Rhum Express (Bruce Robinson, 2011)

de le 01/12/2011
 
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Il aura suffi d’un rôle, fondamental, celui de Raoul Duke dans Las vegas Parano de Terry Gilliam, pour que Johnny Depp se sente investi d’une mission divine envers la mémoire du grand Hunter S. Thompson. Il s’était déjà plus ou moins investi dans l’excellent documentaire Gonzo: The Life and Work of Dr. Hunter S. Thompson, il remet ça en produisant Rhum Express, nouvelle adaptation d’un des romans du plus gonzo des journalistes. Une nouvelle fois il va se glisser dans la peau d’un personnage de Thompson et donc un peu de l’auteur également, adepte des alter-égos. Vendu sur une prétendue filiation avec Las Vegas Parano, Rhum Express déçoit énormément. À la mise en scène peu inspirée on retrouve Bruce Robinson, scénariste de deux films de Roland Joffé à l’époque où il faisait des bons films (La Déchirure et Les maîtres de l’ombre) et qui n’était plus passé derrière la caméra depuis Jennifer 8 il y a bientôt 20 ans. Autant dire que le bonhomme est plutôt rouillé et que les deux heures de Rhum Express pèsent bien lourd.

Difficile de définir précisément Rhum Express. Entre comédie pas très drôle, drame aux enjeux nuls et romance autiste, Bruce Robinson ne sait clairement pas où il veut aller. Du voyage de cet écrivain alcoolique à la recherche d’inspiration il peine à capter un véritable but. Rhum Express prend rapidement la forme d’une aventure immobile dans un Porto Rico ne ressemblant en rien à une carte postale, un road-movie qui fait du surplace à la rencontre d’une multitude de personnages hauts en couleurs et transpirant le rhum par tous les pores, un conte initiatique au ralenti qui ne trouve jamais son rythme. Avec sa durée de deux heures et son absence d’enjeux dramatiques clairs, Rhum Express peut se vivre comme une épreuve dont on ne retient pas grand chose à l’arrivée. Dans un sens, cela correspond plutôt bien au niveau de l’identification au héros qui vit une expérience de déphasage total avec la réalité, bourré du matin au soir et du soir au matin, mais qui se prend en pleine gueule tous les effets de l’alcool. Mais dans les faits, on s’ennuie un peu sur notre siège devant l’absence de spectacle, un refus permanent du spectaculaire ou de la folie visuelle. La comparaison avec Gilliam fait tellement mal qu’il vaut mieux ne pas y penser, car on a beau assister au même gros bordel scénaristique, Rhum Express passant sans crier gare d’une intrigue politico-financière à une histoire d’adultère sans aucun rapport, ça ne mène à rien de précis et le film passe tel un doux rêve parcouru de quelques fulgurances. Rien d’autre que des visions sporadiques du film qu’il aurait pu/du être.

Bruce Robinson réussit toutefois un certain nombres de choses qui donnent un charme succinct à Rhum Express. Notamment, et en grande partie grâce à Dariusz Wolski (chef opérateur reconnu pour ses travaux sur The Crow, Dark City ou encore les Pirates des Caraïbes, et qui éclairera le Prometheus de Ridley Scott), dans l’ambiance moite et imbibée d’alcool qu’il parvient à créer et à capter presque physiquement. Rhum Express est un film qui a plutôt de la gueule, à défaut de raconter quoi que ce soit d’intéressant. On retiendra d’ailleurs la belle prestation de Johnny Depp, d’une sobriété surprenante en abandonnant les tics développés depuis la création de Jack Sparrow, dominant un casting très bon dans son ensemble. Dans cette entreprise qui navigue à vue en plein brouillard, deux séquences sortent clairement du lot. La première est une scène de danse d’une sensualité folle (merci Amber Heard) superbement éclairée et montée, la seconde est la seule et unique scène de défonce. Pas folle dans ce qu’elle montre mais assez amusante et nous sortant d’une certaine torpeur. À vrai dire, on en attendait un peu plus qu’un film aussi pataud et sans aucun enjeux dramatique clair. Il a beau être signé à la mémoire de Hunter S. Thompson, Rhum Express n’en est pas tout à fait digne.

FICHE FILM
 
Synopsis

Lassé de sa vie new-yorkaise, Paul Kemp s’expatrie sur l’île paradisiaque de Porto Rico. Très vite, il adopte le rythme de la vie locale, fait de douceur de vivre et de beaucoup de rhum… Paul est engagé par un modeste journal local, le San Juan Star, dirigé par Lotterman. Il tombe aussi sous le charme de la très belle Chenault, une jeune femme fiancée à Sanderson, un homme d’affaires mouillé dans des contrats immobiliers douteux. Sanderson fait partie du nombre croissant d’entrepreneurs américains bien décidés à transformer la magnifique île en un paradis capitaliste réservé aux riches. Lorsque Kemp est engagé par Sanderson pour écrire un article élogieux sur son dernier plan véreux, il se retrouve face à un vrai choix : soit il met sa plume au service de cet homme d’affaires corrompu, soit il dénonce tout et révèle les trafics sordides. Sur l’île et ailleurs, son choix va faire des vagues…