Sherlock Holmes (Guy Ritchie, 2009)

de le 20/01/2010
 
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Guy Ritchie, un nom qui aujourd’hui fait trembler alors qu’il y a encore quelques années il provoquait une intense excitation. Le réalisateur anglais justement taxé de jeune prodige à ses débuts en enchaînant Arnaques, Crimes et Botanique puis Snatch, deux bombes certes déjà très proches mais jubilatoires, partait pour une grande carrière. Mais une rencontre avec la Madone plus tard, ça donne Revolver, précédé d’A la Dérive. Le premier est une bouse prétentieuse et incompréhensible, le second est une bouse tout court. Il se serait soit-disant plus ou moins racheté une conduite via RocknRolla, qui ressemble tout de même beaucoup à ses deux premiers de loin, mais on le comprends aisément, c’est avec Sherlock Holmes qu’il joue gros. Et bien il faut avouer qu’il s’en sort vraiment pas mal, ce qui n’était pas gagné tant le personnage du détective de Baker Street est ancré dans les consciences collectives et correspond à des codes bien particuliers, certains authentiques et d’autres beaucoup moins. C’est donc à un grand dépoussiérage du mythe qu’on assiste, surpris, car pour qui n’a pas lu Conan Doyle, Holmes et Watson étaient deux antithèses autant sur le plan physique que spirituel, image renforcée pour toute une génération qui a suivi les aventures du détective à travers la version animée de Miyazaki. Avec un casting ultra glamour Ritchie révolutionne gentiment tout ça, livrant une relecture très moderne tout en réhabilitant certains fondamentaux tombés dans l’oubli! Il ne signe pas le film du siècle mais dans le genre du divertissement très haut de gamme il se pose là, en grande partie grâce à des acteurs formidables et son style de mise en scène qu’on aime détester mais qui reste toujours aussi percutant. En fait on se trouve à mille lieues d’une autre adaptation fort réussie des aventures de Sherlock, le Secret de la Pyramide, et c’est tant mieux!

Après tout il semble relativement logique de retrouver le détective fictif (contrairement à ce que beaucoup pensent il n’a jamais existé) aujourd’hui sur grand écran. En effet il était depuis quelques temps largement passé de mode, tombant peu à peu dans l’oubli même si son nom est toujours synonyme de déduction scientifique. Il n’y a qu’à voir une série aussi reconnue que les Experts, leurs méthodes d’investigation font à chaque fois penser à ce soucis du détail qui fait l’âme des enquêtes de Holmes! Réciproquement Sherlock Holmes version Ritchie, avec son approche très mainstream et « jeune » peut parfois faire penser à un long épisode de ladite série mais en costumes et avec de vrais bons acteurs charismatiques. Car il ne faut pas se leurrer, la véritable réussite du film vient de son casting plus qu’autre chose, car point important il s’agit avant toute chose d’un film de commande passé par la Warner à Guy Ritchie, et non une œuvre personnelle (ce qui en soit est sans doute une bonne chose mais c’est de là que vient ce côté souvent impersonnel du film). Donc oui bien sur le casting c’est que du bonheur. Ne serait-ce que les seconds rôles: Mark Strong en bad guy qui imite super bien Andy Garcia, Rachel McAdams plutôt très craquante, Eddie Marsan en policier légèrement dépassé… c’est du tout bon, ça fonctionne sans problème. Mais quelles têtes d’affiche!! Le film n’existe que pour eux, et sans doute grâce à eux, Robert Downey Jr. et Jude Law, soit tout de même, soyons honnête, deux des acteurs les plus sexys d’Hollywood, en plus d’être des acteurs de talent.

Et si Jude Law est légèrement en retrait, car il est le bras droit de Holmes, prend une toute autre dimension que celle qu’on connait en devenant presque son égal à de nombreuses reprises, Robert Downey Jr. trouve par contre un nouveau rôle à sa démesure. Et comme cela était déjà le cas sur Iron Man il élève le film d’un niveau honorable mais moyen à un bon niveau.

Sherlock Holmes c’est un peu le grand festival de Robert qui enclenche le mode cabotin du début à la fin, en fait des tonnes à chaque scène pour livrer sa vision toute personnelle et irrévérencieuse du personnage. Ainsi avec son jeu outrancier et celui beaucoup plus rigide pour Watson, l’alchimie qui veut que les contraires s’attirent fonctionne à plein régime et la relation Holmes/Watson prend une belle ampleur assez délicieuse. Fonctionnant sur le mode d’un vieux couple, plus que d’un duo, leurs petites querelles et leur complicité ne laisse jamais la place au doute. Par contre si à chaque fois qu’on trouve un duo masculin dans un récit on peut en creusant un peu y voir une forme d’homosexualité latente, ici Guy Ritchie sort un peu ses gros sabots et dépasse largement le stade des sous-entendus. Ca laisse tout de même place à quelques passages plutôt drôles.

Le récit est relativement bien construit, même si l’enquête policière laisse régulièrement sa place à de l’action et de l’aventure. On regrettera le recours systématique aux même artifices à chaque résolution d’énigme, tout comme plusieurs répétitions qui viennent encombrer le déroulement de la chose assez inutilement. Mais comme on est dans du cinéma tous public de chez tous public, il n’y avait pas de place pour un manque d’explication rationnelle ou pour une quelconque réflexion du spectateur. Niveau mise en scène, c’est bien simple, c’est du Guy Ritchie. Donc c’est plutôt classe dans l’ensemble, très soigné malgré quelques décors en CGI pas géniaux, de beaux mouvements de caméra déplacée souvent à l’énergie, ponctuellement agrémentés de ces ralentis et accélérés qui font de toute façon partie intégrante de son style et qui peuvent vite énerver par leur aspect tape à l’œil. Bon point également pour la partition très travaillée d’Hans Zimmer. Malgré sa fin qui appelle trop à une suite, Sherlock Holmes est un film dont la seule ambition est de divertir sans forcément marquer les mémoires, sur ce point le contrat de Guy Ritchie est honoré, on ne s’ennuie pas et on passe même un bon moment.

FICHE FILM
 
Synopsis

Aucune énigme ne résiste longtemps à Sherlock Holmes... Flanqué de son fidèle ami le Docteur John Watson, l'intrépide et légendaire détective traque sans relâche les criminels de tous poils. Ses armes : un sens aigu de l'observation et de la déduction, une érudition et une curiosité tous azimuts; accessoirement, une droite redoutable... Mais une menace sans précédent plane aujourd'hui sur Londres - et c'est exactement le genre de challenge dont notre homme a besoin pour ne pas sombrer dans l'ennui et la mélancolie. Après qu'une série de meurtres rituels a ensanglanté Londres, Holmes et Watson réussissent à intercepter le coupable : Lord Blackwood. A l'approche de son éxécution, ce sinistre adepte de la magie noire annonce qu'il reviendra du royaume des morts pour exercer la plus terrible des vengeances. La panique s'empare de la ville après l'apparente résurrection de Blackwood. Scotland Yard donne sa langue au chat, et Sherlock Holmes se lance aussitôt avec fougue dans la plus étrange et la plus périlleuse de ses enquêtes...