Rock Forever (Adam Shankman, 2012)

de le 25/06/2012
 
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Il avait l’air si bien ce Rock Forever. Pas vraiment sur le papier, mais le peu de promo autour de Tom Cruise en star du rock chevelue annonçait un film irrésistible. Adaptation de la comédie musicale Rock of Ages de Chris D’Arienzo en reprenant plus ou moins la structure et la plupart des morceaux musicaux, Rock Forever séduisait beaucoup moins en se penchant un peu sur l’équipe chargée de l’adaptation. Et en particulier du côté d’Adam Shankman, réalisateur de chefs d’œuvres tels que Bronx à Bel Air , Treize à la douzaine 2 ou du minable remake d’Hairspray. Hasard des calendriers, un certain Stanley Donen, maître Yoda de la comédie musicale, expliquait quelques jours avant la présentation du film en quoi son activité de danseur avait toujours influencé sa mise en scène pour lui imprimer un mouvement, comment ce cinéma musical était pensé. Pas de chance pour Adam Shankman, chorégraphe de profession, et qui aurait mieux fait de suivre ce genre de conseil tant Rock Forever est un ratage intégral qui ne tient la route que pour ses seconds rôles savoureux et sa playlist implacable. Car pour l’esprit rock on se situe à peu près au niveau de Glee ou High School Musical, références du genre comme tout le monde le sait si bien.

Rock Forever c’est un peu Glee, pour la tonalité, qui rencontre Showgirls, pour le récit. Principalement, il s’agit d’une romance bébête entre deux wannabe chanteurs qui semblent tout droit sortis d’une production Disney et qui vont faire l’amère expérience de la vie à Hollywood. Avec un script à la trame principale aussi peu originale, accompagnée d’un récit secondaire sur le crépuscule du rock à travers un établissement légendaire en plein déclin financier, et tout aussi commun, il était nécessaire de dynamiter Rock Forever avec un traitement inédit. Pas de chance, Adam Shankman n’est pas vraiment l’homme de la situation et se contente du strict minimum possible pour illustrer tout ça. Dès les premiers numéros musicaux, la faiblesse de l’ensemble enterre tout espoir. Il ne suffit pas de sortir tout un répertoire de hard/glam rock, de Bon Jovi à Scorpions en passant par Poison et Foreigner, interprété par le duo d’acteurs le plus fadasse qu’Hollywood a pu pondre depuis des années, pour créer une émulsion communicative. Avec son rythme paresseux, Rock Forever se subit assez rapidement, plombé par la profusion de séquences mélo-gnan-gnan incroyablement mal interprétées et mises en scène. L’esprit rock, on le cherche encore. Surtout quand tout cela nous mène vers un final porté par le Don’t stop believin’ de Journey, presque aussi rock n’ roll que la Merguez Partie des Musclés. Rock Forever manque d’ampleur, de crasse et de sueur, se contentant d’aligner toute une série de seconds rôles incroyables mais pour pas grand chose. Cousu de fil blanc et sans aucune surprise, si l’on excepte quelques caméos savoureux, le film déroule son canevas faisandé avec la grâce et la finesse d’un boxeur poids lourd dansant un ballet de Tchaïkovski, soulignant au marqueur qui bave la moindre petite émotion qui s’en retrouve anéantie. Sans compter qu’Adam Shankman filme le tout avec une ringardise qui fait froid dans le dos, accouchant d’un film qui ressemble à s’y méprendre à un vieux clip bas de gamme des années 80, avec des surimpressions cheaps et une construction de ses plans extrêmement pauvre. La preuve avec les scènes de concert qui ne parviennent à rien capter de la prétendue ivresse à laquelle on veut nous faire croire, ou encore cette séquence surréaliste tant elle est ratée, avec le couple vedette sous les lettre géantes d’Hollywood. Mais finalement, le gros du problème se situe dans le fait qu’entre les prestations en roue libre et clairement jubilatoires des seconds rôles, il ne se passe rien de bien excitant à l’écran, et l’interprétation vocale du duo tout aussi limitée que leur jeu d’acteurs n’aide pas vraiment à créer une quelconque empathie.

Mais il y a Tom Cruise. Et sa prestation à elle-seule vaudrait presque le prix du ticket de cinéma. Impressionnant en star du rock aux costumes outranciers et au comportement de diva trash, l’acteur s’en donne à cœur joie et, surprise, chante royalement. Il n’est pas le seul à provoquer l’euphorie tant le duo surréaliste entre Alec Baldwin et Russell Brand fait également des étincelles, tout comme Paul Giamatti, irrésistible en impresario à moustache et petite que de rat, ou Catherine Zeta-Jones, très drôle avec son balai dans le fondement. Malheureusement, ils ne sont que des éléments annexes au film, même si Tom Cruise vampirise le tout, et ils ne sauvent Rock Forever ni de l’ennui, ni de la médiocrité. Adam Shankman n’a visiblement pas saisi le concept d’une comédie musicale au cinéma. Il lui manque le souffle, le mouvement, la rythmique, tout ce qui peut transcender un récit faiblard en un spectacle ébouriffant. Dommage, et pour sentir l’esprit du rock devant un film, autant se (re)faire une session Rock Academy, The Rocky Horror Picture Show, Spinal Tap et Tenacious D in : The Pick of Destiny. Ceux-là ont su y faire…

FICHE FILM
 
Synopsis

Sherrie, jeune provinciale, rencontre Drew, garçon de la ville, sur le Sunset Strip, alors qu'ils tentent de percer à Hollywood. "Rock Forever" raconte leur histoire d'amour à travers les tubes de Def Leppard, Foreigner, Journey, Poison, REO Speedwagon, et Twisted Sister...