Red (Robert Schwentke, 2010)

de le 17/11/2010
 
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Le réalisateur du mauvais Flight Plan qui s’attaque à l’adaptation d’une des nombreuses oeuvres du grand Warren Ellis, scénarisée pour le cinéma par le duo à l’origine du calamiteux Whiteout. Voilà comment introduire Red, l’adaptation de comics qui ne pouvait pas naître sous une pire étoile. D’autant plus qu’il s’agit d’une oeuvre relativement mineure pour l’auteur de Transmetropolitan, un exercice de style bref et ultra violent, basé sur le thème cher à Ellis des secret bien gardés par le gouvernement et qui un jour explosent à la gueule de ceux qui en étaient à l’époque. Sauf que le film s’éloigne autant que possible de tout ça. En effet avec son casting 5 étoiles (le comic-book ne contient qu’un seul personnage principal) et son classement PG-13, Red vise le grand public avant tout. D’un récit tendu et sans chichis, entre polar hard boiled et film noir, on passe à une grosse comédie d’action des familles. À l’arrivée Red s’avère être une bien agréable surprise, bien loin de la bouse attendue. Il ne faut pas se leurrer, c’est loin d’être le film de l’année, mais il rejoint la poignée de comédies funs et outrancières sorties cette année, avec entre autres Night and Day ou l’Agence Tous Risques. Le genre de film qui s’oublie en grande partie une fois les lumières rallumées mais qui fait du bien. Un film antidépresseur d’utilité publique en fait, malgré ses trop nombreux défauts.

Red, pour Retraités Extrêmement Dangereux) ne fait pas vraiment dans la finesse. À vrai dire ce n’est pas ce qu’on lui demandait de toute façon. Le comic-book d’une soixantaine de pages se transforme en une comédie d’action de près de deux heures assez mal écrite (mais ça on s’en doutait un peu, voir le début de l’article) et réalisée sans talent. Pourtant l’ensemble possède un capital sympathie évident et qu’il est difficile de mettre en défaut, grâce à sa galerie d’acteurs carrément impressionnante. Mais à part ça, Red suit la structure assez classique d’un film de braquage (préparation, recrutement d’une équipe, passage à l’action) et n’apporte finalement rien de nouveau sous le soleil de l’actioner débridé. Car il souhaite s’inscrire dans cette vague qui faisait le charme de la fin des années 80, début des années 90, des films d’action assez bourrins et plutôt drôles, aux punchlines inoubliables et aux situations improbables, typiques des productions Joel Silver.

Sauf qu’on l’aura compris, Robert Schwentke n’est ni Richard Donner ni John McTiernan et que le duo de scénaristes est très loin d’avoir – avec pourtant 2 cerveaux – le talent d’un Shane Black. Du coup s’il est clair qu’on ne s’ennuie presque jamais devant Red, rien n’est fait pour en sortir un grand film alors que le potentiel pour en tirer la comédie de l’année était là. Au lieu de ça on suit la joyeuse bande d’acteurs qui s’en donnent à coeur joie en allant jusqu’à se caricaturer eux-mêmes, dans une succession de péripéties toutes plus énormes les unes que les autres, mais qui s’avèrent bien inoffensives au final. Que retenir de tout ça? Pas grand chose si ce n’est un Bruce Willis qui nous sort la technique ultime pour quitter un véhicule en dérapage tout en vidant son chargeur sur son poursuivant, le même Bruce Willis dans une scène de fight contre Karl Urban qui justifie à elle seule le prix du ticket de cinéma, et bien sur une séquence surréaliste et jubilatoire quand Helen Mirren se prend pour John Rambo en vidant son fusil d’assaut dans un parking souterrain. Oui c’est jouissif, oui les répliques qui font mouche fusent, oui l’action est au rendez-vous, il n’y a pas erreur sur la marchandise. Sauf que Red ne passionne pas, que ce soit par son scénario faiblard ou sa mise en images flemmarde, ne dépassant jamais le concept de la réunion de potes autour d’une grosse tuerie.

La réalisation sans éclat flirte même parfois avec le mauvais goût, on se souviendra longtemps des transitions sous forme de cartes postales, véritables agressions rétiniennes. Mais ce qui frappe c’est le manque de cohésion global. Dommage car on a tout de même tous ces acteurs qui en plus d’être très bons s’amusent comme des fous. Bruce Willis reprend le rôle du action heroe bourrin sans qui il n’existerait pas, Morgan Freeman la joue tranquille dans une variation de son rôle dans Impitoyable, John Malkovich en fait des caisses comme jamais et s’avère donc irrésistible, et Helen Mirren est tout simplement merveilleuse. C’est bien simple, voir celle qui s’était glissée dans la peau de la Reine d’Angleterre ne jamais apparaître à l’écran sans un flingue dans les main pour finir en canardant comme personne, c’est un peu ça le bonheur au cinéma. Pour le reste, Karl Urban joue toujours aussi mal mais s’impose efficacement dès qu’il entre dans l’action, Mary-Louise Parker joue très bien la potiche de service et on se délecte des seconds rôles ou apparitions de légendes telles Brian Cox, Richard Dreyfuss ou Ernest Borgnine, excellents.

[box_light]En troquant la brutalité et l’efficacité d’un récit resserré pour une comédie d’action PG-13, l’adaptation de Red fait sans doute le bon choix. Sauf que Robert Schwentke ne fait pas preuve du talent nécessaire pour élever cette réunion de vieux retraités toujours capables de dézinguer du bad guy au dessus de ce simple concept. On ne s’ennuie pas vraiment mais il manque à Red un récit solide et une mise en scène plus inspirée et punchy pour devenir une réussite. Reste que tous ces acteurs apportent un charme nostalgique imparable et qu’Helen Mirren avec une mitrailleuse dans les mains ça ne peut pas se refuser.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

L'heure de la retraite a sonné ! Mais dans certaines professions, la transition peut s'avérer difficile : Franck ne supporte pas l'inactivité, son collègue Joe végète en maison de retraite, Marvin use d'amphétamines et Victoria fait des petits boulots. Pas facile de décrocher quand on a été... agents de la CIA toute sa vie ! Pourtant, quand leur ancien employeur décide d'éliminer pour de bon ces agents un peu trop compromettants, il va découvrir qu'en dépit de leur âge, ce sont encore de redoutables adversaires.