Rio (Carlos Saldanha, 2011)

de le 10/04/2011
 
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Difficile de se faire une place dans l’animation quand les mastodontes Pixar et Dreamworks se partagent la part du gâteau. Avec le rafraîchissant (et pas seulement pour l’ère glaciaire) l’Age de glace, les studios Blue Sky semblaient avoir trouvé une solution. Une idée surexploitée sur 3 films, plus des essais partiellement convaincants en dehors de la franchise avec Robots et Horton. Après la glace, place au soleil et à Rio. Le Brésil, de la samba, des oiseaux bleus qui parlent, la recette reste plus ou moins la même et le nouveau film de Carlos Saldanha s’impose immédiatement comme un petit film sans grande ambition mais encore une fois des plus plaisants. On est loin des films adultes de Pixar ou des blockbusters de Dreamworks, on est très loin de la réussite fulgurante de la merveille Rango, on est plus dans de l’animation moyenne adressée essentiellement aux enfants qui, quoi qu’on en dise, auront toujours besoin d’une gentille morale. Rio c’est ça: une jolie petite histoire plutôt bien emballée mais sans génie, et qui ne va jamais beaucoup plus loin que le divertissement quelconque et oubliable.

Rio n’a rien de mauvais, attention. C’est simplement que ce film d’animation mignon tout plein n’apporte que peu d’originalité à la masse de films animés et ressemble un peu trop à un produit hyper calibré, presque trop pour être tout à fait honnête. Le Brésil est une de ces nouvelles mines d’or et c’est une manœuvre plutôt habile que de l’utiliser comme décor ici. Mais avec le regard d’un jeune enfant, ces choses-là n’existent pas. Et il est clair que Rio s’adresse avant tout à eux, tant le film reste très premier degré, ne se prêtant à aucune véritable réflexion. C’est même assez basique : une aventure toute simple qui va suivre un perroquet bleu domestique ne sachant pas voler dans sa quête. Sa quête c’est d’apprendre à voler, de rencontrer l’amour et s’émanciper. Rien de bien nouveau là-dedans, on pense d’ailleurs beaucoup à Madagascar des studios DreamWorks au niveau du message général. Le fait est que c’est bien beau mais tout de même assez niais au final. Qu’un oiseau soit plus heureux dans son milieu naturel que dans une cage, Pierre Perret le chantait déjà il y a bien longtemps et il faut avouer qu’aujourd’hui nous sommes en droit d’attendre d’un film d’animation qu’il s’adresse à ses spectateurs, jeunes ou moins jeunes, autrement que comme à des benêts.

Quoi qu’il en soit, Rio reste un film de divertissement plutôt plaisant, pris au premier degré. C’est coloré, assez beau (dans un style tout à fait différent des concurrents) mais surtout bien rythmé. Pour l’apprécier il faudra passer outre les (trop) nombreuses chansons qui ne s’intègrent pas toutes dans l’esprit festif brésilien, composées par Will.i.am dans une logique marketing bien trop évidente. Alors heureusement on se délectera de quelques séquences enlevées et portées par les rythmes effrénés de la samba, mais globalement Rio manque de folie. Sage, trop sage pour retranscrire l’esprit du Brésil. Et ce ne sont pas les quelques clins d’oeils et clichés amusants qui apportent quoi que ce soit, des favelas à la plage en passant par le beach-volley et le football. Les animaux qui parlent sont devenus tellement communs qu’il faut à tout prix les traiter avec originalité pour aboutir à un résultat intéressant, ce qui n’est pas le cas ici.

On se console comme on peut. Avec des personnages secondaires pour la plupart très amusants, même si là encore l’originalité n’est pas nécessairement de mise. Entre le bouledogue baveur et tous les oiseaux multicolores, il y a de quoi faire, d’autant plus que le casting de voix est lui très réussi, avec une mention spéciale pour Jesse Eisenberg dont le phrasé hystérique apporte toute la névrose nécessaire au héros. Il manque également le regard d’un véritable cinéaste pour sublimer un récit si terre-à-terre. Carlos Saldanha livre le minimum, une mise en scène un peu pataude ponctuée de tours de force et moments de grâce, notamment le temps d’un voyage en deltaplane ou pendant une course-poursuite dans les toutes petites rues de Rio. Sans oublier la parade du carnaval. En ces rares occasion, l’esprit de cette ville apparaît miraculeusement, laissant transparaître ce qu’aurait pu/du être Rio. Au final c’est un petit film sympathique, loin d’être honteux, mais qui ne tient pas la comparaison face aux ténors de l’animation.

[box_light]Annoncé comme le regard nostalgique d’un jeune réalisateur sur ses origines, Rio n’est finalement qu’un film d’animation assez mineur. Plaisant et frais à défaut d’être passionnant, ne développant aucune réflexion, se focalisant sur un public le plus jeune possible par son humour basique et son 1er degré décevant, on assiste presque à une régression. Rio est beau, coloré et rythmé, doublé de dialogues parfois brillants, mais au final c’est un divertissement tout juste moyen, très oubliable. Ceci dit, la belle et gentille morale, très basique également, emportera sans aucun doute les plus petits.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Blu, un perroquet bleu d’une espèce très rare, quitte sa petite ville sous la neige et le confort de sa cage pour s’aventurer au cœur des merveilles exotiques de Rio de Janeiro. Sachant qu’il n’a jamais appris à voler, l’aventure grandiose qui l’attend au Brésil va lui faire perdre quelques plumes ! Heureusement, ses nouveaux amis hauts en couleurs sont prêts à tout pour réveiller le héros qui est en lui, et lui faire découvrir tout le sens de l’expression « prendre son envol ».