Sex Friends (Ivan Reitman, 2011)

de le 16/02/2011
 
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Parfois certains réalisateurs devraient savoir s’arrêter à temps. C’est le cas d’Ivan Reitman. Qu’il semble loin le temps où il nous enchantait avec S.O.S. Fantômes. Lointain souvenir également le temps où il tentait par tous les moyens d’imposer Arnold Schwarzenegger dans le contre-emploi total et attachant de la comédie. Son dernier coup d’éclat, l’excellent Evolution, date d’il y a déjà 10 ans. Depuis, son fils Jason (Juno, In the Air) a clairement repris le flambeau et Ivan Reitman aurait mieux fait de ne pas sortir de sa retraite. Cette triste réalité nous sautait déjà au visage lors d’un pathétique Ma Super ex, elle ne fait que se confirmer avec Sex Friends. Il y avait pourtant un potentiel véritable, celui d’établir une comédie romantique un peu trash et anticonformiste, réussir là où Love et autres drogues avait déjà échoué en partie il y a quelques mois. Mais ce n’est pas tout de racoler le spectateur curieux à grands coups de « trailer red band » ((censuré, contenant du sexe ou de la violence)) et de titre « français » sans équivoque, encore faut-il aller jusqu’au bout de l’idée et assumer, ce qui n’est vraiment pas le cas ici. Sex Friends est typiquement le genre de film qui ne tient jamais ses promesses, en l’occurrence au niveau de l’humour et du sexe, éléments plus qu’attendus à la lecture du sujet du film. C’est une comédie ratée, un film bien trop prude, pas drôle, un brin ennuyeux… en un mot comme en cent, c’est mauvais.

Ce qui est terrible c’est que rien ne fonctionne jamais. Ivan Reitman grille ses cartouches d’entrée de jeu avec une introduction qui élimine immédiatement une des pistes les plus intéressantes à creuser, à savoir l’évolution de vieux amis vers un contrat relationnel purement sexuel. Car avec ses flashbacks un brin foireux il nous explique qu’en 15 ans ils ne se sont croisés que 3 fois. Alors il y a bien l’annonce d’un ton extrêmement cru dans les dialogues (« est-ce que je peux te mettre un doigt? » comme au bon vieux temps du premier American Pie), une constante heureuse mais insuffisante sur l’ensemble du film, mais c’est peu, bien trop peu. Car à nous répéter encore et encore des discours sur pourquoi ça peut être vexant de dire que le pénis de son partenaire est mignon, à matraquer des « chatte-bite-couilles » pendant presque deux heures, à nous refaire le coup du playboy bourré qui se retrouve à poil dans le salon d’un appart rempli de filles bien chaudes, non seulement Ivan Reitman ne nous fait pas rire mais sa vulgarité gratuite et pas assumé par l’image finit par agacer sérieusement.

Dans Sex Friends il ne se passe rien d’inattendu, le final est exactement celui auquel on s’attendait avant d’entrer dans la salle. Et jusque là il faut se farcir un récit mollasson ne comportant non seulement aucun morceau de bravoure, mais tombant à plusieurs reprises dans le cliché pourri ou le ridicule le plus total. Au rayon des pépites, on peut noter la séquence ultime de la « playlist periods », une playlist concocté par le benêt Adam pour soulager les règles douloureuses de sa fausse petite amie, avec une extrême finesse dans le choix des morceaux (Keep bleeding, Sunday bloody sunday…). Ou encore Emma qui mate le gourdin d’Adam avec des lunettes 3D (vertes et rouges) toute émoustillée par le relief, sans même parler des séquences bien hypes qui reprennent les idées de la série TV Glee en moins bien (et quand on sait que cette série ne vaut déjà pas grand chose, on imagine le résultat). Donc même dans les tentatives de gags c’est copieusement raté. Ajoutons à cela une volonté d’alourdir un récit principal bien maigre avec des sous-intrigues à l’intérêt plus que limité (les histoires des collocs ou du père) et on obtient une bouillie narrative assez indigeste et surtout manquant cruellement de mordant.

On ne reviendra pas sur la réalisation, qui a défaut de tomber dans le coma habituel des comédies romantiques s’élance sur la piste des teen movies mais sans le moindre grain de folie. Dès lors on se dit qu’on va se rattraper grâce aux acteurs, dont Natalie Portman qui nous a tout simplement éblouis dans Black Swan sorti la semaine dernière. Mais non, la belle semble tellement peu impliquée qu’elle apparaît la plupart du temps à côté de ses pompes, comme Ashton Kutcher sauf que pour lui c’est une habitude de le voir jouer comme un manche (comportement de rigueur étant donné le sujet annoncé du film ceci dit). De la même manière les seconds rôles évoluent sans passion, y compris Kevin Kline s’étant embarqué dans cette galère sans doute pour faire plaisir à son pote Ivan Reitman. Bref, on en sort la queue entre les jambes, forcément déçu de ne pas y avoir trouvé ce qui nous était promis.

[box_light]À moins de prendre son pied devant Ludacris prenant la pose ou des gay jokes lamentables, difficile d’adhérer à ce Sex Friends. Du sexe il n’y en a pour ainsi dire jamais, ou le temps d’une séquence visible dans la bande annonce, et de l’humour non plus. Ennuyeux, pas drôle, interprété par des acteurs qui n’ont pas l’air d’en avoir quoi que ce soit à foutre, le dernier film d’Ivan Reitman est assez catastrophique. Le temps où il nous faisait marrer est définitivement révolu et à voir ce dont il est capable aujourd’hui, soit pas grand chose, il y a de sérieux soucis à se faire concernant le 3ème opus de S.O.S. Fantômes à venir. Quelle déception! La seule modernité de Sex Friends réside dans ses dialogues bien plus crus que la majorité des comédies romantiques mais pour le reste…[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Entre "Sex Friends", il faut respecter quelques règles de base : Ne jamais s’offrir de cadeaux. Ne pas dîner en tête à tête. Accepter la concurrence. Oublier le mot "chéri(e)". Toujours partir avant le petit-déjeuner. Et surtout, ne jamais tomber amoureux ! Est-ce bien clair pour Emma et Adam ?