Rien à déclarer (Dany Boon, 2010)

de le 06/02/2011
 
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Le simple fait de faire du cinéma populaire (genre grotesque inventé pour les films pas tops mais qui cartonnent au box-office) est-il finalement l’excuse ultime pour faire n’importe quoi et utiliser les manœuvres les plus dégueulasses tout en la mettant bien profond à un public qui oublie de réfléchir? On peut sérieusement se poser la question à la vision des deux films de Dany Boon, le méprisable (mais vraiment, ceci n’est pas une posture faussement anti-conformiste à deux balles, le film est atrocement mauvais) Bienvenue chez les ch’tis et ce Rien à déclarer qui porte décidément très bien son titre. Ces deux films reposent exactement sur la même recette foireuse, à tel tel point qu’on a souvent la facheuse sensation d’assister à un remake où Kad Merad se voit remplacé par Benoît Poelvoorde, le nord de la France par la Belgique et les facteurs par des douaniers. Entre les deux films une différence de taille tout de même, la tendresse. On pouvait reprocher tous les défauts du monde à Bienvenue chez les ch’tis, et ils sont nombreux, le film avait au moins le mérite de développer des personnages attachants. Ici pas du tout, et ce qu’il perd en tendresse il le compense en humour gras et raciste. Car une fois de plus ce cher Dany Boon, qui nous faisait pourtant rire à une époque, s’est tellement mis en tête de dénoncer un racisme qu’il doit être le seul à voir et de devoir s’investir du rôle de porte-étendard de la tolérance, qu’il nous agace. Il ne nous fait que trop peu rire, il ne provoque aucune autre émotion que l’énervement, il nous ennuie et on croise les doigts pour que le public ne le suive pas cette fois.

Après avoir inventé la peur du ch’ti il y a deux ans seulement, le voilà cette fois qui se fantasme une haine féroce entre français et belges. Après tout quoi de mieux pour se poser en chevalier blanc qui réprimande le racisme et prône la paix entre les peuple? Sauf qu’il ne faudrait tout de même pas prendre les gens pour des imbéciles! Ceci dit, Dany Boon semble pourtant avoir tapé juste quand on voit que son navet de 2008 a fait plus de 20 millions d’entrées… de là à dire que le public français est un public peu regardant il n’y a qu’un pas. Car la manipulation est tellement évidente, tellement dégueulasse et sournoise, qu’elle forcerait presque le respect. Mais pour en revenir à Rien à déclarer, c’est bien simple, la trame narrative joue la carte du « ça n’a rien à voir avec le film précédent » tout en recyclant plus ou moins la même chose. Dany Boon y ajoute une vague intrigue de trafic de drogue qui culmine dans une scène aussi absurde qu’inutilement longue pendant laquelle le pauvre passeur doit s’enfiler des sachets de cocaïne dans le cul; on admire la finesse.

On retrouve une vague histoire d’amour débile à laquelle on ne croit pas une seconde, des blagues belges qui ne font rire personne, des clichés ambulants qui irritent plus qu’ils n’amusent (mais étant donné que le discours final est une ode à la tolérance, on y verra surement un détournement intelligent) et des idées absolument grotesques. Dany Boon trouve une belle inspiration dans un autre chef d’oeuvre populaire, Taxi, et invente la 4L tuning, il tente honteusement de reprendre des gags éculés de l’époque Bourvil/De Funès, et pousse à l’extrême sa peinture du belge raciste, à tel point qu’il fait de ce personnage (celui de Benoît Poelvoorde) un connard auquel on ne peut jamais s’attacher. C’est bien simple, à moins d’être réceptif à un humour de bas étage, avec à la clef quelques ressorts comiques qui peuvent faire mouche, ou d’être fanatique de certains seconds rôles, on ne rigole encore pas beaucoup chez Dany. Mais le pire dans tout ça, c’est que le machin dure presque deux heures, et c’est beaucoup pour ce genre de ratage écrit par un scénariste incapable de faire naître quoi que ce soit de véritablement intéressant. Ce scénariste c’est Dany Boon ne l’oublions pas.

Depuis le déjà assez minable La Maison du bonheur, Dany Boon s’est mis en tête qu’il était réalisateur de cinéma, sans qu’on sache trop pourquoi. À la vision de Rien à déclarer on se pose encore la question. Car s’il est clair, et ça se voit à l’écran, qu’il a bénéficié d’un budget assez confortable, le bonhomme n’a toujours pas pris de leçons de mise en scène et se tente à des effets de style d’un style qu’on qualifiera poliment de douteux. Des jeux de ralentis qui déclenchent un rire moqueur, des course-poursuite dignes d’une sitcom (ah, il n’y a pas de course-poursuites dans les sitcoms, ça doit être pour ça) mais Dany Boon est tout simplement incapable de composer un cadre, voire de maintenir une mise au point, ce qui engendre des images parfois carrément dégueulasses. Bref, en plus d’être mal écrit et pas particulièrement drôle, Rien à déclarer est plutôt moche. Et pour ne rien gâcher à la fête, mis à part Karin Viard, François Damiens et Bouli Lanners qui font ce qu’ils peuvent pour maintenir leurs personnages à flot, le duo d’acteurs principaux s’écroule en quelques minutes. Dany Boon est tout simplement transparent, écrasé derrière un Benoît Poelvoorde qui en fait des caisses. Trop, vraiment trop, la beaufitude a des limites qui sont largement dépassées ici, tout comme la caricature.

[box_light]Rien à déclarer? Circulez, y’a rien à voir. C’est nul, beauf, chiant, mal écrit, mal joué, mal réalisé. C’est du cinéma qui se dit populaire mais qui prend le public pour des cons d’un bout à l’autre. S’il n’y avait pas quelques seconds rôles savoureux malgré leurs personnages lamentables…[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

1er janvier 1993 : passage à l’Europe. Deux douaniers, l’un belge, l’autre français, apprennent la disparition prochaine de leur poste frontière situé dans la commune de Courquain France et Koorkin Belgique. Francophobe de père en fils et douanier belge trop zélé, Ruben Vandevoorde (Benoît Poelvoorde) se voit contraint et forcé d’inaugurer la première brigade volante mixte franco-belge. Son collègue français, Mathias Ducatel (Dany Boon), considéré par Ruben comme son ennemi de toujours, est secrètement amoureux de sa soeur. Il surprend tout le monde en acceptant de devenir le co-équipier de Vandevoorde et sillonner avec lui les routes de campagnes frontalières à bord d’une 4L d’interception des douanes internationales.