Robin des Bois (Ridley Scott, 2010)

de le 25/05/2010
 
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Il est un de ces quelques mythes européens tellement abordés par divers courants artistiques qu’il est ancré dans nos consciences collectives à tel point qu’on ne sait plus s’il a vraiment existé ou s’il n’est qu’une légende. Était-il un guerrier, un bandit ou un héros révolutionnaire? Les divers personnages gravitant autour de lui étaient-ils bons ou mauvais? Actifs ou passifs? Selon les époques la légende a changé afin de coller à un contexte contemporain. Au cinéma on se souvient de ses collants verts portés par Douglas Fairbanks puis par Errol Flynn 10 ans plus tard dans des films devenus des classiques intemporels de l’aventure. On se souvient également de l’adaptation brillante par Walt Disney, de son incarnation par Sean Connery dans la Rose et la Flèche ou encore de Kevin Costner en mode publicité pour L’oréal dans le film de Kevin Reynolds. Mais le seul à avoir vraiment dynamité le mythe reste Mel Brooks avec un Sacré Robin des Bois absurde et à mourir de rire, et que Ridley Scott tient ironiquement comme seule adaptation valable. C’est dans cette idée de reconstruire la légende qu’est né le nouveau film du réalisateur anglais qui n’a plus rien à prouver, si ce n’est pour montrer qu’il tient toujours la forme et qu’aucun autre réalisateur au monde n’est capable d’assumer des fresques historiques de cette envergure. Après avoir fait renaitre la Rome antique (et le péplum par la même occasion) avec Gladiator, puis le moyen-âge dans le majestueux et dense Kingdom of Heaven (un petit chef d’oeuvre dans sa version director’s cut, la seule qui devrait exister), le voilà qui s’attaque au retour des croisades anglaises à la fin du XIIème siècle. Et il ne fait aucun doute qu’il maitrise à fond le genre qu’il aborde.

Pour couper court au suspense insoutenable, Robin des Bois par Ridley Scott est un bon film, un très bon film même. On pourrait presque aller jusqu’à dire que c’est le meilleur traitant du sujet, s’il traitait ce sujet. Car s’il y a un fait indéniable c’est que ce film ne devrait pas s’appeler Robin des Bois! Il s’agit clairement d’une sorte de prequel à la légende de Robin. Mais c’est surtout un film dont on sent un potentiel gigantesque dans le scénario, marqué de fulgurances géniales mais qui a souffert des nombreuses modifications apportées. Il faut se souvenir qu’au départ, le scénario de Brian Helgeland s’appelait Nottingham, que Russel Crowe devait incarner à la fois Robin ET le shériff de Nottingham, et que les producteurs frileux ont massacré cette idée de départ un peu folle. Mais il en reste le principal, l’âme profonde, et à ce niveau Robin des Bois bénéficie d’un très grand scénario, incroyablement ambitieux pour ce genre de superproduction.

Intelligemment, Ridley Scott se ré-approprie complètement l’histoire, en propose une relecture originale et amusante, apporte des modifications majeures qui servent de base (d’excuse) pour développer son récit qui ne correspond finalement en rien à ce qu’on pouvait attendre ou craindre. Alors oui on retrouve bien entendu certains aspects de Gladiator dont le spectre est présent derrière chaque image de Russel Crowe qui reprend un rôle de rebelle contre le pouvoir, de leader naturel au charisme hallucinant. Mais ce serait une grave erreur que de n’y voir que cela. En effet, armé de ce scénario dense et complexe, aux innombrables niveaux de lecture, le réalisateur nous livre non seulement le portrait d’un homme mais aussi l’état des lieux d’une époque. l’Angleterre tremble sur ses bases, les notions d’honneur et de vaillance vacillent au profit de la petite gloire et de la manipulation des peuples. Robin n’est finalement pas tant un rebelle cherchant la révolution, même s’il glisse peu à peu vers cet aspect. Il est plus un homme qui ne sacrifiera jamais ses valeurs, ses idéaux de justice et sa fidélité. Certains éléments ont beau être légèrement téléphonés afin de coller au final qui annonce la légende telle qu’on la connait, ce récit qui touche autant l’aventure que le pensum politique est tout simplement brillant.

Par son traitement qui refuse tout aspect romanesque et qui prend à contre-pied les attentes du public, Robin des Bois, à la manière d’un autre grand film historique mal-aimé, Alexandre d’Oliver Stone, surprend par son engagement. On aimera ou pas, peu importe, mais le jusqu’au-boutisme de Ridley Scott est à saluer, au même titre que sa mise en scène virtuose. Le film est sale, poisseux, violent, à la limite barbare. Avec son dispositif de réalisation qui permet de couvrir l’action sans le moindre angle mort, le réalisateur nous plonge au coeur de l’Angleterre et de ses batailles. Il en fallait du talent pour tenir le spectateur en haleine sur les quelques 2h20 du long-métrage, le résultat est à la hauteur de la réputation du bonhomme qui semble avoir trouvé un nouveau souffle depuis quelques temps (il a tout de même enchainé Mensonges d’Etat et American Gangster juste avant). Son secret c’est de réussir à rendre passionnantes les sous-intrigues de pouvoir et de trouver en dehors un véritable souffle épique, celui des grandes fresques hollywoodiennes. Pour cela, il faut dire qu’il est bien appuyé par la belle composition de Marc Streitenfeld qui sait se montrer discrète pour ensuite prendre de l’ampleur.

Le choix de Russel Crowe dans le rôle de Robin a fait jaser, comme si le réalisateur n’était plus capable de bosser avec un autre acteur. Les mauvaises langues n’ont qu’à ravaler leur venin, il est d’une justesse remarquable, imposant sa présence physique qui tient du magnétisme pur, sa violence, mais plus surprenant, une sorte de délicatesse qu’on ne lui connaissait pas. En cela il s’éloigne complètement de son rôle de Maximus. À ses côtés Cate Blanchett impressionne en livrant une Marianne toute en retenue avant de se dévoiler comme femme forte dans un final éprouvant qui nous rappelle pourquoi l’Angleterre n’a jamais été envahie. Les seconds rôles sont tous excellents, de l’immense Max von Sidow une fois de plus impérial à Mark Strong toujours efficace en bad guy, sans oublier les toujours impeccables William Hurt, Oscar Isaac et Danny Huston qui donnent tous corps à ce portrait barbare. On en attendait un monument d’action, Ridley Scott nous sert en lieu et place un grand film politique qui joue avec l’histoire et les frustrations du public envers des personnages qu’il connait par coeur. S’il n’évite pas quelques maladresses et facilités, il livre un de ces films passionnants qui ne peuvent que diviser par des choix risqués mais qui contient suffisamment de matière et d’éléments géniaux pour traverser l’histoire.

FICHE FILM
 
Synopsis

À l’aube du treizième siècle, Robin Longstride, humble archer au service de la Couronne d’Angleterre, assiste, en Normandie, à la mort de son monarque, Richard Coeur de Lion, tout juste rentré de la Troisième Croisade et venu défendre son royaume contre les Français. De retour en Angleterre et alors que le prince Jean, frère cadet de Richard et aussi inepte à gouverner qu’obnubilé par son enrichissement personnel, prend possession du trône, Robin se rend à Nottingham où il découvre l’étendue de la corruption qui ronge son pays. Il se heurte au despotique shérif du comté, mais trouve une alliée et une amante en la personne de la belle et impétueuse Lady Marianne, qui avait quelques raisons de douter des motifs et de l’identité de ce croisé venu des bois. Robin entre en résistance et rallie à sa cause une petite bande de maraudeurs dont les prouesses de combat n’ont d’égal que le goût pour les plaisirs de la vie. Ensemble, ils vont s'efforcer de soulager un peuple opprimé et pressuré sans merci, de ramener la justice en Angleterre et de restaurer la gloire d'un royaume menacé par la guerre civile. Brigand pour les uns, héros pour les autres, la légende de "Robin des bois" est née.