Somewhere (Sofia Coppola, 2010)

de le 09/01/2011
 
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Il était tout de même suspect ce Lion D’or récolté à Venise des mains de son ex-boyfriend Quentin Tarantino qui est décidément un bien mauvais président de jury de festival après avoir récompensé à Cannes Fahrenheit 9/11 plutôt qu’Old Boy. Car avec Somewhere Sofia Coppola semble avoir tristement atteint les limites de son cinéma, après seulement quatre films. Bizarrement que ce soit avec Virgin Suicides, Lost in Translation ou même Marie-Antoinette, la fille de l’immense Francis Ford Coppola (qui au même titre que le fiston Roman est toujours présent à la production) racontait plus ou moins la même histoire, la sienne. Étant sans doute la mieux placée pour parler de sa vie, elle poursuit avec Somewhere son œuvre un brin nombriliste en l’épurant pour la première fois de tout ce qui faisait son charme. Comme si la petite fille qui il y a bien longtemps fut la cible favorite des critiques assassines du Parrain III avait besoin s’exprimer toute sa rancœur sur pellicule. Sauf qu’à trop vouloir cracher dans la soupe Sofia oublie quelque peu qu’un film doit raconter quelque chose. Elle cherche à reproduire ce qu’elle avait brillamment réussi sur Lost in Translation sauf que cette fois il lui manque deux éléments essentiels : le décalage culturel crée à l’époque entre le Japon et les USA, et surtout Bill Murray. Certes le discours n’est plus tout à fait le même mais la sensation de voir la jeune artiste qui ne sourit jamais tourner en rond est bel et bien présente, et c’est fort dommage. Alors ne boudons pas de trop, Somewhere est loin d’être une purge, mais voir ce film bien mineur récompensé face à ne serait-ce que Black Swan ou Detective Dee et le mystère de la flamme fantôme, et bien ça pue l’injustice.

Il faut dire que cela commence assez mal déjà. Somewhere s’ouvre sur un plan interminable avec un type qui fait des tours dans sa belle Ferrari noire. Comme un air de déjà vu? En effet, à plusieurs reprises Somewhere s’écarte du schéma de Lost in Translation pour glisser vers celui de The Brown Bunny. Sofia Coppola singe la mise en scène de Vincent Gallo à grand coups de plans serrés sur le visage de Stephen Dorff au volant ou de plans aériens suivant sa bagnole. Sauf que Johnny Marco n’est pas Bud Clay, qu’il n’a ni les même motivations (il n’en a d’ailleurs aucune, c’est un personnage vide) ni un quelconque trauma équivalent. Sofia Coppola ne puise donc pas vraiment du bon côté et livre une succession d’errances qui sonnent le plus souvent faux. Pourtant il y a sans doute du vrai sous ce vernis soporifique et bancal. Elle livre un portrait d’un système hollywoodien à la dérive mais ne le pousse pas dans le bon sens, elle filme l’ennui d’un pauvre type à la belle gueule mais aux actions inexcusables, elle se tente au portrait père/fille maladroit… et elle échoue quasiment sur chaque point.

Il y a pourtant une multitude d’idées fascinantes dans Somewhere, et c’est bien pourquoi la déception prime sur le reste. En voulant se donner de faux airs de film indépendant et libre de toute entrave, il en devient parfois ridicule. Mais derrière l’échec évident qui fait regretter amèrement ses deux sublimes premiers films, on aperçoit tout de même la volonté de livrer une oeuvre iconoclaste. Les cireurs de pompes professionnels (journalistes, attachés de presse), les filles qui se succèdent dans le pieu de la star (sans qu’on en voit vraiment de scène de cul), l’absence des parents, l’alcool, les faux espoirs, le portrait du milieu n’est pas brillant mais là encore c’est du déjà vu et en bien plus intelligent (Mulholland Drive pour ne citer que le plus beau). Somewhere se construit sur un faux rythme où s’enchaînent de drôles de séquences parfois drôle (excellente scène du masseur) parfois sans grand intérêt. Comme par le passé Coppola fille montre à quel point elle maîtrise l’illustration de la solitude des êtres en plein environnement bouillonnant mais à la longue cela fait bien maigre dans la besace. Tout ce qu’elle réussit finalement c’est à faire ressentir au spectateur le même ennui que son personnage principal. On peut y voir une habile mise en abyme, on peut aussi se faire chier comme cela n’est pas permis, et sur la longueur le film agace plus qu’il ne passionne.

La presse a souvent reprocher à Sofia Coppola un goût prononcé pour l’image arty, les ambiance cotonneuses et un cinéma aérien. Elle semble prendre les critique très à coeur et fait donc table rase de son cinéma. C’est la pire idée qu’elle pouvait avoir que de se renier de la sorte. Car il en résulte un film terriblement fade, quand ses précédents possédaient une véritable identité. Certes elle n’a pas perdu son talent pour la mise en scène et accouche de très belles images soulignées par la photographie du grand Harris Savides (The Yards, Zodiac, Greenberg) en petite forme, mais au final l’impression de vide abyssal prend le pas sur tout le reste. C’était sans aucun doute voulu, sauf que pour le spectateur la sensation désagréable d’assister à un triste spectacle aussi vide de sens que de substance prédomine. On se consolera avec les prestations de Stephen Dorff (un rôle en or pour lui qui n’a pas eu la carrière prévue) et Elle Fanning, très touchante, ou avec les apparitions de guests savoureux, à l’image de Benicio Del Toro avec sa casquette ridicule. Mais avec tous les efforts du monde, il est difficile de voir dans ce film bourré d’idées mal exploitées autre chose qu’une oeuvre bien mineure et un premier véritable faux pas pour Sofia Coppola.

[box_light]Il était attendu ce Somewhere, et la déception est au niveau de l’attente. Sofia Coppola continue à parler d’elle et seulement d’elle en apportant une nouvelle variation de rythme. Après les excès de Marie-Antoinette, place au vide intersidéral de Somewhere. Film terriblement mineur dans la courte carrière de la jeune réalisatrice, Somewhere ne raconte pas grand chose et n’illustre que l’ennui et l’échec. L’ennui parvient malheureusement jusqu’au public qui n’en a pas grand chose à faire des malheurs d’un acteur plein aux as mais incapable d’élever sa fille ou d’avoir une quelconque relation. Un personnage sous forme de belle coquille vide, à l’image du film dans son ensemble…[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Johnny Marco, auteur à la réputation sulfureuse vit à l'hôtel du Château Marmont à Los Angeles. Il va recevoir une visite inattendue : sa fille de 11 ans.