(S)ex List (Mark Mylod, 2011)

de le 07/10/2011
 
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Encore une victime du retitrage idiot. Quoique cette fois on est plutôt tenté de s’en foutre tant (S)ex List arrive au mauvais moment, celui où il devient plus qu’évident que la coupe est pleine. Non seulement il va falloir arrêter avec les titres de comédies qui arborent si fièrement le mot « Sex » quand elles en manquent cruellement mais surtout il va falloir trouver un autre sujet que les sex friends et l’amitié qui vire au cul qui vire à l’amour. Après le minable Sex Friends, le sympathique mais un peu vain Sexe entre amis, voilà le mal nommé (S)ex List, ou la nouvelle démonstration pathétique que la comédie romantique est à l’agonie. Comme les autres, (S)ex List se veut progressiste pour mieux avouer son ton conservateur et son désir de sauvegarder une gentille morale puritaine. Et le prétendu sale gosse de rentrer sagement dans le rang, avec rien de bien original à proposer de plus qu’une succession de lieux communs.

C’est le pourtant doué Mark Mylod, réalisateur d’Ali G et d’une vingtaine d’épisodes d’Entourage, qui s’est retrouvé avec la lourde tâche de mettre en scène un scénario de deux auteurs rompues aux séries TV (Seinfeld, les Simpsons, Scrubs) qui adaptaient là un roman intitulé 20 Times a lady (titre d’une chanson qu’on retrouve dans le film d’ailleurs). (S)ex List grille ses cartouches quasiment d’entrée de jeu. Après l’illusion de nous montrer un personnage libre (qui baise sans attaches donc) il nous assène une « vérité » comme un coup de massue : une fille qui aurait plus de 20 partenaires sexuels dans sa vie ne pourrait pas réussir son mariage, et donc sa vie, forcément. Dans cette déclaration d’une bêtise sans nom se tient l’ensemble du film, ne reposant que sur ce discours puritain insupportable. Et on aura beau nous montrer cette fille se bourrer la gueule, faire l’idiote à droite et à gauche, retisser des liens avec tous ses ex-partenaires, jamais on ne pourra se sortir de la tête cette idée selon laquelle une femme avec trop de partenaires aurait une vie ratée. Et ce ne seront pas les gags un peu cons (des blagues sur les gays, sur les gros, sur les noirs…) qui vont apporter quelque chose de supérieur à cette comédie franchement ratée. On rit peu, mais on ne s’émeut pas beaucoup non plus tant l’émotion toute artificielle n’arrive que dans le dernier acte et s’incruste sans avoir vraiment été invitée. On assiste ainsi au happy end foireux qu’on redoutait, le pire possible pour une comédie romantique, celui qui confirme qu’il n’y a plus d’espoir pour le genre et certainement pas pour cet exemple là. Tout sent le fake, du voisin à la musculature surréaliste au personnage de la mère perchée en permanence, en passant par la soeur coincée (mais en fait c’est la plus heureuse car elle va se marier, elle, pas comme l’autre traînée…). (S)ex List semble en fait avoir plusieurs générations de retard alors qu’il s’annonçait presque comme une vision d’avenir, un film au discours ringard dès sa sortie qui ne survit que grâce au charme de son actrice principale, toujours aussi séduisante.

Le soucis est qu’Anna Farris a beau être radieuse malgré les coups de bistouri et injections de botox, son potentiel comique naturel se voit ici écorché, et pas qu’un peu. Quand elle chute en marchant sur sa robe ou qu’elle tombe d’une grille, on n’a plus vraiment envie de rire. La faute à un personnage construit à peu près aussi bien que le scénario, c’est à dire de façon catastrophique. Pourtant son duo avec Chris Evans fonctionne, on sent quelque chose, mais on n’en a pas grand chose à faire tant les enjeux sont inexistants. En jouant avec des clichés, l’effet de surprise est nul, et le film devient totalement vain, même si assez regardable. Loin d’être exceptionnel pour autant sur ce point tant Mark Mylod semble à côté de la plaque pour mettre en scène son histoire. De vrais problèmes de timing et de construction des plans affectent sérieusement le rapport du spectateur au film qui développe une grammaire cinématographique illogique pour donner vie à un scénario stupide. C’est un peu le cumul des erreurs grossières qui fait de (S)ex List une comédie romantique anecdotique, bête et pas très belle à voir, survivant simplement grâce à ses acteurs et guests au charme évident même s’ils ressemblent parfois à des pantins. Une nouvelle déception.

FICHE FILM
 
Synopsis

Ally voit sa vie toute chamboulée lorsqu’elle apprend via un article de presse que les femmes ayant eu plus de 20 partenaires sexuels ont toutes les chances de rester célibataire toute leur vie. Après avoir listé l’ensemble de ses Ex, Ally commence à perdre l’espoir de se marier un jour… Elle fait le serment de ne pas dépasser "son chiffre" (19), et sollicite l’aide de son voisin pour retrouver l’Ex de sa vie…