Retreat (Carl Tibbetts, 2011)

de le 27/11/2011
 
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PIFFF 2011 : Compétition

Une île, trois personnages, un virus et un jeune réalisateur. Voilà à quoi se résume Retreat, premier long métrage écrit et réalisé par Carl Tibbetts qui vient se frotter à un des fondamentaux du thriller et se paye le luxe d’un casting 3 étoiles pour l’occasion. On se demande encore ce qui a bien pu les pousser à accepter, et ce n’est certainement pas le chèque encaissé. Retreat c’est l’ombre malheureuse de grands films qui pèse pendant 90 minutes sur un essai sincère mais raté. Bien sur, comme annoncé, on pense au Couteau dans l’eau de Roman Polanski et à Bug de William Friedkin, chefs d’œuvres absolus. La comparaison ne fait pas que du bien à Retreat, qu’il serait juste de rapprocher également de Calme Blanc de Phillip Noyce. Des figures classiques, un décor fascinant, une application certaine mais un bon tiers des acteurs à la ramasse et un scénario extrêmement mal écrit, il n’en fallait pas plus pour faire du premier film de Carl Tibbetts un objet impersonnel et très oubliable, en plus de friser le ridicule à de trop nombreuses reprises.

L’ensemble est construit sur un concept bien (trop) connu, celui du couple en crise qui part s’isoler en espérant résoudre ses problèmes par le vide et qui va se ressouder par l’incursion d’un troisième élément perturbateur. La figure classique d’une idée de liberté extrême qu’il convient d’effleurer pour bâtir les limites de la sienne et donc son existence, c’est intéressant sauf que le sujet n’est là que comme prétexte pour un huis clos paranoïaque auquel il manque l’essentiel : une bonne dose de tension. Sur un sujet finalement assez proche, Retreat se pose comme l’anti-Take Shelter, on ne ressent ni folie, ni menace, ni grand chose si ce n’est un certain ennui. Pourtant les première minutes annonçaient quelque chose d’assez intéressant dans son approche avec une scène d’exposition qui nous présente les personnages et leur background à travers un texte que tape le personnage de Thandie Newton. Malheureusement par la suite les bonnes idées sont aux abonnés absents et on se retrouve avec un pale ersatz des films pré-cités, dans lequel les pistes les plus prometteuses sont avortées comme la lutte parallèle pour l’arme et pour la femme,le trouble affectif qu’induit un personnage non désiré ou encore la notion d’isolement poussée à priori à son paroxysme. En effet, non seulement ils sont sur une île dont il est impossible de s’échapper mais se retrouvent en plus barricadés dans leur maison de vacances. Carl Tibbetts n’exploite pas non plus le thème de la tension sexuelle naissante pour se concentrer sur la fascination que va exercer l’intrus sur le personnage masculin tellement caricatural dans un idéal de faiblesse qu’on ne ressent pas la moindre empathie à son égard. C’est bien d’un manque global de sensations qu’il est question, Retreat ne provoque rien si ce n’est quelques rires moqueurs dans sa résolution. Non pas que LA révélation soit ridicule, elle est même plutôt bien tentée, mais elle est accompagnée de mini-révélations et/ou explications de texte bien trop ringardes.

Le réalisateur s’avère incapable de gérer une ambiance oppressante et fait avorter chaque légère montée de pression pour aboutir sur un film bien fade. Et c’est bien dommage car il a quelques atouts de son côté avec une mise en scène assez propre à défaut de décoller la rétine par sa maîtrise, mais surtout deux acteurs à fort potentiel. Si Cillian Murphy s’en sort pas trop mal dans un personnage caricatural de mari soumis car il a fauté par le passé, Jamie Bell prouve une nouvelle fois qu’il a maintenant la carrure des grands rôles. Quelque part entre le Robert de Niro des Nerfs à Vif et Arno Frisch de Funny Games, il impressionne par ce qu’il développe à l’écran et qui germe lorsqu’il en sort. Nouvelle déception par contre pur Thandie Newton qui semble complètement à côté de ses pompes, héritant d’un personnage dont le comportement dans le dernier acte vire même au grand n’importe quoi répétitif quand elle se met en tête de braquer l’intrus avec son fusil. Dommage également que l’idée d’un patient 0 d’une pandémie relâché en pleine nature ne soit pas plus développée que ça, comme s’il n’y avait rien de bien intéressant à creuser sur le sujet. Retreat c’est un peu la douche froide, le film qui ressemblait de loin à une éventuelle bonne surprise et qui au final n’a pas grand chose pour lui, et ce malgré ce plan final aussi outrancier que véritablement surprenant.

FICHE FILM
 
Synopsis

Afin de se retrouver après une dure épreuve, Kate et Martin se retirent sur une île déserte. Le couple voit sa tranquillité menacée par l'arrivée d'un militaire blessé. Cet homme prétend qu'une pandémie a décimé la majorité de la population et qu'ils sont les rares survivants. Isolés sur cette île, sans électricité, ni moyens de communication, ils vont rapidement se faire prendre en otage par cet inconnu qui tente de s'immiscer dans leur couple.