Sherlock Holmes – Jeu d’ombres (Guy Ritchie, 2011)

de le 24/01/2012
 
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Avec le premier Sherlock Holmes, le vilain Guy Ritchie s’était presque racheté une conduite, pulvérisant dans les grandes largeurs le mythe du détective de Baker Street mais imposant sa vision sous acide du film d’aventure en costumes. Finalement plus adorée que méprisée, sa tentative de faire renaître la légende en parallèle de la série TV britannique Sherlock de Mark Gatiss et Steven Moffat se poursuit avec Sherlock Holmes – Jeu d’ombres, titre bien énigmatique au potentiel assez noir. À l’arrivée peu de surprises, car Guy Ritchie ne fait que la jouer plus grand, plus gros et plus fort en appliquant exactement les mêmes recettes poussées vers une sorte d’extrême jusque dans son second degré qui en arrive au premier plan. Toujours aussi peu désagréables, les aventures de Sherlock Holmes et du Dr. Watson restent anecdotiques mais prennent cette fois la direction d’une intrigue à la James Bond avec un tour d’Europe qui n’en finit plus mais qui garde son côté extrêmement ludique et décalé.

On prend les mêmes et on recommence donc, en troquant Mark Strong pour un vrai méchant de cinéma impitoyable, le légendaire professeur Moriarty sous les traits de l’excellent Jared Harris. Un ennemi au moins aussi intelligent que Holmes lui-même, si ce n’est plus, c’est bien là l’intérêt principal de cette suite très bruyante. Hans Zimmer l’a bien compris en ressortant son thème et en livrant un score surpuissant, l’idée est de faire beaucoup de bruit pour dissimuler un manque de matière évident. Après que Sherlock Holmes nous soit montré dans une première séquence comme un maître zen, déguisement de chinois inclus, on retrouve le même esprit bouillonnant et sous substances qui transforme chaque ligne de dialogue en opportunité de pousser le show burlesque un peu plus loin. Là encore c’est sans surprise, car Robert Downey Jr. est devenu un habitué de ce genre de performance outrancière et prend un plaisir évident à incarner le détective aussi génial que socialement inadapté comme une variation sous opium de son incarnation de Tony Stark. Le spectacle assuré par l’acteur fou est forcément communicatif, part non négligeable de cet emballage s’agitant dans tous les sens pour mieux faire passer la pilule d’un récit un peu bête. Faussement alambiqué, le scénario de Sherlock Holmes – Jeu d’ombres qui semble s’intéresser avant tout à la traque de Moriarty n’est finalement qu’un prétexte pour deux choses. Tout d’abord pour se faire plaisir à montrer à l’écran des décors variés, allant de reconstitution efficaces à des fonds verts incroyablement laids, et repousser encore les limites du bon ou mauvais goût, c’est au choix, de Philippe Rousselot en termes d’identité graphique et de lumière pour créer à l’écran une Europe de fin du XIXème siècle digne d’un comic-book. L’autre idée qui semble intéresser Guy Ritchie plus encore que son semblant d’intrigue est la liberté sexuelle de son héros. Lâchant considérablement la bride sur les clichés, le réalisateur réputé pour son homophobie marquée y va avec ses grands sabots pour introduire de plus en plus l’homosexualité de Sherlock Holmes qui n’a ici plus rien à voir avec une amitié ambiguë. Quand le détective déguisé en femme jette l’épouse de Watson hors du train pour ensuite protéger ce dernier des balles en l’enfourchant littéralement, on comprends bien que la démarche de Guy Ritchie refuse l’idée même de subtilité au profit d’une lourdeur d’apparat qui ne mène à rien tant la relation Holmes/Watson, à cause de son traitement, ne distille aucune émotion. Ce manque évident de finesse anéantit également le deuil qui ronge Holmes ou même son duel à distance avec son nemesis. le spectacle est là, c’est vrai, on peut exulter, mais on ne ressent rien de durable.

Sherlock Holmes – Jeu d’ombres et ses fausses pistes, sa profusion de personnages secondaires fascinants sur le papier mais transparents à l’écran – Stephen Fry dans le rôle du frère de Sherlock Holmes et Noomi Rapace en gitane – mise tout sur le spectacle visuel et sonore, là encore dans l’excès permanent. Quand Guy Ritchie aime quelque chose il le montre plusieurs fois jusqu’à l’overdose. Dans sa narration qui profite des capacités de son héros pour vivre et revivre les scènes en flashbacks et flashforwards pour bien marteler ce que va être l’action. Dans son utilisation massive de l’hypervitesse que lui permet son jouet préféré, la caméra Phantom, il pousse l’exercice de style bien trop loin à l’image de cette poursuite interminable entre les arbres avec des armes de guerre qui font exploser toute la végétation. Dans son découpage maladif de l’action qui en devient bien souvent illisible, il en fait trop. On a presque l’impression qu’il se moque du résultat, poussant jusqu’au grotesque la faculté de Holmes à anticiper l’action dans un duel d’anticipation avec Moriarty qui fait plus que frôler le ridicule. reste qu’il possède un certain sens du spectacle et du panache, qu’il est capable de montrer son budget conséquent à l’écran et s’avère même généreux. Sauf que ces excès qui fonctionnaient parfaitement sur Snatch, version bigger than life de son meilleur film à ce jour, Arnaques, crimes et botanique, en vient à rabaisser considérablement l’intérêt de ce Sherlock Holmes – Jeu d’ombres auquel il manque ce qui faisait le charme du premier, la découverte d’une relecture un peu bête mais assez folle pour y trouver un véritable plaisir. Rien de déplaisant pour autant, cela reste ludique et les pitreries de Robert Downey Jr. sont toujours là, mais on trouve parfois le temps long et il faut bien avouer que ce n’est pas toujours très beau.

FICHE FILM
 
Synopsis

Sherlock Holmes a toujours été réputé pour être l'homme à l'esprit le plus affûté de son époque. Jusqu'au jour où le redoutable professeur James Moriarty, criminel d'une puissance intellectuelle comparable à celle du célèbre détective, fait son entrée en scène… Il a même sans doute un net avantage sur Holmes car il met non seulement son intelligence au service de noirs desseins, mais il est totalement dépourvu de sens moral. Partout dans le monde, la presse s'enflamme : on apprend ainsi qu'en Inde un magnat du coton est ruiné par un scandale, ou qu'en Chine un trafiquant d'opium est décédé, en apparence, d'une overdose, ou encore que des attentats se sont produits à Strasbourg et à Vienne et qu'aux Etats-Unis, un baron de l'acier vient de mourir… Personne ne voit le lien entre ces événements qui semblent sans rapport, hormis le grand Sherlock Holmes qui y discerne la même volonté maléfique de semer la mort et la destruction. Et ces crimes portent tous la marque du sinistre Moriarty. Tandis que leur enquête les mène en France, en Allemagne et en Suisse, Holmes et Watson prennent de plus en plus de risques. Mais Moriarty a systématiquement un coup d'avance et semble tout près d'atteindre son objectif. S'il y parvient, non seulement sa fortune et son pouvoir seront sans limite, mais le cours de l'Histoire pourrait bien en être changé à jamais…