Scream 4 (Wes Craven, 2011)

de le 05/04/2011
 
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Impossible d’évoquer ce quatrième épisode de la saga Scream sans évoquer son soit-disant master of horror qui lui sert de réalisateur. Quelques 11 ans après un troisième film de triste mémoire pour les heureux spectateurs qui ont pu le voir, arrivant à point nommé pour remettre sur le devant de la scène un Wes Craven retombé à sa place depuis quelques années, à savoir dans l’ombre, Scream 4 ressemble à une immense bouée de sauvetage artistique et financière. Il suffit de jeter un oeil à ce qu’a fait le réalisateur américain pendant ces dix dernières années pour bien comprendre. Il a réalisé 3 longs métrages dont deux vraies purges (Cursed et Red Eye) et un qui se trimbale une vilaine réputation (l’inédit My Soul to take). Seulement trois. C’est que le bonhomme était assez occupé à produire et écrire des films pour les autres, généralement des remakes. Et plus généralement encore des remakes de ses propres films. Prise de risque ou aveu de la pauvreté artistique de ses oeuvres considérées comme cultes? On ne le saura jamais mais à voir La Dernière maison sur la gauche (moins rentre-dedans et subversif mais doté d’un visuel qui anéantit l’original sur ce point) ou bien évidemment La Colline a des yeux (qui pulvérise l’original sur tous les points) on a une partie de la réponse. Mais Wes Craven c’est aussi Scream, slasher parodique et cynique en diable qui assassina le genre tout en le faisant renaître de la pire des façons, avec tous les ersatz insupportables arrivés ensuite. Et plus de dix ans plus tard, en voilà un quatrième, tout aussi logique qu’opportuniste. Nouvelle décennie, nouvelles règles? Oui, mais pas tout à fait car la démarche reste plus ou moins la même.

L’intérêt de Scream, au delà du regard acide sur un genre tombé en désuétude depuis bien longtemps (le slasher ((Wikipédia a raison et dit : sous-genre de film d’horreur et du film d’exploitation, mettant en scène les meurtres d’un tueur psychopathe, généralement masqué, qui élimine méthodiquement un groupe d’individus, souvent jeunes, à l’arme blanche.)) ), est d’imposer sa trame de whodunit ((Contraction de « Who done it? » Tout l’intérêt du film est de découvrir qui est le meurtrier, cela implique un jeu avec le spectateur.)) comme unique fil conducteur. C’est un peu dommage mais Scream comme la floppée de copycats apparus ensuite ne se résument qu’à cette recherche de l’identité du tueur comme saint graal. C’est la vision très premier degré, celle d’une majorité de spectateurs de cinéma qui ne cherchent pas à se prendre la tête devant un film avec les différents niveaux de lecture d’un film de genre. Pourtant il apparaît comme évident que le véritable intérêt du dernier film de Wes Craven, tout comme de l’initiateur de 1996, se situe à ce niveau là, dans le regard qu’il porte sur le genre. Et ce même si ce regard est d’un cynisme fou. Et dans Scream 4 Wes Craven regarde à nouveau le genre de haut, comme s’il avait besoin que lui le maître (dont le seul slasher majeur est Les Griffes de la nuit) vienne donner une nouvelle leçon aux petits jeunes. Sauf que pépère il arrive un peu tard. Tout d’abord car la mode du slasher est morte depuis des années maintenant, et qu’un nommé Rob Zombie a mis tout le monde d’accord sur comment traiter le genre avec respect ET talent avec son remake d’Halloween.

Donc Scream 4 a beau être fort sympathique, et il peut vraiment l’être parfois, c’est un film avant tout très vain et nombriliste dans sa critique d’un genre laissé à l’abandon et d’une trilogie presque tombé dans l’oubli. Par contre il s’avère bien plus intéressant quand il s’attaque de biais à la vague des documenteurs à travers le personnage du geek et sa caméra sur la tête. Qu’on aime ou pas le réalisateur, on ne peut nier son talent pour gratter là où ça fait mal. Pour le reste Scream 4 s’avère relativement faiblard et c’est bien dommage. Car il contient l’introduction et la conclusion parmi les plus jouissives vues depuis quelques temps, mention spéciale pour l’hallucinante mise en abîme qui constitue l’ouverture jouant à merveille la répétition et l’irrévérence, avec de succulents caméos au passage. Et bien entendu le final est loin d’être foiré, même si comme souvent les révélations sont légèrement tirées par les cheveux. Mais elles contiennent ici une réflexion pas conne du tout sur notre société 2.0 et ce besoin de starification pour exister. Problème, entre ces deux séquences dantesques il ne se passe pas grand chose de bien passionnant et c’est assez ennuyeux comme concept sur un film de presque deux heures.

Dès lors on se concentre sur la vaste blague que constitue Scream 4, loin du « la peur retrouve son vrai visage » que scande l’affiche. Pour la peur on repassera car à part recycler le concept éculé du jump scare qu’on voit venir à des kilomètres, Wes Craven la joue petit bras question frissons. Pas un sursaut, rien. Mais par contre, quelle rigolade! Entre les situations à l’écran composées avec un humour saisissant ou tout simplement ce regard de gros déconneur que pose Craven sur ses collègues (sans qui son cinéma à lui n’existerait pas, mais il l’oublie souvent) il faut bien avouer qu’on s’amuse. Et plutôt qu’effrayé on ressort de Scream 4 avec le sourire béat du spectateur qui s’est marré pendant deux heures. Est-ce que c’était le but? Pas certain, mais c’est le point fort du film. Pourtant Craven essaye tant qu’il peut de composer avec son boogeyman qui manque toujours autant de charisme, fait semblant de créer une certaine sauvagerie dans les meurtres (il y a du sang et des tripes, et ça c’est cool), mais ne possède toujours pas le moindre talent de metteur en scène. Ainsi, au milieu de cette réalisation mollassonne à la photographie moche comme ce n’est pas permis, sa meilleure idée pour créer une tension est d’abuser du dutch angle… bravo Monsieur Craven! On passera rapidement sur toute la troupe d’acteurs. Entre jeunes actrices de TV passées dire bonjour à la caméra et les anciennes gloires de la saga toutes plus botoxées les unes que les autres, elles sont clairement dans le registre de la parodie, à moins qu’elles ne jouent atrocement mal.

[box_light]Aller voir Scream 4 en espérant se faire peur, comme l’indique l’affiche, est l’assurance d’une grosse déception. En revanche, y aller pour passer deux heures à rire aux éclats devant ce pastiche de slasher est la bonne solution. Wes Craven aime toujours autant se moquer du cinéma de ses collègues, et un peu du sien mais seulement de ses films qui lui ont rapporté notoriété et dollars, tout en se regardant le nombril. Son film arrive des années trop tard et ne porte sur le cinéma d’horreur actuel qu’un regard furtif, même si perspicace. Le soucis est que Scream 4 est trop long et qu’il constitue essentiellement une grosse blague ponctuée d’une poignée de moments de grâce. C’est faible, venant du soit-disant maître de l’horreur le plus surestimé de la planète cinéma.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

10 ans se sont écoulés depuis les terribles meurtres commis par Ghostface. Sidney Prescott est parvenue à tourner la page mais c’est tout de même avec appréhension qu’elle retourne à Woodsboro pour le lancement de son premier roman. Ses retrouvailles avec sa cousine Jill ainsi qu’avec le duo de choc Dewey et Gale seront de courtes durées : Ghostface est de retour mais cette fois-ci les règles vont changer.