Shrek 4, il était une fin (Mike Mitchell, 2010)

de le 30/06/2010
 
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Au départ le concept de Shrek était une véritable idée de génie. Prendre à revers les univers des contes de fées de notre enfance, les traiter avec un humour efficace et une irrévérence totale, le tout pour que les studios Dreamworks se fassent leur place au soleil dans le royaume de l’animation. Avec les deux premiers épisodes le pari était gagné, Dreamworks ne cherchait pas à concurrencer Pixar et s’imposait comme la meilleure alternative en jouant le sale gosse à côté de l’élève studieux. Seulement voilà, un peu comme ces gagnants du Loto incapables de garder la tête froide et qui dépensent tous leurs gains à toute vitesse, le studio a eu les yeux plus gros que le ventre en enchainant les films jusqu’à un troisième épisode parait-il catastrophique. Une franchise qui marche il faut la bichonner et ne pas tomber dans la suite ultra commerciale qui va forcément cartonner au box office mais tellement décevoir qu’il sera difficile de la continuer! Pourtant malgré l’échec critique voilà qu’arrive une nouvelle suite, un peu spéciale car annoncée comme l’ultime chapitre. Sobrement intitulé « Il était une Fin », Shrek 4 cherche à finir en beauté. Armé jusqu’aux dents grâce à sa panoplie IMAX + 3D, l’ogre vert veut soigner sa sortie (au moins économiquement parlant) sauf que la franchise, à l’image de son héros, semble avoir définitivement vendu son âme au diable en proposant un spectacle consensuel au possible, sans la moindre originalité et pas vraiment drôle. Qu’il semble loin le temps du tout premier Shrek et de ses idées géniales!

En jouant à fond la carte du divertissement familial à tendance enfantine, Shrek 4 se trompe bien évidemment de cible et opte pour un ton extrêmement décevant. Finis les gags salaces, finis les clins d’oeils intelligents qui posaient un regard tout neuf sur des légendes populaires, bienvenue dans l’univers tout propre où on cherche à ne froisser personne et surtout pas nos chères têtes blondes, bienvenue dans le royaume tout lisse de Shrek 4. Et quelle déception! Là où dans les premiers films les références étaient perverties, où le prince charmant était un narcissique péroxydé, où Pinocchio s’amusait dans des gags salaces, ce quatrième épisode se contente de citer des légendes sans la moindre subtilité. On y entend le duelling banjo de Délivrance joué par des sorcières sans trop savoir pourquoi, on y croise le joueur de flûte de Hamelin mal exploité et même le mythe de Faust qui ne sert que de prétexte scénaristique pour renvoyer tout ce beau monde à leurs origines.

Comme un culte de la fausse bonne idée, Shrek 4 développe son scénario peu inspiré basé uniquement sur cette notion de remise à zéro des compteurs avant le solde tous comptes, sauf que la sauce ne prend pas. À grands renforts de gags faisandés, à l’image du « fais ton grrr » qui irrite plus qu’il ne fait rire, et de personnages mal exploités, on s’ennuie. Pourtant il y avait matière à faire quelque chose de sympa, en particulier vis à vis de la routine qui s’installe dans la famille des ogres, mais à l’image de ce montage ultra cut qui précède le pétage de plomb de Shrek, ça ne fonctionne pas vraiment. Ce qui gêne ce n’est pas tant la qualité toute relative du scénario, qui soyons honnêtes se suit sans déplaisir, mais c’est surtout cette impression de renoncement total de l’esprit irrévérencieux qui animait la saga à ses débuts et qui faisait tout son charme. Un peu d’humour pipi-caca pour faire rire les enfants, une bonne dose d’aventure pour tenir tout le monde éveillé, c’est bien maigre pour espérer conclure la série de manière efficace. Mais heureusement il reste le chat potté et l’âne qui ont droit à quelques répliques savoureuses (et même presque drôles à de rares occasions), on se raccroche à ce qu’on peut.

Avec ses ralentis, ses chansons, ses rots et ses pets, Shrek 4 ne fait que reprendre une recette qui avait fait ses preuves à un moment où elle était originale, et c’est bien ça le soucis: un terrible manque d’originalité dans le récit. Par contre, et c’est là le grand intérêt de cette conclusion ogresque, on se prend une petite claque avec la mise en scène. Non pas que ce soit d’une originalité folle, là encore c’est presque du déjà vu, mais Shrek 4 est un des très rares films à pouvoir être fier de son label 3D! Contrairement aux grands coups commerciaux récents des grands studios, la technologie trouve là bien plus qu’une utilité, la mise en scène étant clairement pensée en fonction du relief de l’image pour un résultat souvent bluffant. On a ainsi droit à quelques belles séquences de rollercoaster cinématographique qui viennent relever le niveau de l’ensemble. Revers de la médaille, on s’en prend plein les yeux visuellement mais on en oublie qu’une histoire se déroule sous nos yeux, ce qui n’est pas forcément un mal cela dit vu le niveau de l’histoire en question.

S’il est clair que le plaisir de retrouver certains personnages, avec en tête le chat potté malgré son embonpoint (et qui nous ressort son regard qui tue), est bien présent, il est terni par des choix scénaristiques ne fonctionnant que rarement. La pirouette faustienne n’est là que pour répéter ce qui a déjà été raconté mais sous un autre angle, ce qui atténue vraiment le plaisir. On se console avec l’apparition de Fiona en Xena la guerrière, de nombreuses séquences d’action qui envoient bien comme il faut par leur rythme et leur densité, et qui trouvent avec la 3D un partenaire idéal. Ça bouge dans tous les sens donc on en ressort avec les yeux quelque peu fatigués mais au moins on aura pris un minimum de plaisir par l’aspect spectaculaire de la chose. Car à côté de ça, Shrek 4 n’est pas vraiment drôle, jamais émouvant, toujours très gentil et finalement très oubliable, une conclusion assez décevante donc surtout en comparaison avec le flamboyant Toy Story 3.

Merci à Allociné pour l’invitation et bravo pour la salle IMAX du Pathé Quai d’Ivry, y’a plus qu’à passer les copies en VOST et ça sera parfait!

FICHE FILM
 
Synopsis

Après avoir vaincu un méchant dragon, sauvé une belle princesse et le royaume de ses parents, que peut encore faire un ogre malodorant et mal léché ? Domestiqué, assagi, Shrek a perdu jusqu'à l'envie de rugir et regrette le bon vieux temps où il semait la terreur dans le royaume. Aujourd'hui, tel une idole déchue, il se contente de signer des autographes à tour de bras. Trop triste... C'est alors que l'habile et sournois Tracassin lui propose un contrat. Shrek se retrouve soudain transporté dans un monde parallèle totalement déjanté où les ogres sont pourchassés, où Tracassin est roi, où Fiona et son bien-aimé ne se jamais rencontrés... Shrek va-t-il réussir à déjouer le sortilège, à repasser de l'autre côté du miroir, à sauver ses amis, à retrouver son monde et reconquérir l'amour de sa vie ?