Radiostars (Romain Lévy, 2012)

de le 05/04/2012
 
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Difficile de savoir s’il s’agit d’un alignement favorable des planètes ou autre chose, mais il se passe quelque chose dans le cinéma français. Radiostars, première réalisation de Romain Lévy, scénariste des improbables Cyprien ou Les 11 commandements, fait clairement partie de cette vague. Cette vague elle est simple à saisir, très saine dans l’idée, il s’agit d’une poignée de metteurs en scène qui ont compris que le cinéma français devait aujourd’hui se nourrir du cinéma américain pour construire ses nouvelles références populaires. Ne plus déterrer pour rien le cadavre de la nouvelle vague sans comprendre en quoi il s’agissait d’une nouvelle vague (combien de jeunes réalisateurs s’en réclament bêtement les « héritiers » simplement en appliquant des pauvres codes esthétiques ?) et se sortir de la tradition de la comédie franchouillarde qui ne fait plus rire personne depuis bien longtemps et ne survit que par ses fantômes. Radiostars c’est une comédie française qui ne ressemble pas aux comédies françaises, ou si peu. C’est une comédie qui, comme Intouchables, n’oublie pas que le cinéma est aussi une affaire d’image. Un film avec une vraie identité, un vrai projet, en plus d’être excessivement drôle.

Malgré un tissu radiophonique des plus développés dans notre cher hexagone, les films prenant le média radio comme sujet sont plutôt l’apanage des anglo-saxons. Talk Radio, Good Morning Vietnam, ou plus récemment Good Morning England et son modèle Presque Célèbre, pour les plus évocateurs. C’est vers ce dernier que tend Radiostars, et Romain Lévy a au moins l’honnêteté de ne pas s’en cacher. Comme dans ce qui reste comme le meilleur film de Cameron Crowe, et de loin, on retrouve un jeune héros un pu paumé qui se retrouve embarqué dans un road trip inattendu et musical. La grande différence est qu’il ne voyage pas avec des idoles mais des animateurs radio sur le déclin. Pour la forme, l’ambition de Romain Lévy est très simple, il s’agit de construire un feel-good movie à la française qui n’aurait pas à rougir face à ses homologues d’outre-atlantique. Dans les faits, si nous n’en sommes pas encore là, il prend la bonne direction. Tout d’abord il imprime à Radiostars un rythme soutenu, au moins jusque dans le dernier acte plus versé sur le mélo, sa limite. Un rythme construit à la fois par rapport à ses intelligentes variations de montage, preuve que le bonhomme a très bien compris comment se construit un film, mais également par la rythmique intrinsèque des vannes du film. Car Radiostars a cette qualité devenue paradoxalement très rare dans les comédies françaises, il s’agit d’un film très drôle, parfois hilarant. Et ce pour une raison finalement assez simple, il n’y a pas vraiment de limites dans l’humour déployé. D’aucun qualifieront cet humour de « beauf » car il ne correspond pas nécessairement au parisianisme cul-serré, mais l’air de rien Romain Lévy se permet des choses comme seul se le permettait Michel Hazanavicius, cet humour politiquement incorrect qui choque le bobo, et qui prend pour cible autant le juif que l’arabe, l’homo que l’hétéro, le provincial que le parigot. Et ça fonctionne, preuve que quand c’est bien fait il est possible de rire de tout, y compris de la pédophilie. Mais plus qu’une succession bête de gags, Radiostars joue la carte du road-movie et du film-choral de proximité en construisant une multitude de personnages fascinants par ce qu’ils peuvent représenter. Chaque être existe concrètement à l’écran, chaque destin s’en trouve porté par de véritables enjeux. En confrontant les générations, les cultures, les modes de vie, les philosophies, Romain Lévy parvient à construire un film à la fois drôle et solide. Alors bien sur tout n’est pas parfait, le film est parfois maladroit, quand il dénonce le parisianisme et s’y vautre, quand il cède aux sirènes des violons dans un final interminable et poussif. Mais Radiostars est tellement honnête, il transpire tellement l’envie de faire un vrai beau feel-good movie, qu’on les lui pardonne ses maladresses de jeunesse. Il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un premier film.

Romain Lévy a su s’entourer d’une belle équipe, ce qui lui permet d’afficher des ambitions formelles qui ridiculisent la plupart des comédies lorgnant généralement du côté du téléfilm, en essayant de ne surtout pas faire du « beau » cinéma. Radiostars est un « beau » film, un film qui a de la gueule, pensé pour le grand écran et pour flatter la rétine. Un peu comme un feel-good movie de Sundance sauf qu’on y parle français, et ce vent de fraîcheur fait un bien fou. Sa sincérité est plus là, dans le fait que Romain Lévy est tout à fait conscient d’où est sa place et de ce qu’il a à faire plutôt que dans tout l’aspect autobiographique mis en avant (comme pour Presque célèbre d’ailleurs) et qui n’est finalement que la base du projet. En résulte un film qui ne révolutionne pas le cinéma, ni même la comédie, mais qui se pose là en exemple à suivre. Avec une bande d’acteurs dont le plaisir de jouer ensemble est évident, dont un Clovis Cornillac qui rappelle qu’il est surtout un bon acteur ayant choisi des très mauvais rôles à une certaine période et un Manu Payet franchement prometteur, avec sa photographie léchée (Laurent Tangy a bossé sur plusieurs productions EuropaCorp, il maîtrise l’esthétique à l’américaine) et sa bande son formidable, Radiostars séduit. Avec sa poésie au ralenti, ses beaux personnages et ses rencontres cocasses, avec son refus permanent de donner des leçons de morale en désamorçant toute tentative d’aller dans ce sens, ses répliques folles et ses moments de grâce, Radiostars s’inscrit complètement dans la définition d’un feel-good movie ((un film qui fait se sentir bien)). Et c’est la preuve que ce jeune réalisateur a compris comment fonctionnait le cinéma quand il s’agit d’en faire en digérant des tonnes d’influences populaires.

FICHE FILM
 
Synopsis

En plein échec professionnel et sentimental, Ben, qui se rêvait comique à New York, est de retour à Paris. Il rencontre Alex, présentateur-vedette du Breakfast-club, le Morning star de la radio. Avec Cyril, un quadra mal assumé, et Arnold, le leader charismatique de la bande, ils font la pluie et le beau temps sur Blast FM. Très vite Ben est engagé : Il écrira pour eux. Alors qu’il a à peine rejoint l’équipe, un raz de marée frappe de plein fouet la station : l’audience du breakfast est en chute libre. C’est en bus qu’ils sillonneront les routes de France pour rencontrer et reconquérir leur public. Pour ces Parisiens arrogants, de ce road trip radiophonique naîtra un véritable parcours initiatique qui bousculera leurs certitudes.