Sanctum (Alister Grierson, 2011)

de le 05/02/2011
 
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Si le nom de James Cameron est largement mis en avant, de façon même abusive tant Sanctum ne porte que très peu la signature du réalisateur visionnaire, il ne faut pas se leurrer. Celui qu’il faut bien retenir pour éviter la déception qui guette c’est Alister Grierson, jeune réalisateur australien ayant remporté un franc succès dans son pays avec Kokoda, le 39ème bataillon (sorti directement en DVD chez nous), technicien et yes-man idéal pour mettre en scène ces souvenirs d’expérience de mort imminente d’Andrew Wight, co-scénariste et explorateur reconnu ayant déjà collaboré sur des projets de Cameron (Expedition: Bismarck, Les Fantômes du Titanic, Aliens of the Deep…). Concrètement l’apport de James Cameron, au delà du rôle de prête-nom, il se situe dans son rôle de producteur exécutif fou de plongée et dans l’utilisation des caméras PACE Fusion 3-D développées par le canadien pour Avatar. Et si Sanctum n’est finalement pas la grosse purge qu’on pouvait craindre en voyant les bandes annonces, le film n’est pas forcément très brillant non plus, la faute à divers choix douteux dans la mise en scène, l’écriture ou le casting, qui plombent l’expérience plus qu’ils ne l’élèvent. À vrai dire, Sanctum alterne le bon et le très moyen, voire le très mauvais parfois, pour un résultat global bancal et assez mal construit, gâchant ainsi un potentiel assez énorme pour aboutir sur un petit thriller catastrophe plaisant mais loin d’être mémorable.

Un des gros soucis de Sanctum vient donc de sa narration. Car ce qu’on nous annonçait comme une aventure souterraine se traîne pendant pas loin de quarante minutes d’introduction (sur 1h45 de film, c’est beaucoup) bien ennuyeuses. D’autant plus que s’il ne se passe absolument rien de palpitant, si ce n’est l’annonce d’une tempête qu’on imagine déclencheur des hostilités, la galerie de personnages qui nous est présentée en long, en large, et en travers, tombe dans les pires clichés de la série B peu ambitieuse. Le milliardaire casse-cou(illes), l’explorateur émérite au comportement de vétéran du Vietnam, l’assistant cool mais avec un lourd secret qui le mine, la potiche de service qu’au début on dirait que non mais en fait oui c’est un boulet, le fils rebelle mais surdoué avec sa mèche à la Justin Bieber… en voilà des caractères écrits avec finesse! Pendant bien trop longtemps on veut nous faire croire à un film profond, à un drame poignant, à une illustration sensible des rapports père/fils et à une quête initiatique vers l’âge adulte. Sauf qu’on s’en fout un peu, ce n’est pas ce qu’on voulait voir. Si encore tout cela était traité intelligemment, pourquoi pas, mais ce n’est vraiment pas le cas.

Il faut donc attendre avant de voir Sanctum enfin démarrer dans ce qu’il possède de plus intéressant. C’est bien beau de reprendre la structure de Jurassic Park appliquée à un survival sous-marin, mais c’est mieux quand il y a quelque chose à raconter. Mais voilà, quand la tempête arrive et que toute la troupe se retrouve bloquée, Sanctum trouve enfin son rythme, ou presque. Le film prend alors le parti d’un véritable survival dans un mélange entre Sphere pour l’environnement (on ne va pas mentionner Abyss) et The Descent pour le ton général. Et si ce dernier s’avère être LE modèle à suivre en terme d’ambiance, n’en déplaise à ses détracteurs, c’est passablement raté pour des raisons techniques. Le rythme imprimé en dents de scie alterne là aussi le bon et le moins bon, avec des séquences où la lutte entre le père et le fils nous fait chier plus qu’autre chose car jamais crédible, et de véritables moments de bravoure. Dans ces scènes là on en oublie absolument tous les défauts et Alister Grierson trouve le moyen de nous impressionner. On ne voit plus les décors en carton pâte, on oublie la lumière surréaliste pour des décors sous-terrains, on oublie les acteurs minables. Quand les éléments se déchaînent c’est une véritable lutte pour la survie qui s’engage et la tension en devient parfois insupportable. Et on enrage car le potentiel de Sanctum nous arrive en pleine gueule, mais par intermittences.

C’est dans ces fortes accélérations que Alister Grierson trouve enfin comment utiliser les caméras de Cameron. L’immersion alors permise par la 3D est assez stupéfiante. Pourtant jusque là dans Sanctum si les images ne manquaient jamais de relief, on ne peut pas dire que l’utilisation de la technologie soit vraiment judicieuse. En effet, en créant un véritable effet de profondeur, et on ne dira rien là-dessus car la 3D est sublime, la sensation de claustrophobie recherchée est tout simplement absente car les espaces se retrouvent élargis plus que de raison. Dès lors il n’ya bien que dans les passages de couloirs étroits qu’on ressent cette sensation d’oppression. Ajoutons à cela une image tout de même très sombre et l’impression de voir des personnages évoluer dans des décors vides prédomine. Pour ne rien gâcher à la fête, la totalité du casting, pour la plupart des acteurs de seconde zone, impressionne par sa médiocrité. Tous coincés dans leurs personnages caricaturaux, ils ne parviennent pas à imposer la moindre subtilité et donc la moindre empathie, y compris le pourtant bon d’habitude Richard Roxburgh qui se prélasse dans une composition de Colonel Kurtz du pauvre. On attend patiemment qu’ils crèvent tous, généralement dans des séquences un peu gores réussies, mais sans passion. Dommage car parfois Sanctum dévoile des trésors de tension et des images sublimes.

[box_light]Oubliez le nom de James Cameron largement mis en avant pour la promotion de Sanctum! À part l’apport de ses caméras, le milieu sous-marin et un goût prononcé pour le spectaculaire, Sanctum n’a pas grand chose à voir avec l’oeuvre du canadien. Lui qui s’est amusé à cracher sur de bons films convertis en 3D soutient bizarrement cette série B loin d’être honteuse mais tout de même assez faiblarde. Avant de voir du vrai survival en 3D, technologie aussi sublime que pas à sa place ici car elle augmente un espace voulu restreint, il faut se taper une longue intro bien chiante et des personnages calés dans les pires clichés du genre. On s’ennuie un peu, mais on assiste également à quelques séquences surpuissantes. Pas le thriller claustro souhaité, pas la purge crainte, mais une série B assez banale où le bon et le beaucoup moins bon s’enchaînent allègrement.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Plongeur expert, Frank McGuire se lance dans l’exploration à haut risque des grottes immergées d’Esa’ala, dans le Pacifique sud. Il emmène avec lui entre autres son fils de dix-sept ans, Josh, et le milliardaire Carl Hurley, qui finance l’expédition. L’équipe s’engage dans le plus vaste, le plus mystérieux et le plus inaccessible des réseaux de grottes du monde. Lorsqu’une tempête tropicale s’abat sur la zone, ils sont obligés de s’enfoncer dans le labyrinthe sous-marin pour lui échapper. Désormais perdus dans un décor incroyable, ils doivent absolument trouver une issue avant qu’il ne soit trop tard. Ce monde inconnu ne leur pardonnera aucune erreur…