Revenge: A Love Story (Wong Ching-Po, 2010)

de le 10/09/2011
 
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Étrange Festival 2011 : Compétition Internationale.

Avec le puissant Dream Home, déjà présenté l’année dernière à l’Étrange Festival, l’actrice Josie Ho et sa toute jeune société de production 852 Films Ltd. a décidé de donner un coup de fouet à la catégorie III à Hong Kong, devenu le refuge des oeuvres non plus ultra violentes mais simplement irrespectueuses des institutions. Revenge: A Love Story s’inscrit dans ce même mouvement, sauf qu’à la place du petit génie Edmond Pang Ho-Cheung, c’est le mal-aimé Wong Ching-po qui s’y colle. Wong Ching-po c’est un ancien grand espoir qui a plutôt déçu, cherchant bien plus à montrer son savoir-faire technique qu’à s’occuper de réellement mettre en scène des histoires solides, refusant catégoriquement la notion de sobriété, ou  même d’une quelconque finesse. Avec ce thriller sauvage qui cherche la voie de la romance bizarre, il affûte ses outils et change assez clairement de registre et de style. Finie l’overdose de stylisation inutile avec à la place une volonté de faire du cinéma à la fois élégant et brutal, qui prend son temps pour illustrer l’atroce. Foncièrement casse-gueule dans sa démarche, Revenge: A Love Story possède de sérieux atouts pour convaincre, et notamment sa brutalité et son ambiance anxiogène, mais se vautre en symbolisme primaire alors qu’il aborde des thèmes passionnants.

Wong Ching-po et son scénariste Juno Mak, également acteur principal, vont prendre de sérieux risques tout le long en déconstruisant le récit pour le présenter sous forme d’actes s’ouvrant sur des cartons aux forts relents bibliques. C’est courageux mais c’est d’une maladresse incroyable. Tout simplement car jusqu’au dernier acte (les dix dernières minutes même) ces cartons n’ont aucun sens, et que même après leur symbolisme n’est pas très clair. Revenge: A Love Story se casse les dents dans son propos en faisant intervenir la religion et la notion de pardon comme acte de vengeance ultime. Alors que sur le papier cela pourrait être passionnant, à l’écran on frôle le ridicule. C’est ailleurs qu’il puise son charme, dans son jusqu’au-boutisme graphique en particulier. Mais également dans son mode de narration qui effectue une belle pirouette et inversion des rôles franchement intéressante et plutôt bien emmenée. Rien de nouveau dans ce procédé de présenter d’abord la victime sous forme de bourreau puis de renverser la situation mais ça fonctionne. Revenge: A Love Story c’est finalement un récit qui met en parallèle une romance simple et touchante entre deux autistes et une réflexion pas très fine sur la culpabilité et le pardon. Avec ses grands sabots, Wong Ching-po trouve des trésors d’inventivité pour verser dans le glauque ultime, n’hésitant pas dans la complaisance quand il s’agit de montrer un fœtus gisant sur un sol ensanglanté, des femmes enceintes éventrées ou un viol collectif dans une salle d’interrogatoire d’un commissariat. Revenge: A Love Story, malgré ses défauts assez clairs, ose beaucoup de choses dans l’irrévérence et l’ultra-violence et c’est là-dessus qu’il emporte le spectateur. Se moquant assez ouvertement de la censure imposée en Chine par les sujets qu’il aborde, et en particulier des flics pourris jusqu’à la moelle, le film se permet à peu près tout et sort de la ligne directrice du thriller pour plonger dans un pur revenge movie un peu bête et animal mais franchement efficace. Dans son dernier acte à la thématique maladroite, il va jusqu’à reprendre à son compte un sujet cher à un certain cinéma de genre aujourd’hui disparu, celui des Révoltés de l’an 2000, qu’il pousse encore un peu plus loin dans le coup de boule moral. Un film sec, volent, très noir, maladroit, mais qui fait plaisir par sa liberté de ton.

Construit autour de personnages qui se déshumanisent de plus en plus, ainsi que sur celui, terrifiant de complexité et de monstruosité incarné par le revenant Lau Wing (Anthony Lau, vu à l’époque dans pas mal de productions de la Shaw Brothers ou aux côtés de Bruce Lee), Revenge: A Love Story est une histoire d’amour déroutante, un thriller dégueulasse et un film de vengeance hardcore, le tout dans un mélange un peu foutraque, pas toujours très fin voire très con quand on lui applique la grille de lecture imposée en second degré par le sous-texte biblique (alors que sans les cartons de chapitres il n’est pas évident du tout à déceler). Mais la noirceur absolue de la chose, et la mise en scène complètement maîtrisée de Wong Ching-po qui prend son temps pour construire ses plans et ne charcute pas sauvagement ses séquences, créant un véritable rythme et une pression constante sur le spectateur, imposent le film comme un choc immédiat et assez douloureux. Reste qu’entre d’autres mains peut-être plus expertes, cela aurait pu être quelque chose d’immense et d’inoubliable. Mais ne boudons pas notre plaisir, on est plutôt servis en séquences hyper tendues et malsaines, en images chocs et en hémoglobine. C’est déjà pas mal.

FICHE FILM
 
Synopsis

Un tueur s’attaque aux femmes enceintes en les éventrant pour faire disparaitre le foetus. Les enquêteurs découvrent avec horreur que ces femmes étaient en fait les épouses de deux collègues. Les inspecteurs arrêtent un jeune homme de 23 ans et réalisent qu’il se venge pour une affaire ayant eu lieu six mois auparavant...