Sans issue (Mabrouk El Mechri, 2012)

de le 28/04/2012
 
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Il existe une liste à Hollywood qui semble infinie tant chaque année de nouveaux noms s’y inscrivent. Il s’agit de la liste des réalisateurs étrangers prometteurs qui partent faire leur premier film aux États-Unis pour des raisons tout à fait nobles (gros salaire, possibilité de travailler avec des stars internationales, perspectives d’avenir…) mais se plantent de la pire des façons. Cette liste comporte déjà nombre de réalisateurs français et avec Sans issue, c’est Mabrouk El Mechri qui vient y ajouter sa signature. Après les bons, voire très bons, Virgil et JCVD et quelques épisodes stylés pour la série Maison Close, on attendait beaucoup du passage de Mabrouk El Mechri chez l’oncle Sam, lui qui avait si bien réussi à marier action et émotion dans son précédent film. Malheureusement, avec cette série B qu’il torche un peu comme il peut, véhicule actioner pour Henry Cavill et sa mâchoire « t’as vu comment elle est carrée, t’as vu comment je suis un badass », il semble s’être complètement laissé avaler par le système et régurgité comme un simple nom sur un générique. S’il n’était pas mis en scène avec des moments de lucidité salvateurs et un certain sens du spectacle à l’ancienne, Sans issue ne vaudrait pas mieux que les pires bessoneries d’action type Colombiana ou Le Transporteur 3, mais il se pose tout de même en exemple de série B d’action minable.

Au premier abord, à la lecture du synopsis complètement erroné mais qui donne le ton, rien qui ne distingue vraiment Sans issue de tous ses actioners « à la Taken » qui sont les descendants directs des actioners les 80’s/90’s avec un scénario extrêmement basique propice à toute une fournée de scènes d’action, de poursuites en bagnole, de fusillades et de bastons. On est en plein dedans avec Sans issue, série B très basique dont on était en droit d’attendre un peu plus que le minimum syndical, les rares fois où il est atteint. Le postulat est toujours le même depuis des dizaines d’années, un type normal qui doit effectuer des actions contre-nature pour sauver sa famille kidnappée par des méchants terroristes alors qu’il venaient de commencer des vacances idylliques mais pas trop (car il faut garder une part d’ombre, quitte à n’en avoir plus rien à faire ensuite). On se doutait bien que son physique de gladiateur ne pouvait pas le vouer à exercer derrière un bureau, tout comme on sentait que son père était trop chauve pour être un simple consultant. Sans issue est un film qui réussit quelques exploits incroyables, comme celui de tenter de battre le record des retournements de situation les plus cons de l’histoire. Ça commence plutôt gentiment avec un jeu sur les identités secrètes globalement crédible mais on s’engage rapidement dans la voie du grotesque érigé en mode opératoire. À ce titre une des « révélations » est particulièrement salée et venge L’empire contre-attaque de 30 ans de moqueries à base de « Je suis ton père » tant on se situe dans la stratosphère de la bêtise scénaristique (pourtant avec Scott Wiper qui avait écrit et réalisé Les Condamnés avec Steve Austin on pouvait attendre quelque chose de relativement efficace). Qu’un film d’action soit con, pourquoi pas même si un brin de bon sens n’a jamais fait de mal à personne, mais avec Sans issue on se demande pourquoi Mabrouk El Mechri a accepté de mettre en scène un truc aussi débile. Car l’impression qui prévalue est bien celle d’être face à un pur nanar qui amuse plus qu’il ne provoque de décharges d’adrénaline, porté par sa surenchère dans le n’importe quoi. Il faut voir la mise en place du dernier acte avec les révélations sur les forces en présence, du grand art. Et bien entendu, tout cela est synonyme d’une absence totale d’identification aux personnages ou d’implication émotionnelle. La famille du héros est kidnappée mais on ne l’aperçoit qu’en de trop rares occasions, il n’y a donc absolument aucune véritable tension ou sensation de danger malgré qu’Henry Cavill fasse le regard du type vraiment concerné et perdu (proche du cocker qui a faim mais panique en ne trouvant pas sa gamelle) et que la partition tonitruante de Lucas Vidal donne tout pour créer une illusion de rythme et d’enjeux. Amusé et pas vraiment embarqué par un récit sans queue ni tête, on finit même par s’ennuyer.

Pourtant, en quelques trop rares occasions, Mabrouk El Mechri relève la tête et pond quelques scènes réussies avec quelques beaux moments de mise en scène même s’ils sont un peu gratuit dans un film dépourvu de sens. De son utilisation des miroirs à des mouvements de caméra bluffants pendant une course-poursuite (même s’ils sont calqués sur La Guerre des mondes de Steven Spielberg), il lui arrive de rappeler qu’il y a bien un réalisateur derrière la caméra. Mais la majorité du temps il est effacé derrière une construction grotesque (la scène du parking, autre grand moment), des scènes de baston-parkinson illisibles et des gunfights surdécoupés qui empêchent toute compréhension de la configuration topographique des lieux. Crétin d’un bout à l’autre, jusqu’à une réplique finale qui semble carrément tirée d’une parodie, Sans issue est un échec artistique complètement inattendu. Jamais tendu, jamais ample, plombé par des choix narratifs qui prennent le spectateur pour un idiot et un premier degré qui confine au ridicule, cette expérience américaine a dû être douloureuse pour le réalisateur qui semble absent de toutes les décisions tant le résultat ne ressemble à rien. Et pour preuve ultime il n’y a qu’à se pencher sur le cas des acteurs. La prestation désastreuse d’Henry Cavill donne de nouvelles sueurs froides quant à son choix dans la peau de Superman mais même Bruce Willis et Sigourney Weaver, qui ne sont tout de même pas les pires acteurs au monde, sont en roue libre totale. Face à un tel échec, difficile de faire le choix entre déception et incompréhension, mais il parait clair que le film a échappé à son réalisateur.

FICHE FILM
 
Synopsis

Will Shaw, un étudiant américain, part en Espagne rejoindre sa famille pour une croisière pendant les vacances. Mais à son arrivée, il découvre un bateau vide et des traces de sang. Il est contacté par une mystérieuse organisation qui lui apprend que son père est en réalité un agent de la CIA. Celui-ci a disparu avec des documents importants. Will dispose de quelques jours pour le retrouver s’il veut sauver le reste de sa famille.