Shinjuku Incident (Derek Yee, 2009)

de le 13/02/2010
 
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C’était le gros évènement de l’année dernière à Hong Kong. Le nouveau film de l’ancien acteur, gloire de la Shaw Brothers, Derek Yee, qui nous avait livré une immense plongée dans l’univers de la drogue avec Protégé. Un rôle enfin sérieux pour Jackie Chan qui n’en finit plus de se ridiculiser aux USA… car New Police Story c’était il y a déjà 5 ans… et puis une réputation sulfureuse qui a commencé à précéder le film de longs mois avant sa sortie sur les écrans à HK. En effet le réalisateur et les producteurs (dont Jackie Chan) ont pris la décision de ne pas couper de leur film plusieurs scènes de violence jugées trop extrêmes, refusant de le passer devant la commission de censure chinoise et donc s’interdisant toute diffusion en Chine continentale, soit un véritable suicide commercial mais une volonté certaine de ne rien sacrifier de leur intégrité artistique. De quoi attiser encore un peu plus ma curiosité envers ce polar tendance mafieuse tant attendu. A l’arrivée, on peut se dire « tout ça pour ça? »

Shinjuku Incident est un bon film, soyons objectifs, mais j’en attendais tellement plus! Entre le sujet ultra polémique des chinois fuyant leur pays pour travailler illégalement au Japon, un réalisateur franchement doué et un grand Jackie Chan en mode bad guy et sans kung-fu, il y avait assez de potentiel pour en faire un très grand film. Et à vrai dire ça fonctionne carrément pendant la première partie qui se consacre à l’arrivée de Steelhead (Jackie) à Shinjuku, la galère des boulots clandestins, le mépris de la part des japonais, la violence, la misère… ce portrait inspiré de la situation réelle dans les années 90 est superbe. Mais c’est surtout crédible et on voit bien que Jackie tient là une nouvelle occasion de proposer quelque chose de nouveau dans sa palette de jeu. Et il s’en sort très bien, même si le choc de le voir en homme torturé était plus fort dans New Police Story.

On navigue dans un genre qu’on n’attendait pas vraiment, le drame social, et à vrai dire tant mieux. Car même si on n’évite pas certains clichés assez faciles (les japonais ne volent pas c’est bien connu) c’est suffisamment réaliste pour devenir passionnant. Par contre la seconde partie, celle qu’on attendait vraiment, n’est pas à la hauteur… et ce pour une raison très simple, elle manque terriblement d’originalité! On y retrouve des thèmes et des idées vues et revues des centaines de fois, que ce soit dans les polars US ou dans les films de yakuzas japonais. Objectivement ce n’est pas mauvais mais quand on espère se prendre une claque et qu’on se retrouve devant du réchauffé, ça plombe un peu l’ambiance.

Ce qui est très fort c’est tout de même de voir à quel point Jackie Chan redouble d’efforts pour casser son image dans ce film. Déjà le fait de refuser de le remonter pour la diffusion en Chine et de donc dire adieu à de belles sommes c’est une première, mais dans le film il va jusqu’à renier complètement cette forme de moralité qui le suit depuis ses débuts! Il viole 2 de ses lois fondamentales avec la présence de scènes d’une extrême violence et hyper sanglantes (proche du gore quand même!) et de scènes de sexe, avec lui en train de se taper une prostituée… vraiment le genre d’image qu’on n’aurait jamais imaginé voir chez lui! Il en fait peut-être même un peu trop parfois mais il faut saluer cette évolution. par contre elle ne dure qu’un temps… en effet dans le dernier acte il nous fait la morale (les triades et la drogue c’est mal… blablabla).

Le reste du casting est plus ou moins à la fête. Du côté des chinois et taïwanais ça va de l’excellent (Jack Kao comme d’habitude, quelle classe!) au surjeu total pour Daniel Wu qui tombe même dans le ridicule avec son look tout pourri… Chin Kar Lok, Suet Lam, Fan Bingbing et surtout Xu Jinglei assurent bien comme il faut. Du côté des japonais par contre on retiendra surtout Masaya Katô, excellent en yakuza qui va à contre-courant, les autres en faisant souvent des tonnes pour pas grand chose, ce qui les rend plus ridicules qu’autre chose… mais il fallait bien ça pour souligner (au très gros marqueur) les différences entre chinois et japonais. Cela dit, ça passe là aussi très bien mais ça aurait été bon que Ken Watanabe par exemple ne quitte pas le projet….

Sur le plan de la mise en scène, on se rapproche de ce que Derek Yee avait fait sur Protégé, c’est à dire que c’est hyper travaillé et très sombre (ça a du être un casse-tête pour le directeur de la photo). Avec des plans qui rappellent les cadrages urbains de Johnnie To, c’est vraiment classe. En fait il y avait vraiment tout de réuni pour faire un très très grand film, mais les clichés du genre dans lequel il tombe dans cette seconde partie, sans parler de la leçon de morale de Jackie qui en quelques minutes m’a bien déçu, l’empêche d’atteindre son statut.

On se consolera avec un film d’une violence magnifique, avec un final hyper sauvage (qui nous rappelle au passage que les réalisateurs asiatiques sont quasiment les seuls à oser aller jusqu’au bout), et qui porte en lui quelques idées magnifiques. On retiendra aussi la performance de Jackie Chan, malgré donc la dernière partie, car il se livre à fond dans un style qui lui va de mieux en mieux l’âge aidant. Pas aussi ultime que prévu mais ça reste quand même largement supérieur à beaucoup de productions du genre.

FICHE FILM
 
Synopsis

Pour retrouver la trace de sa fiancée Xiu Xiu partie au Japon, Tietou quitte la Chine avec un groupe d’immigrants clandestins. A Tokyo, il trouve refuge auprès de la communauté chinoise qui vie de petites combines pour s’en sortir. Les évènements prennent une toute autre tournure lorsque Tietou sauve la vie de Toshinari Eguchi, un puissant chef yakuza marié à Xiu Xiu. En échange de basses besognes pour le compte d’Eguchi, Tietou exige le contrôle du territoire dominé jusqu’alors par les Taïwanais. Devenu le chef des immigrés du quartier de Shinjuku, Tietou est confronté aux dérapages de ses hommes. La guerre des gangs va s’intensifier jusqu’au point de non retour…