Resident Evil : Apocalypse (Alexander Witt, 2004)

de le 19/09/2012
 
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Trop occupé à violer d’un coup les deux plus belles franchises du cinéma fantastique, l’inénarrable Paul W.S. Anderson refile la patate chaude de la suite des aventures d’Alice à Alexander Witt, directeur de la photographie franchement doué. Ainsi Resident Evil : Apocalypse réussit un exploit improbable : faire un film encore plus nul que le premier. Honteux d’un bout à l’autre et à peine sauvé par le délire d’une Milla Jovovich visiblement sous coke, ce second Resident Evil permet de relativiser les adaptations de jeux vidéo commises par Uwe Boll.

Paul W.S. Anderson est un type extrêmement courageux. Lors de la création du projet Resident Evil, il s’est dit passionné de la saga vidéoludique, et c’est sans doute pour cette raison que son adaptation ne respectait à peu près rien des jeux vidéo, allant même jusqu’à tuer l’approche cinématographique de Shinji Mikami. N’ayant visiblement rien compris aux reproches adressés à son film, son scénario pour Resident Evil : Apocalypse cumule les clins d’œils vulgaires aux jeux vidéo pour faire mouiller la culotte du geek lobotomisé pour qui la simple apparition de Jill Valentine (enfin) suffirait à justifier l’existence de cette bouse. A croire que cette démarche incroyablement cynique et irrespectueuse, que cela soit vis-à-vis du jeu vidéo ou du spectateur, doublée d’un résultat tellement indigent qu’il force le respect, ne chagrine pas plus que ça le public qui se rue un peu plus dans les salles à chaque nouvel épisode d’une saga vérolée. Une honte tellement ce film ne méritait pas mieux qu’une place de choix sur un étal d’éditeur de séries Z au marché du film.

Dans Resident Evil : Apocalypse c’est assez simple, tout est con et tout est laid, à tel point que cela en devient surréaliste. A la tête d’un budget supérieur de 12 millions de dollars au premier opus, Paul W.S. Anderson et Alexander Witt orchestrent un massacre qui illustre magistralement le mépris total d’Hollywood envers l’industrie du jeu vidéo, transformant un des modèles du survival horror en récit grossier dont le seul et unique enjeu est l’évolution du personnage d’Alice. C’est assez triste à voir quand dès les premières secondes on nous sert un résumé ringard du précédent épisode en mode épileptique, qu’on introduit des héros historiques de la saga, Jill Valentine et Carlos Oliveira, pour immédiatement les réduire au statut de sidekicks inutiles, simplement pour laisser la place à Alice qui bénéficie de l’interprétation toute en névroses psychotropes d’une Milla Jovovich déchainée en action queen de pacotille. Dès son arrivée à moto dans l’église, traversant un vitrail pour buter des lickers, les dés sont jetés, et ce après une introduction plutôt réussie dans la lignée des films d’infectés. Paul W.S. Anderson, en bon scénariste incapable de raconter une histoire, va faire progresser ses personnages de façon extrêmement linéaire, persuadé que l’absence totale d’enjeux dramatique ou de tempo passera inaperçue derrière l’enrobage d’Alexander Witt. Manque de bol, le traitement visuel de ce chef opérateur de seconde équipe habitué aux productions de haut vol (Gladiator, A la poursuite d’octobre rouge ou The Town par exemple) ne va pas arranger les choses. Devenu pour l’occasion metteur en scène de la laideur – il a d’ailleurs ensuite repris son ancien boulot – il livre une copie assez lamentable, un film moche aux cadres et à la photo bâclés, transformés en bouillie graphique par un montage digne du travail d’un charcutier débutant. Une logique en quelque sorte tant le film bénéficie d’un découpage analphabète qui réfute les bases de la narration pour transformer la moindre des rares scènes d’action en quelque chose d’incompréhensible. Le paradoxe est qu’il semble évident que tous veulent jouer la carte de la surenchère, avec plus de personnages, plus de gunfights, plus d’explosions et plus de gore, sauf qu’on ne discerne rien à l’écran et qu’on finit par s’ennuyer ferme. Comment Paul W.S. Anderson peut-il se donner l’image d’un amateur de jeux vidéo quand il orchestre une narration aussi pauvre autour d’une chasse basique aboutissant sur cette séquence d’un grotesque sans nom mettant en scène Alice et Nemesis dans un duel ?

Non seulement la présence de Nemesis, monstre en carton et immobile visible dans deux séquences et dont le dernier mouvement ressemble à une bonne blague, ne représente aucune menace concrète, mais en plus son affrontement avec Alice tourne vite au ridicule. Tout ça pour ça. On veut nous faire croire à une construction dans la veine de New York 1997 sans prendre en compte le fait que John Carpenter avait des choses à raconter lui, en plus de construire son film sur des vrais personnages. Resident Evil : Apocalypse c’est la foire aux clins d’œils pourris pour mieux souligner que tout ce beau monde s’en tamponne copieusement du matériau d’origine, à l’image des STARS réduits à l’état de cibles faciles pour Nemesis, ou aux vannes de bas étage qui n’ont pas vraiment leur place dans ce type de film. Ainsi, si l’interprétation de Milla Jovovich remplit déjà le quota de blagues, les auteurs ont l’idée saugrenue d’y ajouter une caricature de proxénète black aux répliques venues d’un autre temps, sans raison car le personnage ne sert à rien. Il est à l’image du film, vulgaire et moche, sans aucun intérêt, mais participe à l’effort de guerre : détruire une franchise mort-née dont le succès reste un des plus grands mystères de la création. Héroïsme au rabais, mise en scène à la ramasse, acteurs en roue libre et rythme neurasthénique, voilà la recette du succès. Sans rire, à quoi sert que d’autres types aient du talent et des idées quand c’est ce genre de majeur tendu bien haut en face de son regard que le public plébiscite ?

FICHE FILM
 
Synopsis

Alice a survécu à l'effroyable cauchemar qui a dévasté le complexe scientifique ultrasecret d'Umbrella Corporation, mais elle n'est pas la seule à en être ressortie...
Un virus mortel s'est abattu sur la ville de Raccoon et rien ne semble pouvoir lui échapper. Avec un groupe de survivants, Alice, dont le métabolisme a mystérieusement été modifié, doit affronter le pire. Certes, elle a gagné de nouveaux pouvoirs, elle est plus puissante, ses sens sont surmultipliés et sa dextérité est hallucinante, mais ça ne sera pas forcément suffisant... Elle est rejointe dans son combat par Jill Valentine, un ancien membre des forces spéciales d'Umbrella.
Ensemble, elles vont tenter de résoudre les énigmes et faire face à une force maléfique, un ennemi absolu lancé sur leurs traces. Son nom ? Némésis. Son but ? Eliminer toute vie. Cette fois, s'échapper ne suffira pas. Il va falloir affronter...