’est chronologiquement son premier chef d’œuvre, trois ans avant de se livrer personnellement dans Kids Return et quatre ans avant la bombe Hana-Bi qui vont tous deux le consacrer dans son pays et à l’étranger, lui que le public ne pouvait pas accepter dans une image autre que celle de clown de télévision… Et pourtant, à son quatrième film il prouve sans aucun mal qu’il est l’un des réalisateurs majeurs non seulement du Japon mais du monde… et ça ne faisait que commencer…

Sonatine prend pour thème une des obsessions de Kitano, les yakuzas. Mais comme souvent il ne lui serviront que de support à son propos, car pour voir des vrais films de Yakuzas il n’y a qu’à se plonger dans la filmographie de Kinji Fukasuku… aucun intérêt pour un artiste (car Kitano est un véritable artiste, complet, entre autres excellent poète et peintre) de refaire ce qui a déjà été fait et bien fait! Il va donc construire son récit comme une parenthèse. Le début et le final répondent aux codes du film de yakuza de base, des mafieux, des règlements de compte, une lutte de pouvoir, et une violence permanente… Mais au milieu de tout ça on trouve une longue partie centrale qui parait complètement hors du temps.

En effet, ces hommes envoyés à Okinawa savent qu’ils vont mourir. Dès lors qu’ils doivent se planquer, le but du film apparaît: que ce passe-t’il dans la tête d’un homme qui va mourir? Et chez le réalisateur (mais comme sans doute chez tout le monde) un homme aux portes de la mort va s’évertuer à faire ce que sa vie ne lui a pas permis, il va profiter du temps qui lui reste et s’amuser. On y voit donc ces gangsters, ces tueurs, qui vont passer leur temps à chanter, danser, se faire des blagues et jouer au sumo (!). Ils n’ont pas peur de mourir, et le personnage de Kitano le dit très clairement: « Quand t’as la frousse en permanence t’en arrives à préférer être mort ». On ne s’étonnera donc pas de les voir s’amuser avec leurs flingues, chargés ou pas…

Ces hommes en viennent à oublier leur vie en choisissant de se retirer, et même à oublier leurs valeurs fondamentales. En effet quand le personnage de Kitano dit qu’il veut se retirer, il faut savoir qu’au Japon quitter son activité est un signe de déshonneur profond… Ils n’ont donc plus grand chose à voir avec la société dans laquelle ils évoluaient… le réflexion n’est pas dénuée d’intérêt, loin de là.

Mais en plus de cet aspect plutôt grave, le film véhicule un humour omniprésent. Mais un humour très spécial, un humour triste à mille lieux des gags potaches de Beat Takeshi pour la TV! Il y a chez cet acteur quelque chose qui fait beaucoup penser à Buster Keaton dans sa façon de jouer sans laisser passer d’émotion (il parait d’ailleurs qu’Alain Delon était sorti d’une projection de Sonatine en disant que Kitano ne faisait rien, que ce n’était pas un acteur… il a semblé oublier que dans son meilleur rôle, le Samouraï, il ne laissait rien passer).

Kitano n’est pas un cinéphile. Il aborde donc le cinéma avec un oeil complètement nouveau et sa mise en scène se rapproche donc forcément des débuts du cinéma! Peu de mouvements de caméra, de longs plans fixes… c’est sa façon à lui de faire un film. Dans la narration également il possède cette faculté à aller vers le plus simple possible. La trame principale n’a rien de complexe, il utilise à merveille et le plus souvent possible les ellipses narratives à tel point que tout semble couler de source, c’est très fluide en évitant des tonnes d’explications. La même chose au niveau des dialogues qui sont réduits au strict minimum.

Et il y a sa façon absolument géniale de faire éclater la violence toujours de façon inattendue, très brève mais très graphique ou dans des hors champs bien trouvés (voir même de nous frustrer à mort alors qu’on attend le gunfight final en nous sortant la scène de l’ascenseur qui est juste magnifique)… une violence qui vient briser le calme ambiant et qui ramène tous les personnages à leur place, rappelant que leur vie ils l’ont choisi et que s’ils veulent la quitter ils n’ont qu’une seule solution. C’est superbe et le tout est mis en musique par un Joe Hisaishi qui n’est jamais aussi bon que quand il crée des mélodies simples au piano.

FICHE FILM
 
Synopsis

Murakawa, vieux yakuza un peu las, est le jouet de clans adverses qui veulent l'éliminer lui et ses hommes.