Resident Evil : Retribution (Paul W.S. Anderson, 2012)

de le 01/10/2012
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Pour le cinquième épisode de sa saga massacrant allègrement une saga vidéoludique qui n’en avait pas vraiment besoin, Paul W.S. Anderson reste à la barre plutôt que de se cacher derrière un réalisateur instrumentalisé et signe sans gros effort un film débile et moche dans la droite lignée de ses précédents travaux. Resident Evil : Retribution se rêve en film cool pour otakus bavant devant la moindre référence, mais ne parvient jamais à dépasser le statut de bouillie infâme qui avance à l’aveugle sans le moindre semblant de scénario pour l’aiguiller.

On pensait naïvement que Resident Evil : Afterlife, sombre navet écrit sur un coin de table entre deux shots de vodka et trois rails de coke avec sa muse et épouse Milla Jovovich, représentait une sorte d’aboutissement dans la nullité absolue de l’œuvre de Paul W.S. Anderson, mais après ses Trois mousquetaires adeptes du kung-fu le bougre revient pour cette suite improbable qui repousse encore les limites de sa bêtise. A cours d’idées – mais en a-t-il jamais eu une seule ? – l’anglais au nom de famille bien trop noble pour son cinéma sait qu’il pourra toujours compter sur une fanbase conséquente en lui donnant à boire et à manger, en ne faisant que recycler des idées vues ailleurs, et y compris dans ses bouses personnelles, tout en provoquant une euphorie aveugle. Resident Evil : Retribution, nanar minable et friqué, film d’un cynisme qui fait froid dans le dos tant il prend le spectateur pour un demeuré, nous ressort l’artifice le plus pourri du septième art lorsqu’il est utilisé par un incapable : celui de la simulation de réalité. Persuadé qu’il est en train de bâtir l’adaptation de jeu vidéo ultime, Paul W.S. Anderson vomit son incapacité à en comprendre la mécanique en érigeant l’incohérence en note d’intention. Bravo.

A la manière de Robert Rodriguez, Paul W.S. Anderson articule tout son « film » autour de quelques séquences iconiques pour satisfaire les geeks, parfois un simple plan identifié comme trop cool car il renvoie directement à une image forte d’un jeu vidéo ou d’un film. Mais de la même manière que les emprunts du troisième épisode à Mad Max 2 ou du quatrième à Matrix, les plagiats de Resident Evil : Retribution sont d’une vulgarité exemplaire. Ainsi pour sa grande séquence choc, la seule qui bénéficie d’un semblant d’énergie, il va littéralement puiser dans L’armée des morts de Zack Snyder, l’occasion de mettre quelques morts-vivants à l’écran car il avait légèrement oublié qu’il représentaient la menace principale de la saga. Toujours aussi grossier, il va truffer son film de petits clins d’œils au niveau des monstres ou des personnages, qui ne répondent plus à aucune logique au sein même de la franchise. Jill Valentine est devenue la grande méchante de l’histoire après avoir été humiliée par Alice, cette dernière devenant une sorte d’icône cynique qui va passer le plus clair de ses répliques à se moquer de tout ce qui l’entoure, quand elle ne développe pas un discours maternel risible tant on n’y croit pas une seule seconde. Difficile de retenir un rire lorsqu’elle donne un flingue à Michelle Rodriguez en lui disant qu’elle va enfin pouvoir être « badass » tandis que cette dernière annonce être contre le port d’armes. De la private joke de bas étage pour faire passer la pilule du retour de personnages morts et qui trouvent un nouveau souffle grâce au magnifique scénario de Paul W.S. Anderson, qui n’est pas à une incohérence près. D’ailleurs, il ne faut pas se faire d’illusion, il annonce clairement la couleur lors des premières minutes du film qui nous repassent la même scène à l’envers puis à l’endroit, à grands coups de ralentis foireux et entrecoupée d’un bref résumé des films précédents, une mise en bouche qui se résumerait ainsi : « toi le spectateur, je pense que tu es un idiot donc regarde comment je vais te le démontrer ».

L’artifice d’un univers fait de simulation lui permet tout et n’importe quoi, de rejouer des scènes des films précédents, de faire renaître les morts et revivre les mêmes combats, de multiplier les décors tout en y insufflant son fameux humour beauf (la Bentley, voiture commune en Russie comme tout le monde le sait) tout en réduisant le récit au strict minimum. Alice et ses copains avancent pour s’échapper de ce gigantesque complexe, poursuivis par d’anciens camarades devenus méchants et contrôlés par la reine rouge. Les ennemis d’hier sont les alliés d’aujourd’hui et inversement, mais tout le monde se fout de la logique de l’entreprise à partir du moment où s’enchainent les séquences d’action, aussi médiocres soient-elles. Des séquences pendant lesquelles Paul W.S. Anderson compensent ses carences de metteur en scène en utilisant grassement les ralentis tout en accélérant le montage, le tout avec une utilisation dégueulasse de la 3D. Pour lui, le relief ne sert qu’à reproduire la publicité Haribo et à balancer des objets vers le spectateur, parce que c’est trop cool de faire ça. Sauf qu’il a beau sortir tous les artifices les plus ringards de l’univers, ses scènes d’action sont minables, à l’image de ce grand moment recherché lors de la fusillade qui finit par faire un peu de peine tant les notions d’espace, de danger et d’enjeux sont passées à la trappe. Reste qu’il est tout à fait possible de rigoler un bon coup devant ce spectacle navrant d’incompétence, devant des incohérences grotesques qui ne semblent gêner personne, devant ces personnages inconsistants et leurs répliques pourries, le tout avec une Milla Jovovich en tenue sortie tout droit d’Hellraiser qui y croit tellement que cela en devient presque touchant. Et le plus beau dans tout ça, c’est que ce plan ultime dont est si fier le réalisateur, censé annoncer un sixième épisode dont quiconque doté de raison devrait se foutre royalement, grosse bouillie numérique dans laquelle on ne voit quasiment rien, représente à lui tout seul la laideur de tout le projet.

FICHE FILM
 
Synopsis

Le terrifiant virus mis au point par Umbrella Corporation continue à faire des ravages partout sur terre, transformant les populations en légions de morts-vivants affamés de chair humaine.
Alice, l’ultime espoir de notre espèce, s’éveille au cœur du plus secret des complexes industriels d’Umbrella. Au gré de son exploration à haut risque et de ses découvertes, les zones d’ombre de sa vie s’éclairent… Plus que jamais, Alice continue à traquer les responsables de l’atroce infection. De Tokyo à New York, de Washington à Moscou, elle les pourchasse jusqu’à la révélation explosive qui va remettre en cause toutes ses certitudes. Avec l’aide de nouveaux alliés et d’anciens amis, Alice va devoir se battre pour survivre dans un monde hostile, au bord du néant. Le compte à rebours a commencé…