Redline (Takeshi Koike, 2009)

de le 04/09/2011
 
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Étrange Festival 2011 : Compétition Internationale.

On peut dire qu’il était attendu ce nouveau film de Takeshi Koike, prodige de l’animation responsable du segment « World Record » d’Animatrix et animateur sur Memories, Vampire Hunter D : Bloodlust ou encore la série Samouraï Champloo. Il faut dire aussi qu’il est précédé d’une réputation des plus flatteuse, car il a même été comparé, voire mis sur un même piédestal que le monumental Speed Racer. Sans doute est-ce une réponse un brin excessive à un film qui l’est tout autant, du début à la fin. Véritablement nourri à l’outrance dans tout ce qu’il montre Redline possède de sérieux atouts qui sont autant de faiblesses, le film quasiment expérimental trouvant assez vite ses limites. Il y a du talent derrière ce projet, c’est une évidence, mais il semblerait que ce talent ne se soit pas invité à tous les stades de fabrication, faisant l’impasse sur l’étape essentielle du scénario en donnant tout du côté de l’image. Le résultat, c’est une expérience visuelle et sonore étourdissante, mais devant laquelle il est bien difficile de se sentir concerné.

Et c’est assez paradoxal car Redline est une oeuvre essentiellement sensorielle qui provoque de véritables réactions épidermiques incontrôlables, des réactions physiques mais jamais émotionnelles, et c’est sa grosse limite. C’est que le film est plutôt mal construit. Il brille dans ses dix premières minutes avant de perdre de son éclat, même s’il est de plus en plus fou, de plus en plus irrationnel et conceptuel. Cette introduction incroyable, une course haletante au final surréaliste, est un modèle de construction. Elle se vit telle un shoot d’adrénaline pure et fait de ce kaléidoscope d’images une expérience de spectateur rare, intense. C’est là que s’impose le talent de faiseur d’images de Koike et tout le savoir-faire du studio Madhouse. Malheureusement ensuite, si la folie est toujours de rigueur, l’expérience perd de son sens et va jusqu’à se perdre dans un grand n’importe quoi final qui convoque plus le film de guerre intergalactique et le film de kaijū eiga ((cinéma des monstres dont l’exemple typique est Godzilla)) que le film de course automobile du futur. On est loin, très loin, de la rigueur visuelle, malgré la folie apparente, de l’univers des Wachowski. Tout dans Redline transpire l’excès, de ses dialogues interminables et sans queue ni tête en passant par ce désir de concentrer en 1h40 une dose surréaliste d’imageries populaires nippones, des animes des années 90 aux shows TV, en passant par les flash infos et le culte voué aux idoles. Il y a bien derrière tout ça une volonté de réflexion sur le sport en général et la compétition sportive en particulier mais tout est noyé derrière le trop-plein de couleurs, de bruit et de fureur qui nous agresse la rétine en permanence. Oui les sensations sont globalement présentes, même si Redline possède une grosse dose de séquences dans lesquelles il ne se passe pas grand chose, mais le film laisse la drôle d’impression d’une démonstration technique, de l’étalage d’un savoir-faire certain, plutôt que d’un vrai film qui vise l’avenir du cinéma d’animation.

Techniquement par contre, il est difficile de reprocher quoi que ce soit à Redline tant la démonstration s’impose. Tout y est complexe, du design aux textures en passant par les décors et leur niveau de détail dément. Une des grosses réussites reste l’impression de vitesse, ou plutôt d’accélération, lors de certaines séquences. Les déformations outrancières appliquées aux matières s’avèrent presque crédibles dans l’excès, répondant par l’animation à des logiques de la physique sur les corps. Ainsi l’écho très techno, dopé aux couleurs éclatantes et au montage ultra cut, ainsi qu’aux séquences proprement surréalistes, est une sorte de réponse obligatoire. On en ressort un peu déboussolé comme si on avait passé le temps la projection à mater un stroboscope multicolore tout en ayant abusé de substances excitantes, mais un brin déçu par cette sensation de vide qui reste, comme si l’ambition visuelle incroyable n’était là que pour masquer le vide abyssal de son scénario. Complètement fou et assourdissant, mais pour pas grand chose au final…

FICHE FILM
 
Synopsis

Dans un futur lointain, JP le gentil et d'autres coureurs automobile s'affrontent pour gagner la course clandestine qui se déroule une fois tous les 5 ans quelque part dans l'univers : Redline. Dans cette course, tout est permis et les véhicules sont tous modifiés pour anéantir les adversaires et dépasser les limites de la vitesse.