Rango (Gore Verbinski, 2011)

de le 05/08/2011
 
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Gore Verbinski et Johnny Depp, quatrième. Et ce n’est pas un film de pirates. On ne peut pas dire que Rango était le film le plus attendu de l’année, malgré des teasers assez fous. La première incursion dans le monde de l’animation par un réalisateur de films live est toujours délicate, et la concurrence met chaque année la barre un peu plus haut. Comment exister face à Pixar qui règne en maître et Dreamworks qui officie en tant qu’outsider de luxe? Et bien tout simplement en faisant tout ce qu’un artiste doit faire avant tout: inventer, proposer de l’inédit. Et sur ce point, Rango est une véritable bouffée d’air frais (enfin, chaud plutôt, brûlant même). Non pas que l’ensemble soit du jamais vu au cinéma, mais dans le domaine de l’animation c’est une première, au même titre que la participation de la compagnie d’effets visuels ILM qui va cette fois bien au delà de l’intervention sur une poignée de séquences comme cela était le cas sur Chicken Little ou Wall-E. Les changements de support sont toujours casse-gueule et Gore Verbinski s’en sort avec les honneurs, et même plus. Rango c’est LA très bonne surprise de ce début d’année au cinéma. Un spectacle souvent dément, un humour tranchant, des références intelligemment déployées, une maîtrise du rythme et un amour pour le grand cinéma, c’est tout ça à la fois. Comme quoi il n’est pas impossible de faire du cinéma spectacle à la fois divertissant, intelligent, adressé à tous les publics et sans 3D!

Rango repose sur un point de départ pas banal : remettre dans son environnement naturel un caméléon solitaire et névrosé ayant sans doute vécu toute sa vie dans un vivarium, seul à un point qu’il doit s’inventer des amis imaginaires. Une sorte de Woody Allen reptilien qui était très heureux enfermé dans sa petite vie pépère et qui va vivre la grande aventure à la rencontre de l’esprit de l’ouest, tout un programme. Rango emprunte rapidement divers chemins narratifs pour tout autant de genres. On est loin, très loin, de ce à quoi l’animation à gros budget nous avait habitués jusqu’ici. Le réalisateur de Pirates des Caraïbes nous avait déjà montré le temps de quelques scènes à quel point il pouvait aimer le western dans sa trilogie flibustière, cette fois il fait sa vraie déclaration d’amour au genre et livre un film qui non seulement à la gueule d’un western mais qui en plus reprend à son compte des thématiques appartenant au plus grand des westerns (qui n’en était pas tout à fait un mais un peu quand même), à savoir Il était une fois dans l’ouest. Rien que ça.

En effet on retrouve dans Rango, en toile de fond de plus en plus imposante, cette notion de fin d’une époque qui a donné du corps à tous les plus beaux westerns crépusculaires. La fin de l’ouest, la fin des brutes, symbolisées ici par toute une galerie d’animaux qui parlent (oui, encore mais là ils sont excellents) aux mines patibulaires. De quoi effrayer les plus jeunes et rappeler aux autres les belles gueules de cinéma ayant usé leur peau burinée à Cinecittà. Rango est donc un vrai western à tendance spaghetti, mais pas seulement. C’est également la quête identitaire de l’anti-héros le plus attachant croisé depuis bien longtemps, une quête qui passera par son imaginaire et la création d’un alter-égo craint de tous. C’est aussi une accablante critique de la sur-industrialisation et la destruction de la nature avec le symbole de Las Vegas, et une gigantesque aventure dans des décors bluffants de réalisme. Gore Verbinski se laisse même entraîner à l’onirisme le temps d’une rencontre avec l’homme sans nom (et Timothy Olyphant qui imite Clint Eastwood à la perfection) ou au clin d’oeil qui fait rudement plaisir quand au détour d’une séquence aussi folle qu’un grand huit on croise Raoul Duke et le Dr. Gonzo de Las Vegas Parano. Rango est un plaisir de chaque instant qui sait s’adresser à tous les publics, et Gore Verbinski mérite à cet égard toutes les félicitations possibles.

Malgré sa durée qui frôle les deux heures, Rango ne souffre que de très rares baisses de rythme, compensées par des dialogues ciselés et des personnages bien mieux définis que beaucoup de films live. Gore Verbinski sait divertir, il l’a déjà prouvé, et il remet le couvert avec cette aventure qui nous emporte littéralement, comportant son lot de morceaux de bravoure dont une course poursuite qui n’a rien à envier à celles de Star Wars (dont on sent l’influence majeure) et des moments de pure comédie là encore bénéficiant d’une qualité d’écriture rare dans le genre. Et le personnage de Rango dans tout ça? Et bien malgré le foisonnement de seconds rôles héritant tous d’un casting de voix aux petits oignons, il faut bien avouer que Johnny Depp les écrase tous avec une facilité déconcertante. Avec un personnage crée de toutes pièces à sa démesure, il s’en donne à coeur joie pour donner vie à ce lézard aussi moche que terriblement attachant, et dont le parcours truffé de vraies surprises et vraies rencontres ne peut pas laisser indifférent. Avec sa bande originale tonitruante, ses gueules impayables (dont un pur bad guy), son rythme effréné et ses images absolument magnifiques, Rango est bien le rendez-vous surprise à ne pas manquer de ce premier trimestre 2011.

[box_light]Au delà de la véritable claque visuelle qui enterre nombre de productions d’animation récentes, au delà de l’aventure menée tambours battants, au delà d’un humour qui fait mouche à chaque fois, Rango est un petit bijou sous forme d’hommage appuyé à l’un des plus beaux genres du cinéma: le western. Nourri à Sergio Leone et Clint Eastwood, porté par la voix d’un Johnny Depp à plein régime, le premier essai de Gore Verbinski dans l’animation balaie toutes les craintes nourries d’un revers de main des plus habiles. Le film dure longtemps mais on ne s’ennuie jamais et tout le monde en a pour son argent, de l’amateur de western à celui de Depp, des plus petits aux plus grands. Et ça fait un bien fou de passer un aussi bon moment de divertissement bien moins con qu’il n’y parait au cinéma![/box_light]

Cette édition propose le film en version cinéma et en version longue. Techniquement, il s’agit d’un disque irréprochable tant sur la partie image que sur la partie son. Une véritable démonstration.

Suppléments blu-ray :

  • Commentaire du réalisateur, co-scenariste et producteur Gore Verbinski, du directeur de l’histoire James Ward Byrkit, du directeur artistique Mark “crash” McCreery, du directeur de l’animation Hal Hickel et du superviseur des effets spéciaux Tim Alexander
  • Briser les codes : Révolutionner l’animation
  • Scènes inédites
  • Les créatures de Poussière
  • Storyboard picture-in-picture
  • Voyage à Poussière
  • Bandes-annonces Cinéma

FICHE FILM
 
Synopsis

Alors qu'il mène sa vie sans histoire d'animal de compagnie, Rango, caméléon peu aventurier, est en pleine crise d'identité : à quoi bon avoir des ambitions quand tout ce qu'on vous demande, c'est de vous fondre dans la masse ? Un jour, Rango échoue par hasard dans la petite ville de Poussière, dans l'Ouest sauvage, où de sournoises créatures venues du désert font régner la terreur. Contre toute attente, notre caméléon, qui ne brille pas par son courage, comprend qu'il peut enfin se rendre utile. Dernier espoir des habitants de Poussière, Rango s'improvise shérif et n'a d'autre choix que d'assumer ses nouvelles fonctions. Affrontant des personnages plus extravagants les uns que les autres, Rango va-t-il devenir le héros qu'il se contentait jusque-là d'imiter ?