Restless (Gus Van Sant, 2011)

de le 13/05/2011
 
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Il semblerait que Gus Van Sant confirme, après Harvey Milk, qu’il soit sorti de sa période expérimentale pour revenir à un cinéma mainstream beaucoup moins ambitieux. On ne va pas le lui reprocher vu qu’il fait ça mieux que beaucoup d’autres mais il est clair que c’est la partie la moins intéressante, cinématographiquement parlant, de sa carrière. Avec Restless, en ouverture de la sélection Un Certain Regard et précédé d’une réputation plus que flatteuse, il flirte à nouveau avec ce cinéma là, à travers le prisme de la comédie dramatique indépendante. Si au final il ne s’agit clairement pas d’un grand cru dans son oeuvre, ce mélo tout fragile et teinté de fantastique touche droit au coeur par sa sensibilité et sa simplicité justement. Un Gus Van Sant abandonnant le temps d’une parenthèse légère ses ambitions auteuristes et c’est un « grand petit film » qu’il offre à Cannes cette année, confirmant un talent, en découvrant un autre, et livrant une sorte de variation autour de My Own Private Idao, avec un garçon et une fille cette fois, même si derrière les apparences…

Au départ il y a cette mise en situation qui semble annoncer une sorte de Fight Club adolescent. Un jeune homme à l’allure de dandy, Enoch, s’incruste dans des enterrements comme pour palier un manque qu’on comprendra bien plus tard. Il y rencontre une jeune fille, sa Marla Singer à lui sauf qu’elle lui apporte quasi immédiatement un salut inattendu. Restless est un film en permanence sur un fil, léger mais grave, beau mais peu sophistiqué, profond mais pas tant que ça. Il faut le voir comme un conte fantastique, avec cette sorte de fée éphémère apportant du bonheur quand l’ami imaginaire, soldat japonais kamikaze fantôme, apporte le réconfort et une solution facile aux errances. C’est le portrait d’Enoch, orphelin inconsolable, et son histoire d’amour shakespearienne avec une condamnée. Sa maladie à elle apparaît rapidement dans le récit, autant pour l’évacuer que pour en faire une toile de fond. Le résultat fonctionne parfaitement : si le conte fonctionne à plein régime avec ses moments de grâce, le drame ne disparaît jamais vraiment. Et à l’arrivée on obtient un véritable mélo qui prend des airs de film indépendant typique, proche dans l’esprit d’un Gondry mais sans la folie visuelle qui va avec. On a connu Gus Van Sant plus inspiré, mais on l’a connu bien plus académique également, et moins efficace. Ici, il touche une sorte d’idéal de spectateur vraiment séduisant, à savoir coller un sourire permanent au spectateur par la beauté, la simplicité, et la légèreté de son récit mais en provoquant des montées de larmes imparables.

Ce qui reste très fort chez Van Sant, c’est sa capacité à traiter justement de l’adolescence et à aborder des sujets graves sans lourdeur. Dans Restless la mort plane en permanence, mais pourtant elle n’effraie pas, elle impose juste un spleen étrange, une mélancolie vaporeuse, autour des amants papillons. On trouve quelque chose dans cette romance à l’issue dramatique, par sa fulgurance, sa passion et sa conclusion, qu’avait embrassé Tsui Hark dans The Lovers. L’amour éphémère est sans doute une des plus belles choses des mélodrames et Restless en fait l’habile démonstration par le prisme de la fantaisie et du conte. Cette sensation est renforcée par la mise en scène toute en douceur de Van Sant, même si cette fois il n’impose aucune esthétique particulière, avec quelques très belles scènes dans un ensemble assez commun. L’impression de voyage dans le fantastique est bien évidemment renforcée par la belle composition de Danny Elfman qui se permet même une citation de la bande originale de La Ballade Sauvage. Tout un symbole, qui convient tout à fait aux errances de Mia Wasikowska et Henry Hopper (oui, le fils de…)

[box_light]Gus Van Sant était attendu et il ne déçoit pas. Si Restless ne possède pas l’ampleur de sa trilogie de l’errance et parait bien trop commun à certains niveaux, il n’empêche que le film touche, par le sourire qu’il provoque et les larmes qu’il fait couler. Un conte, une fable, un grande tragédie moderne traitée en mode mineur aux sentiments à fleur de peau. Voilà ce que donne un petit film dans les mains d’un très grand réalisateur.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Le parcours initiatique de deux adolescents fascinés par la mort...