Robot and Frank (Jake Schreier, 2012)

de le 02/09/2012
 
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Plongée dans le grand bain du long métrage, de la science-fiction et du drame du troisième âge, Robot and Frank est un premier film classique et touchant qui marque la naissance d’un couple de cinéma inattendu devant la caméra. Derrière également avec Christopher D. Ford au scénario et Jake Schreier à la réalisation, des quasi débutants qui portent avec brio cette fable toute en simplicité et donnent à Frank Langella un rôle principal surprenant.

Moon ou Eva en sont les dernières preuves en date, la science-fiction passionne toujours autant les auteurs au cinéma capables de la traiter sur un mode minimaliste. Parler de la société de demain sans pour autant dépenser des millions, voilà tout l’enjeu. C’est dans cette mouvance que s’inscrit Robot and Frank, premier film de Jake Schreier ((dont on peut voir un court métrage avec son scénariste Christopher Ford ici)) qui avait charmé le festival de Sundance par sa simplicité et sa justesse de ton. Robot and Frank prend ce postulat de SF – un vieux monsieur est assisté par un robot – comme background pour développer une fable entre le drame léger et la comédie d’action au ralenti, cherchant quelque peu le cœur de son propos mais s’affranchissant d’un genre balisé. À l’arrivée le film ne bouleversera pas les esprits mais impose sa forme de légèreté comme une alternative intéressante pour traiter des sujets de fonds aussi fondamentaux que la vieillesse, la peur de la technologie ou la famille. Dommage que quelques gros clichés et raccourcis viennent parasiter l’ensemble qui perd ainsi de sa puissance.

Le problème majeur est que Robot and Frank n’assume pas totalement ses choix. Ainsi on nous prône pendant tout le film un discours sur l’importance de la technologie pour l’assistance des personnes âgées, afin de leur permettre de garder une certaine forme d’indépendance, sauf qu’au final on nous sert dans le dernier acte le bon vieux discours conservateur sur l’importance de la cellule familiale autour du patriarche. Et ce à grands coups de montées mélodramatiques pas vraiment dans le mouvement de sobriété du film. C’est un peu tout le problème du film qui est en permanence tiré entre des visions radicalement opposées. D’un côté la fable d’anticipation, de l’autre la mise en place du casse du siècle dans la tête du vieux Frank. D’un côté un drôle de jeu de séduction gériatrique, de l’autre une réflexion sur la présence de la technologie dans le quotidien. Robot and Frank est un film qu se cherche et qui développe quelques magnifiques idées. Pas grand chose sur la robotique car il apparait très clairement et très rapidement que ce robot là n’est qu’un outil que Frank pourra manipuler à loisir, mais une réflexion de fond sur la culture et sa destruction au profit e la consommation. Il ne s’agit pas là de la thèse principale du film mais en mettant le livre et son traitement au centre d’une intrigue du film permet de porter un regard là encore conservateur mais non dénué de sens sur ce que la technologie peut venir ruiner chez l’humain et dans les bibliothèques. Toutefois, le propos central n’est pas là et vise plutôt le choc des générations ainsi que la maladie d’Alzheimer. Un vieil homme aigri qui hérite d’un assistant représentant la dernière évolution technologique en terme de robot, difficile de faire un choc plus important. Et il est vrai que le déroulement du récit qui passe du rejet total à une acceptation virant à une véritable complicité, puis un besoin vital, s’avère très émouvant. Plus encore quand le cœur du film se trouve être la solitude de la vieillesse et la maladie. Pas toujours très fin, et notamment à cause d’un twist assez con, Robot and Frank est pourtant un film lucide sur ces maux qu’il traite avec une grande justesse. Et il en est d’autant plus touchant.

Tantôt rigolo, tantôt pathétique, Frank est l’atout majeur de ce film. Et c’est bien grâce au talent incroyable de Frank Langella que Robot and Frank tient la route. À la fois fatigué par la vie et malicieux, espiègle et colérique, romantique et aigri, l’acteur développe des nuances de jeu qui apportent le réalisme nécessaire à ce récit d’anticipation. En effet, tout y est à peu près crédible et en particulier ce robot qui n’est pas très éloigné des dernières avancées technologiques au Japon. Par ailleurs cette quête de réalisme se prête plutôt bien au jeu d’un certain minimalisme inhérent au film. Frank Langella trouve pas mal de répondant face à lui, et notamment grâce à une Susan Sarandon toujours aussi lumineuse. James Marsden et Liv Tyler assurent dans la peau de ses enfants mais ce sont leurs rôles respectifs qui posent problème. En effet ils sont à plusieurs reprises dans la caricature au niveau de leur opposition. Tout pour la technologie ou tout contre, avec tellement peu de nuance que cela pose un vrai soucis. Reste que Robot and Frank est suffisamment efficace dans l’exercice de la fable teintée de réalisme pour qu’on puisse s’en accommoder, et qu’on se laisse prendre au jeu de ce vieux monsieur qui se sent pousser des ailes grâce à son assistant de métal. Rien de bien révolutionnaire non plus concernant la mise en scène, Jake Schreier abordant son premier film dans un style de film indépendant reconnaissable entre mille et devenu une sorte de norme, avec son découpage classique et sa longue focale, une grammaire sans audace mais qui assure un résultat toujours propre et calibré pour Sundance. Dommage que le film ne pose pas de questions de fond sur l’avancée de la robotique et les rapports entre l’homme et la machine, mais la fable humaniste qu’il leur préfère fonctionne tout de même sans gros écueils. À voir donc, ne serait-ce que son beau numéro d’acteur.

FICHE FILM
 
Synopsis

Dans un futur proche. Frank, gentleman cambrioleur à la mémoire fragile, vit en vieux solitaire grincheux jusqu'au jour où son fils lui impose un nouveau colocataire : un robot ! Chargé de s'occuper de lui, celui-ci va bouleverser la vie du vieil ours. Frank va nouer une vraie relation avec son robot jusqu'à mettre au point un braquage des plus inattendus. Robot & Frank : le tandem le plus improbable de l'année.