Sinister (Scott Derrickson, 2012)

de le 10/10/2012
 
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Après l’insignifiant mais franchement glauque L’exorcisme d’Emily Rose et l’improbable remake du Jour où la Terre s’arrêta, Scott Derrickson entre dans le programme horrifique de l’équipe derrière Paranormal Activity et Insidious avec Sinister, petite série B d’horreur à l’efficacité redoutable. De quoi renouer avec de véritables frissons au cinéma, et qu’importe si la méthode n’a rien de très innovant.

Oren Peli a beau avoir pondu quelque chose de médiocre avec Paranormal Activity, son succès aura au moins permis aux sociétés Blumhouse Productions et Automatik Entertainment de mettre en place un vaste plan de défibrillation du cinéma de genre horrifique et de ses variantes. La saga Paranormal Activity qui aura effectué un bon en avant avec le troisième épisode pas loin d’être redoutable, quelques très belles choses dans Insidious, et à venir The Lords of Salem de Rob Zombie ou encore The Bay de Barry Levinson. C’est dans cette dynamique qu’arrive Sinister, quatrième film de Scott Derrickson qu’il était bien difficile d’attendre à ce niveau 4 ans après Le jour où la terre s’arrêta avec Keanu Reeves, lui qui fut scénariste sur Land of Plenty de Wim Wenders et n’est donc pas à une (r)évolution près. Armé d’un budget qui ne doit pas excéder les 5 millions de dollars (contre au moins 80 millions sur son précédent) Scott Derrickson opère un retour aux sources salvateur à la recherche d’une peur viscérale qu’il parvient à capter malgré des artifices souvent éculés, mais qui ont gardé toute leur efficacité.

Un écrivain inspiré par des meurtres toujours plus sordides, une maison isolée, une famille sur la brèche avec un père aux tendances auto-destructrices, rien de bien nouveau il est vrai. Pourtant, par un savant mélange entre une ambiance toujours plus poisseuse et quelques effets très artificiels de peur primale (les sempiternels jump scares distillés avec suffisamment d’intelligence pour garder leur efficacité intacte et provoquer un sentiment d’effroi allant crescendo) Sinister parvient sans trop de peine à s’imposer comme le film le plus effrayant passé par les salles de cinéma depuis bien longtemps. Le film jongle avec beaucoup d’images chocs, et ce dès sa séquence d’ouverture en super 8 et plan fixe qui observe la pendaison de la famille. Les films en super 8 vont d’ailleurs jouer un rôle primordial dans le récit, non seulement car ils sont tous plus glauques les uns que les autres mais également car ils sont  le moteur de la folie toujours plus importante du personnage principal. Ce que Scott Derrickson retranscrit parfaitement, c’est cette addiction malsaine aux images dégueulasses, cette impossibilité de détourner le regard devant l’horreur jusqu’à en devenir l’esclave. Et ce d’autant plus que le personnage est un auteur se nourrissant de ces images pour son propre épanouissement professionnel, et personnel. On navigue ainsi dans une ambiance qui n’est pas sans rappeler celle de Tesis, transposée dans un récit classique de film de maison hantée. Implacable dans son déroulé, si ce n’est un final qui cède à une certaine facilité, Sinister aborde la peur sous toutes ses formes et se construit sur ce personnage fascinant car tout sauf monolithique et sujet à toutes les angoisses. L’angoisse du père et du mari à la hauteur, celle de l’écrivain qui ne peut se résigner à voir sa carrière derrière lui, et bien sur celle, plus frontale d’évènements étranges apparaissant autour de lui. Scott Derrickson y convoque un panel de figures classiques du cinéma d’horreur, des « vidéos maudites » au boogeyman (surnommé Mister Boogy d’ailleurs), en passant par les apparitions fantomatiques et les enfants démoniaques. Une multiplication d’attaques de tous bords produisant la lente chute de l’écrivain dont la réalité semble de plus en plus perturbée, autant par ces évènements que par sa consommation d’alcool croissante. Étant donné qu’il s’agit du personnage permettant l’identification du spectateur, sa caution logique, Sinister brouille habilement notre perception de spectateur de la même façon.

Ce trouble s’accompagne d’une frayeur viscérale qui accompagne le film sans jamais vraiment le lâcher. Après une exposition dégraissée au maximum, l’escalade de la peur se déroule suivant un tempo très précis ponctué de respirations sommaires pour créer une véritable mise sous pression, la même que subit Ellison Oswalt. Il faut bien avouer que si Sinister est réussi sur un point, c’est bien sur le résultat qui ne contredit jamais la note d’intention : le film provoque de gros moments de flippe et bénéficie d’un traitement très soigné autant dans sa construction que dans sa mise en scène. Quasi huis-clos jouant de son petit budget pour travailler sur la suggestion, le film bénéficie notamment d’un travail phénoménal sur le son, véhicule de la terreur assez redoutable. Et si dans l’ensemble le scénario ne laisse que peu de place à la surprise, au moins jusqu’au dernier acte, il est suffisamment bien écrit pour toucher à son but. Et si Sinister fonctionne aussi bien, c’est également grâce à un autre choix judicieux, celui d’Ethan Hawke dans le rôle principal. L’acteur excelle dans ce personnage torturé assailli de toutes parts par des peurs de moins en moins contrôlables jusqu’à ce final aussi tétanisant que facile. Dopé aux images fortes, noyé dans une ambiance sonore provoquant un vrai malaise, Sinister est bien cette petite série B extrêmement efficace et idéale pour se payer une grosse frayeur le soir d’Halloween, ou à toute autre occasion.

FICHE FILM
 
Synopsis

Ellison est un auteur de romans policiers inspirés de faits réels. Dans l'espoir d'écrire un nouveau livre à succès, il emménage avec sa famille dans une maison où les anciens propriétaires ont été retrouvés inexplicablement pendus. Ellison y découvre dans le grenier des bobines 8mm contenant les images de meurtres d'autres familles. Qui a filmé ces tueries et pour quelle raison ? Ellison va tenter de répondre à ces questions tandis que le tueur présumé, une entité surnaturelle présente sur les films, menace de plus en plus sa famille.