Shadow Dancer (James Marsh, 2012)

de le 06/02/2013
 
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Spécialiste du documentaire, James Marsh avait signé la partie 80’s de la fameuse Red Riding Trilogy. 3 ans plus tard il revient à la fiction avec Shadow Dancer, drame d’espionnage sur fond de lutte contre l’IRA. Film d’ambiance avant tout, surfant sur la vague de lenteur imposée par le majestueux La Taupe, ses belles idées ne l’empêchent pas de provoquer un ennui profond par une absence de rythme et des enjeux très limités. Dommage car avec un sujet si passionnant et des acteurs si dévoués à cette cause, le britannique aurait pu signer une petite merveille du cinéma d’espionnage.

James Gray a beau trouver Shadow Dancer intense et détonnant, le film est précisément tout l’inverse. S’il serait idiot de passer sous silence un certain talent chez James Marsh pour la mise en scène, avec un soin tout particulier apporté à la construction d’une atmosphère délétère, sa volonté de ne surtout jamais brusquer le spectateur fonctionne tel un somnifère. Pourtant, lors de son prologue assez brillant sous forme de flashback construit avec une vraie élégance, jouant à la fois sur la terreur sourde, la sensation d’apesanteur et la bulle temporelle, éléments doublés d’une certaine science pour amener un choc brutal, on se plait à y croire. D’autant plus que la véritable introduction du film suivant le personnage de Colette McVeigh, dans un dispositif à risques car jouant sur l’absence de dialogues, enfonce le clou. Shadow Dancer s’ouvre de la plus belle des façons et ne traine pas pour bâtir les fondations d’un thriller atmosphérique sur fond de lutte contre l’IRA, de terrorisme et de trahisons internes. Un sujet fort, maintes fois traité par les cinéastes britanniques, mais qui semble pendant un instant trouver une forme d’illustration originale. Une sensation qui disparait trop vite au profit d’une intrigue paresseuse et d’une love story impossible à laquelle il est bien difficile d’adhérer.

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A vouloir livrer une sorte d’exercice de style, hommage aux grands polars atmosphériques des 70’s, James Marsh, réalisateur pourtant très doué dont le documentaire Le Funambule reste un modèle de rythmique, s’enlise en oubliant délibérément que son film doit s’adresser à un public et le stimuler. Il faut bien plus qu’une intrigue à tiroirs faite de trahisons multiples, de guerre et provocations entre la milice de l’IRA et la police, de retournements de vestes et de motifs éculés du cinéma d’espionnage (présence d’une taupe qui n’en est pas une, agents doubles, exécutions sommaires et accusations permanentes) pour captiver. Et plus encore quand quelques mois plus tôt sortait un film aussi brillant que La Taupe, sur un sujet totalement différent mais dans un style assez proche finalement. Il manque à Shadow Dancer plusieurs choses qu’a parfaitement assimilé Tomas Alfredson : un sens du cadre qui transcende un tempo lancinant mais surtout des personnages solides aux motivations à la fois claires et complexes. En clair, Shadow Dancer manque de corps et de passion. Le scénario de Tom Bradby, d’après son propre bouquin, a beau être précis et plutôt bien écrit, la progression narrative voulue par James Marsh peine à en tirer quelque chose de solide. Peu de surprises et une trame mollassonne enterrent assez rapidement l’ensemble qui ne tient plus que par quelques éléments épars, et notamment la belle photographie grisâtre de Rob Hardy, précédemment directeur de la photo sur Boy A ou Broken de Rufus Norris. Une approche qui ne manque pas d’élégance ou de style tout simplement, mais qui participe malheureusement au ton moribond du film, bien plus ennuyeux que mélancolique ou grave.

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Pourtant, quelques séquences laissent croire à une explosion afin que Shadow Dancer prenne enfin l’ampleur qui lui était nécessaire. Une séquence de funérailles perturbée par des forces de l’ordre provocatrices, quelques instants de torture morale ou physique, des moments où les certitudes les plus fortes s’envolent. Mais rien n’y fait, James Marsh tient tellement à son ambiance apathique qu’il refuse toute hausse de rythme et ne cède jamais de terrain à une quelconque envolée un brin nerveuse. Dès lors, Shadow Dancer ennuie profondément, jusqu’à provoquer un désintérêt total qui vient ruiner sa grande révélation finale. Un twist inoffensif qui fera au mieux soulever une paupière tant la somme d’enjeux dramatiques et le niveau d’attachement émotionnel aux personnages frôle le néant. Tout ceci est d’autant plus dommage que les acteurs livrent pour la plupart des prestations remarquables. Clive Owen est fidèle à lui-même, sobre, ténébreux et immédiatement attachant par l’humanité qu’il développe, tandis que face à lui Andrea Riseborough s’impose comme une grosse révélation, tenant à elle seule le peu de séquences véritablement intenses en terme de tension dramatique. On passera gentiment sous silence la présence de Gillian Anderson dans un personnage sous-écrit proche du cliché ambulant. De nombreuses raisons d’être déçu donc avec ce Shadow Dancer mou du genou qui aura au moins le mérite de donner envie aux plus curieux de creuser un peu les archives cinéphiles sur le sujet, d’Ennemis rapprochés à L’irlandais, en passant par The Boxer ou The Crying Game. Pas que des chefs d’oeuvres mais des films qui abordent le sujet de l’IRA avec un regard un poil plus affuté.

FICHE FILM
 
Synopsis

Collette, jeune veuve, est une républicaine, vivant à Belfast, avec sa mère et ses frères, de fervents activistes de l’IRA. Suite à son arrestation après un attentat avorté au cœur de Londres, Mac, un agent secret du MI5, lui offre le choix : passer 25 années en prison et ainsi perdre ce qu’elle a de plus cher, son fils, ou espionner sa propre famille. Elle décide de faire confiance à Mac, et retourne parmi les siens…