Salt (Phillip Noyce, 2010)

de le 20/08/2010
 
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On ne sait pas trop pourquoi mais au fil des ans Angelina Jolie est devenue une sorte d’icône du film d’action au féminin, enchaînant joyeusement les navets Tomb Raider puis Mr & Mrs Smith jusqu’au gros n’importe quoi objectivement pas très bon mais assez jouissif Wanted, un petit plaisir coupable. À croire que sa performance incroyable de justesse et d’émotion dans l’Echange n’est qu’un vilaine erreur de parcours. Cette fois elle se laisse aller dans les mains de Philip Noyce, sombre tâcheron dont regorge Hollywood et qui nous a offert quelques chefs d’œuvres mémorables comme le Saint ou Bone Collector, on se demande encore comment il a pu trouver le budget pour monter Salt. De plus dans le genre « réunion de faux talents » on atteint des sommets là avec l’exécrable scénariste Kurt Wimmer qui avait réussi un coup d’éclat en réalisant Equilibrium mais qui compte parmi ses derniers travaux les gros nanars Ultraviolet et Law Abiding Citizen. En fait, à peu près tous les éléments pour aboutir sur le plus beau ratage de l’année sont réunis sur ce film qui pourtant a fait un carton assez impressionnant aux Etats-Unis. Thriller paranoïaque? Film d’espionnage? Film d’action? Salt se veut être un peu tout ça à la fois mais ne s’avère être finalement qu’une baudruche, un pétard mouillé qu’on oublie dès la sortie de la salle et qui n’apporte strictement rien de nouveau. Pire, c’est clairement le genre de film monté exclusivement à la gloire de son actrice superstar, oubliant les fondements même de ce que doit être un scénario de cinéma. Pas un nanar ni une grosse purge, c’est juste un film qui ne sert à rien, qui ne divertit que très légèrement et qui ne provoque rien d’autre qu’une sensation de déjà vu. À oublier donc! (Ah, c’est déjà fait, désolé)

« Qui est Salt? » nous demande l’affiche. Et on a envie de dire qu’on n’en a rien à foutre, en restant poli. Car Salt est typiquement le genre de film qui derrière son aspect de film d’espionnage moderne à la Jason Bourne mais au féminin prend légèrement le spectateur pour une buse, voire pour un attardé mental. Passée une introduction qui est la seule scène à justifier un avertissement pour le jeune public, et qui ne vient même pas titiller la violence de la torture de Casino Royale, tout le film est monté autour d’un retournement de situation final que les plus attentifs pourront griller dès les cinq premières minutes, chose plutôt fâcheuse quand l’intérêt global du film repose sur la résolution de ce pseudo mystère au rabais. Evelyne Salt est-elle une espionne russe en veille depuis des années ou pas? Va-t-elle retrouver son mari? Va-t-elle oser se teindre en rousse et remettre sa petite culotte? Tuera-t-elle le président ou sauvera-t-elle la planète de la menace d’un vilain méchant au faciès patibulaire, mais presque? Voilà un peu le niveau de la chose en terme de suspense.

Etant donné qu’on connait déjà la fin dès le début, sauf si on n’a pas vu un seul film du genre ces vingt dernières années, à aucun moment on ne se passionne pour le destin de Salt qu’on ne quitte pourtant jamais des yeux. Alors oui c’est vrai qu’on a droit à de spectaculaires scènes d’action (une maigrichonne qui met la misère à 25 gros bras russes, normal), des courses poursuites incroyables pendant lesquelles on retient son souffle (est-ce qu’elle va réussir à sauter du premier camion sur le second pendant qu’ils roulent, sans se péter un ongle? Et oui, on dit bravo) et des moments de tension presque insupportables (arrêter le déclenchement d’une bombe atomique ne se fait jamais avant la dernière seconde!). En bref, c’est juste n’importe quoi quand ce ne sont pas des situations qu’on a déjà pu voir des centaines de fois et en mieux. À vouloir pomper sur la saga Jason Bourne, Salt n’a pas la moindre personnalité et ne peut pas prétendre à autre chose qu’un cruel oubli parmi la masse de productions sans saveur. Mais s’il n’y avait que ça, ce serait formidable!

Des cascades grotesques dans un film d’action/espionnage, on peut les accepter, cela fait partie du folklore. Et le folklore est plutôt très présent dans Salt il faut le dire. Mais quand on voit le ridicule de certaines situations, il y a de quoi éclater de rire! Entre l’utilisation du tazer, l’accès au bunker présidentiel et autres, on a vraiment l’impression d’être pris pour un imbécile qui ne remettra jamais en question ce qu’il voit à l’écran. Sauf qu’à force d’être pris pour un con on se focalise sur les approximations scénaristiques et ce machin appelé film en est truffé. Les personnages écrits à la truelle ont des comportements qui ne suivent aucune logique, impression renforcée par une énorme ellipse narrative qui vient semer la confusion. Kurt Wimmer peut être fier de lui, il a encore pondu un scénario débile, peut-être le plus débile de l’été!

Néanmoins Salt est suffisamment rythmé pour qu’on ne trouve pas le temps long et grâce à ses trous béants le scénario est bien resserré, chose plutôt appréciable. Le tout est mis en scène sans grand talent ni grande originalité, empruntant un peu du style des uns et des autres sans le moindre moment de bravoure. Mais tout cela reste relativement efficace et ne tombe pas dans la bouillie d’un découpage trop cut pour qu’on puisse apprécier les cascades d’Angelina Jolie qui a tout fait toute seule comme une grande, ou presque. On le saura, Philip Noyce n’a d’yeux que pour elle et si elle est toujours aussi belle, Angelina ne montre pas grand chose de son talent d’actrice. Face à elle Liev Schreiber joue très bien le monolithe mais devrait songer à arrêter le botox, car il frôle l’inaudible dès qu’il ouvre la bouche. Dans tous les cas son personnage est traité par dessus la jambe de toute façon car Salt c’est le blockbuster d’action fait pour Angelina et rien d’autre!

[box_light]Avec son succès public garanti par la seule présence d’Angelina Jolie dans le rôle titre, Salt ne prend aucun risque et en paye irrémédiablement les conséquences. Souvent grotesque dans ses situations, affublé de raccourcis narratifs bidons et d’un twist final qui se fait griller dès l’introduction, le film entre sans trop de problème dans la liste des blockbusters estivaux sans âme et sans grande qualité. D’Angelina on retiendra plus la performance physique que la prestation d’actrice et du film en lui-même on ne verra que la pâle copie foirée d’un Jason Bourne sous œstrogènes. Pas nul, pas ennuyeux mais définitivement très oubliable grâce à son intrigue en carton.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Evelyn Salt est sans aucun doute l’un des meilleurs agents que la CIA ait jamais comptés dans ses rangs. Pourtant, lorsque la jeune femme est accusée d’être une espionne au service de la Russie, elle doit fuir. Evelyn Salt va faire appel à sa remarquable expertise pour échapper à ceux qui la traquent, y compris dans son propre camp. En cherchant à percer le secret de ceux qui la visent, Salt va brouiller toutes les pistes. Est-elle vraiment ce qu’elle prétend ? Désormais, une seule question se pose : qui est Salt ?