Sans identité (Jaume Collet-Serra, 2011)

de le 19/02/2011
 
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La maison de production de Joel Silver, Dark Castle, plutôt spécialisée dans l’horreur bas de gamme (Gothika, 13 Fantômes…) tente depuis quelques temps d’élargir ses horizons. En sont sortis récemment RocknRolla, Splice et Ninja Assassin par exemple, de quoi manger à tous les râteliers. Et c’est dans cette esprit versatile qu’arrive Sans identité. Pour la peine le studio sort son « meilleur » poulain, l’espagnol Jaume Collet-Serra, responsable de La Maison de cire et Esther, et le lance sur la voie du thriller paranoïaque d’action, genre à part entière, avec en ligne de mire la saga Jason Bourne mais aussi et surtout le très efficace Taken de Pierre Morel. Un Liam Neeseon en mode badass on commence à en avoir l’habitude tant il semble loin le temps où il incarnait Fielding ou Oskar Schindler, aujourd’hui le colosse irlandais est devenue une valeur sure du blockbuster, un action hero qu’on n’avait pas vu venir. Tout ça c’est bien beau, comme toujours Liam Neeson a la classe en pauvre type revanchard, mais il faudrait un peu plus que simplement recycler des idées vues mille fois (et mille fois mieux) ailleurs pour accoucher d’un vrai bon film. Sans identité se suit sans déplaisir, à condition de ne pas trop réfléchir aux trous béants d’un scénario improbable, et propose même quelques idées intéressantes, mais l’impression qui prédomine reste celle d’un produit un peu faisandé.

Fait amusant, Sans identité s’est retrouvé sélectionné hors compétition à la Berlinale 2011 qui s’achève ce soir, pour la simple raison que le film est en partie financé par l’Allemagne et qu’il se déroule exclusivement à Berlin. C’est bien sa seule originalité. Car comme point de départ plutôt intéressant à ce thriller parano-identitaire, même si déjà vu, il y a ce type qui sort du coma et que personne ne reconnait. Un principe propice à développer un scénario bien tordu sous réserve d’y mettre un minimum de talent. Sauf que les deux tâcherons chargés d’adapter le roman Hors de moi du français Didier Van Cauwelaert n’ont sans doute pas bien compris les mécaniques d’un récit de cinéma et grillent leurs effets de surprise avec une facilité déconcertante. En ouvrant le film sur l’arrivée du héros à Berlin avant son accident, ils épuisent déjà une partie du mystère, en cinq minutes. On applaudit. Pourtant la fine équipe tente d’imposer quelque chose d’intéressant, une sorte de suspense hitchcockien directement hérité de La Mort aux trousses ou Vertigo, voire plus récemment dans Breakdown de Jonathan Mostow ou The Game de David Fincher. Et allez, soyons francs, on se prend au jeu pendant un moment, jusqu’au 2/3 du film.

Plutôt bien dosé en action qui dépote, Sans identité constitue un film parfois brutal, souvent spectaculaire, porté par des effets à l’ancienne qui possèdent tellement plus de charmes que les habituelles bouillies de CGIs. Sauf qu’il ne tient pas le rythme sur la longueur, et si dans le dernier tiers l’action est toujours présente, c’est le scénario qui sombre complètement. De longues séquences explicatives qui en plus d’être ennuyeuses et mal foutues, mettent en lumière les faiblesses évidentes de la narration. Le postulat de confusion s’efface au profit d’une résolution non seulement bancale mais tellement attendue! C’est là que la scène d’introduction apparaît comme une terrible erreur de stratégie narrative, et le film ne tient alors plus que pour son côté actioner haut de gamme. Mais même sur ce point, le dernier acte déçoit visuellement. Dommage car avec d’autres personnes aux commandes, que ce soit à l’écriture ou à la réalisation, il y avait là le potentiel pour un excellent thriller. Là c’est un ersatz de Taken qui plaira aux mêmes spectateurs mais qui lui est nettement inférieur au final.

Liam Neeson, qui une fois de plus porte le film sur ses larges épaules, livre une prestation tout à fait convaincante mais exactement dans la même composition que celle de Taken. Rien de bien surprenant donc, il assure en type lambda qui pète un câble et devient en un clin d’oeil un professionnel du bourre-pif, mais là aussi c’est du déjà vu. Face à lui, Diane Krueger incarne le chauffeur de taxi le plus sexy vu au cinéma tandis que January Jones de la série Mad Men n’ajuste pas vraiment sa palette de jeu qui parait drôlement limitée ici. Sebastian Koch et Frank Langella assurent le minimum syndical, bien fades face à un Bruno Ganz dans un beau rôle en écho à celui d’Ulrich Mühe dans La Vie des autres. De son côté, Jaume Collet-Serra assure mais ne parvient pas à se détacher du modèle Greengrass. Il signe une poignée de scènes qui ont vraiment de la gueule, dont une course poursuite sous tension, mais n’invente rien. Pire, il nous refait le coup des flashbacks aux couleurs ultra flashys (et moches) alors que la sobriété et le réalisme brut auraient été bienvenus tout le long.

[box_light] »Quand Taken rencontre la saga Jason Bourne » scande l’affiche de Sans identité. Et c’est tout à fait ça, et pas beaucoup plus que ça. Démarrant sur une intrigue de thriller identitaire aux relents hitchcockiens avant de verser dans le pur actioner, le nouveau film de Jaume Collet-Serra ne convainc pas plus que ses précédents, souffrant d’un scénario approximatif et d’un manque singulier de personnalité. On ne s’ennuie pas, le film assure son lot de grosses scènes d’action et Liam Neeson compose un personnage instable comme il sait si bien le faire, mais tout ça reste relativement banal, et surtout déjà vu en mieux. Mais pour ce qui est du spectacle, jusqu’au dernier tiers faiblard, il est vraiment au rendez-vous.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Alors qu'il est à Berlin pour donner une conférence, un homme tombe dans le coma, victime d'un accident de voiture. Plus tard, une fois réveillé, il apprend qu’un autre homme a pris son identité et cherche à le tuer. Avec l’aide d’une jeune femme, il va tout mettre en œuvre pour prouver qui il est.