Resident Evil (Paul W.S. Anderson, 2002)

de le 23/08/2012
 
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Quand le cinéma est en manque de recyclage de classiques ou de petits succès obscurs, c’est vers l’art ascendant qu’il se tourne, le jeu vidéo. Rares sont les films qui auront su se réapproprier un matériel vidéo-ludique pour aboutir sur du vrai cinéma tout en gardant la fibre de l’œuvre originale. Resident Evil n’est pas de ceux-là, ce diable de Paul W.S. Anderson n’ayant visiblement pas tout compris à l’univers du jeu vidéo, ni même à celui du film d’infectés. Mais le tâcheron sait se montrer efficace, en de rares occasions.

En 1996, Capcom frappait un grand coup avec Resident Evil premier du nom, qui s’imposait comme fer de lance du survival horror en synthétisant diverses influences du jeu vidéo (Alone in the Dark en tête) mais également du cinéma. Au delà de la réappropriation du film de zombies façon Romero, c’est toute une grammaire cinématographique qui se trouvait transposée dans un jeu, avec un sens du découpage et une utilisation des angles de caméra permettant de poser une ambiance à travers le hors champ, et donc une certaine terreur. Paul W.S. Anderson, qui s’est toujours dit grand admirateur de la saga et qui s’était déjà frotté à une adaptation de jeu vidéo avec le très crétin Mortal Kombat, décide d’aborder l’exercice à travers celui de la préquelle. Exit Jill Valentine et Chris Redfield, place à Alice pour qui n’aurait pas bien saisi la métaphore carrollienne du passage à travers le miroir. Pendant 1h40, Paul W.S. Anderson va tenter de pondre un film surexcité et bruyant pour ne livrer au final qu’un produit très calibré, sans aucune idée propre, un truc franchement anodin qui contient toutefois suffisamment de petites scènes à ‘efficacité inattaquable pour survivre. Mais l’esprit du jeu vidéo initial est totalement absent.

Resident Evil possède au moins le mérite de poser une question : comment adapte-t-on un jeu vidéo au cinéma ? Faut-il reproduire le canevas original auquel il manquera l’ingrédient essentiel, à savoir l’interaction entre le récit et le joueur devenu spectateur ? Ou au contraire faut-il s’en détacher ? Et si la deuxième option, la plus logique, est choisie, jusqu’à quel point ? L’adaptation idéale est celle qui procure une expérience parallèle à celle autonome du jeu, tout en parvenant à reproduire un environnement fidèle, à retrouver ce qu’on qualifiera tout simplement d’ambiance. Et à ce jour peu de réalisateurs y sont parvenus. Uwe Boll fait partie de ces rares qui ont réussi, quelques fois, tout comme Christophe Gans dont le Silent Hill si décrié, parfois à juste raison pour son absence très gênante de vrais moments de trouille, reste sans doute le plus beau film tiré d’un univers de jeu vidéo. Avec Resident Evil, Paul W.S. Anderson compose avec ses capacités limitées pour tenter d’apporter sa pierre à l’édifice très instable du mariage entre le septième et le dixième art, tout en ne perdant pas de vue son ambition de créer une saga cinématographique aussi lucrative que pauvre sur le plan créatif. La bonne idée de Resident Evil est d’établir un récit situé avant les évènement de Racoon City et d’ainsi ne pas se frotter directement à l’imagerie post-apocalyptique, il peut ainsi tranquillement se concentrer sur sa relecture d’Alice au pays des merveilles sur fond de métal qui tâche. Et c’est à peu près tout car de son concept il ne fait pas grand chose, se contente de clins d’œils vulgaires au jeu vidéo (les dobermans, le manoir, des angles en 3/4 et contre-plongée…) qui ressemblent tous à des pièces rapportées à un film qui aurait très bien pu porter un autre titre. Du survival horror il ne reste rien, si ce n’est une poignée de jump scares qui ne surprendront pas grand monde mais permettent toutefois de réanimer l’esprit du spectateur à la dérive devant un scénario cousu de fil blanc qui souffre d’une gestion du rythme assez catastrophique. Pas de quoi s’exciter devant Resident Evil, malgré quelques scènes qui convoquent les puissances du grand n’importe quoi à base de coups de pieds sautés/retournés au ralenti pour casser la gueule des chiens mutants, qui s’essaye sans grand succès au gore hors champ (le sang se compte en gouttes à l’écran, reste le bruit de la viande qui tombe au sol quand un corps se fait découper en apéricubes) pour apporter un petit côté nanardesque à l’exercice qui n’est pas totalement déplaisant.

Découpage analphabète qui anéantit la compréhension de séquences majeures, mise en scène m’as-tu-vu un peu à côté de la plaque, incohérences et cratères dans le script, plans repris à l’identique d’Aliens le retour sans raison valable, effets numériques dégueulasses, un casting lamentable d’acteurs en roue libre… Resident Evil est bien l’œuvre de son créateur, aucun doute là-dessus. Cependant, dans cette débâcle générale qui semble ne pas savoir quelle direction prendre entre le film d’infectés old school et le film d’action new age et bruyant, quelques belles choses inattendues. Et paradoxalement, ça se passe notamment du côté du casting. Ce qu’il y a de mieux dans Resident Evil, c’est Milla Jovovich et Michelle Rodriguez. La première n’était pas encore la JCVD au féminin aux narines débordant qu’elle est devenue mais se glissait sans aucun soucis dans la peau d’une héroïne d’action à la fois énergique et sexy, la seconde est fidèle à elle-même, dans une composition animale. Elles permettent de faire avaler la pilule d’un whodunit médiocre déguisé en film d’horreur et d’action qui ne semble exister que pour engendrer une suite. Pas vraiment d’enjeux dramatiques globaux (ils ne sont révélés que dans l’épilogue), pas vraiment de tension ni de moments de cinéma un tant soit peu intenses, rien de mémorable et la vilaine sensation de voir un potentiel gâché. Un échec peu surprenant à la vue de qui s’en est chargé, mais qui se doit d’être relativisé face à sa catastrophique suite qui repoussait les limites de la nullité vers des sommets à priori inatteignables. Reste un film surtout anecdotique, loin d’être réussi mais pas non plus honteux face à ses clones.

FICHE FILM
 
Synopsis

Dans un immense laboratoire souterrain, ont lieu des recherches ultras secrètes, supervisées par des centaines de scientifiques. Lorsque l'alarme retentit, tout le monde croit à une simple simulation d'évacuation. Mais bientôt, l'horreur les rattrape. Un virus hautement mortel se propage à un rythme effréné dans les couloirs : en quelques minutes, il met fin à toute vie humaine.
Au même moment, Alice se réveille dans un somptueux manoir. Ignorant comment elle a pu atterrir là, elle fait la rencontre de Matt, un policier. Avant même qu'ils n'aient pu trouver une explication logique à ces phénomènes étranges, un groupe d'intervention militaire, les S.T.A.R.S, débarque de nulle part et les oblige à les suivre. Ces derniers ont reçu l'ordre d'infiltrer le laboratoire et de neutraliser la Red Queen, le super-ordinateur devenu fou que l'on tient pour responsable du désastre.